INTERVIEW – Manu Eveno, guitariste de Tryo
Première visite au Brésil pour Tryo, groupe français que l’on ne présente plus. Jeudi dernier, ils ont donné un concert intimiste dans une petite salle de São Paulo, enchantant leurs nombreux fans français et brésiliens. Rencontre avec Manu Eveno dans une galerie d’art du Centro
De L’hymne de nos campagnes à Monsieur Bibendum en passant par Ce que l’on sème, leurs chansons aux airs de reggae ont bercé l’adolescence de beaucoup d’entre nous. « Face aux favelas des gens se prélassent / Je crois bien voir des gamins cirer leur godasses » chantaient-ils en 1998 dans La misère d’en face. Au fil des années, leurs chansons se sont enrichies de rythmes venus d’ailleurs, créant un genre à part. Avec son fidèle chapeau, ses cheveux longs et son blouson en cuir, Manu Eveno a accepté gentiment de répondre à quelques questions.
Lepetitjournal.com – Est-ce votre première visite au Brésil ?
Manu Eveno – Pour moi c’est la première fois. On avait déjà fait une tournée l’année dernière en Amérique Latine. En fait, notre percussionniste est chilien et n’a pu revenir dans son pays natal seulement il y a quelques années car il avait le statut de réfugié politique. Après 25 ans d’absence, il avait ce rêve d’y retourner. Et que l’on y joue. Cela a nourri cette chanson de Christophe Mali El dulce de leche. Quand on nous l’a proposé l’année dernière, c’était évident. Cette fois-ci, c’était différent car c’était directement avec les promoteurs locaux. Pour le Brésil ça a été organisé à la dernière minute, mais on espère revenir.
Avez-vous fait des tournées dans le monde ?
Non, on a fait quelques pays, mais souvent ce sont des ambassades qui nous invitent. Pour les pays francophones c’est évident. On est allés douze fois au Québec par exemple. En Afrique, on a fait l’Égypte et le Soudan.
Comment avez-vous trouvé l’accueil du public en Amérique Latine ?
C’est assez mélangé. En Uruguay, il y avait pas mal de Français mais aussi quelques Uruguayens. En Argentine c’est beaucoup plus argentin, c’est un très bel accueil. Et au Chili… C’est marrant parce qu’il y a un groupe de rock là-bas qui s’appelle Tryo, pareil avec un Y. On a toujours été bien accueillis, j’ai beaucoup aimé. Et puis ici c’est culturel, vu la place de la musique dans le pays. Un musicien est considéré comme quelqu’un du peuple, pas comme une star. A la fin du concert, il y a toujours pleins de gens qui viennent te parler et ça c’est génial. On ressent beaucoup plus les émotions des gens et c’est ça qui compte. Pour le coup, ma principale nourriture spirituelle c’est les émotions. C’est là que je me sens le plus vivant, le plus réel, le plus concret. J’aime penser, mais les émotions c’est un thermomètre, un moyen de vérifier qu’on a donné le meilleur de nous.
Que pensez-vous de ces nouveaux groupes français qui choisissent de chanter en anglais ?
On peut imaginer que cela fait partie de leur culture, que l’anglais leur permet de mieux exprimer leurs émotions. C’est une langue extrêmement imagée, pour dire une explosion tu dis « Bang »… Les mots sonnent toujours « musical ». C’est plus facile d’écrire en anglais et surtout d’exprimer les émotions. Il y a des poètes anglo-saxons, mais quand tu prends de la pop, tu dois faire passer en très peu de temps un maximum d’émotions. L’anglais permet cet état syncrétique dans la création. Je commence un peu à écrire en anglais. Et puis il y aura toujours des gens qui se sentent apatrides. Ma langue c’est le français, mais j’ai déjà chanté dans des dialectes africains par exemple. En fait, une langue – quelle qu’elle soit – est musicale et en particulier le portugais du Brésil. La musique c’est comme la planète, sauf qu’il n’y a aucune frontière. Ou s’il y en a, tu n’as pas besoin de passeport pour les traverser. Tu fais ce que tu veux, la musique c’est un des plus grands espaces de liberté et surtout c’est immédiat. Donc, non, ça ne me dérange pas que des groupes jouent en anglais. Bon, bien sûr il y a aussi la volonté de conquérir d’autres espaces.
C’est vous qui avez écrit la musique de Quand les hommes s’ennuient, qui a un rythme très brésilien. Connaissez-vous la musique brésilienne?
J’ai toujours aimé les grands standards brésiliens : Chico Buarque, Antonio Carlos Jobim, Vinicius de Moraes, Baden Powell, je les aime beaucoup. Au départ ce sont des potes chiliens qui étaient dans notre premier groupe, qui m’ont fait écouter plein de musique brésilienne… Comme Martinho da Vila Canta canta minha gente (en fredonnant).
Vous avez interprété en concert Bidonville de Claude Nougaro. Comment l’avez-vous choisie ?
Je la chante depuis longtemps, j’ai toujours aimé Nougaro et aussi la version originale. C’est une amie guitariste, Virna Nova, qui me l’avait chantée en brésilien. Elle m’avait montré les accords, elle avait rencontré à Rio les fils de Baden Powel. Et puis en tournée, on fait toujours une reprise parce que l’on aime ça. Une fois on a chanté avec Bernard Lavilliers qui vient souvent au Brésil.
Propos recueillis par Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) mardi 29 mars 2011
WEEK-END – São Paulo fête les graffitis ce dimanche
São Paulo, grise ? Pas tant que ça, grâce à ses nombreux artistes de rue qui égaient la capitale. Ce dimanche 27 mars, la ville célèbre cet art demeuré longtemps dans l’ombre. La galerie Matilha Cultural propose à cette occasion une exposition en hommage au pionnier brésilien du stencil, Alex Vallauri (1949-1987)
Du Beco do Batman*, rue recouverte de tags à Vila Madelena, au Tunnel Paulista qui mène à l’Avenida Rebouças, en passant par la 23 de Maio, impossible de ne pas croiser des graffitis en se promenant à São Paulo. Le Brésil bouillonne de créativité en matière d’art de rue et ce n’est pas par hasard que la Première Biennale Internationale de Graffiti Fine Art s’y est déroulée en septembre dernier.
Le grand précurseur
Le graffiti s’implante très tôt dans les grandes villes brésiliennes, mais c’est
avec Alex Vallauri qu’il connaît une véritable reconnaissance. Né en Ethiopie en 1949 de nationalité italienne, il immigre en 1965 et fait des études d’art graphique en Angleterre et aux Etats-Unis. De retour au Brésil, les murs de São Paulo deviennent son support. Adepte du kitsch, il utilise comme genre le stencil, graffiti en pochoir. Cette technique avait émergé dans les pays où la répression de la police était très forte, quelques minutes étant suffisantes pour créer une œuvre. Alex Vallauri donne lieu à tout un mouvement de « graffeurs » brésiliens qui perpétueront son art après sa mort en 1987.
Envie d’en savoir plus ?
Réunissant des oeuvres de pionniers comme Ozi ou Celso Gitahy, et des artistes de la nouvelle génération comme Daniel Melim, Rodrigo « Chã » ou encore le collectif Alto Contraste, « Elemento Vazado », à la Galerie Matilha Cultural vaut le détour. Tout près, une exposition à l’Ação Educativa – à Vila Buarque – réunit également les travaux d’une vingtaine de « taggeurs ». Dimanche 27 est prévue une démonstration au Parc Agua Branca.
La VIIIème édition du Graffiti Fine Art, au Museu Brasileiro da Escultura, présentait un projet tout à fait intéressant, puisqu’elle mettait en avant le travail de plusieurs stars et jeunes talents du street art : Magrela, Sinha, Chambs et Pifo entre autres. Une particularité : remplir les imposants murs du local d’oeuvres collectives. Cette idée a donné naissance à des graffitis enrichis par la patte de chaque artiste, dont la variété de traits est nette : une vraie réussite ! Le catalogue de la Biennale du Graffiti Fine Art a été lancé à cette occasion.
Si vous préférez en découvrir à l’air libre, rien de tel que de se promener dans les rues paulistes : chaque bouche-d’égout, compteur de gaz, arrêt de bus, mur vide hier peut-être aujourd’hui devenu une surprise à découvrir. Une dernière possibilité est de partir à la recherche de graffitis du monde entier, confortablement installé derrière son écran, en se rendant sur le site Street Art View.
Clémentine VAYSSE et Amélie PERRAUD-BOULARD (www.lepetitjournal.com – São Paulo) vendredi 25 mars 2011
* Rua Gonçalo Alfonso
Infos pratiques :
Matilha Cultural
Rua Rego Freitas, 542 – República. (11) 3256-2636
http://www.matilhacultural.com.br
Tous les jours jusqu’au samedi 16 Avril, de 12h à 20h
Ação Educativa
Rua General Jardim, 660 – Vila Buarque.
Proche des stations de métro República et Santa Cecilia.
Tel : 3151-2333 / www.acaoeducativa.org
Du 28 mars au 7 mai. Ouverture et cocktail le 25 mars à 19h
Du lundi au vendredi de 10h à 20h. Samedi de 10h à 14h. Entrée gratuite
Démonstration au Parc Agua Branca le dimanche 27 mars de 10h à 17h – http://coletivoaguabranca.blogspot.com/
Museu Brasileiro da Escultura
Av. Europa, 218 – Jardim Europa
www.mube.art.br
LITTERATURE – Le Brésil de Stefan Zweig
Diverses sont les raisons qui ont poussé de nombreux européens à immigrer au Brésil pendant la Seconde Guerre Mondiale. L’écrivain autrichien Stefan Zweig a quitté le vieux continent en 1940, désespéré par la tournure que prenaient les événements. Du peu de temps qu’il a passé ici, est né un magnifique livre, hommage à son dernier voyage
Stefan Zweig n’a pas soixante ans quand il s’installe outre-Atlantique, mais est
déjà un écrivain renommé. Lui qui a tant voyagé, ami des grands intellectuels, ne peut plus supporter « l’effroyable tension de l’Europe ». Conscient très tôt du danger du nazisme, il quitte l’Autriche – sa terre natale – en 1934. Il opte d’abord pour l’Angleterre, mais le danger étant trop grand, c’est vers les Etats-Unis qu’il s’oriente, puis vers le Brésil. Il connaît ce pays, qu’il a déjà visité en 1936 à l’occasion d’un Congrès à Buenos Aires. Il avoue arriver avec « la représentation moyenne et dédaigneuse des Européens et de l’Amérique du Nord ». L’écrivain va avoir une révélation pour ce nouveau pays.
Le Brésil, terre d’avenir
« Lorsque, dans notre temps bouleversé, nous voyons encore des zones d’espoir pour un nouvel avenir, il est de notre devoir d’attirer l’attention sur ce pays, sur ces possibilités » écrit Stefan Zweig pour justifier son nouvel ouvrage publié en 1941. Entre essai et carnet de voyage, Le Brésil, terre d’avenir renferme les impressions toutes fraîches de ce grand intellectuel. Nostalgique de l’Europe d’avant-guerre, il avait écrit auparavant Le Monde d’hier, tourné vers le passé. Parfois quelque peu naïfs, les propos de Zweig sur le Brésil n’en sont pas moins émouvants. Ayant effectué un important travail de recherche, il cerne parfaitement les grands traits de la culture et de l’Histoire et dresse un véritable éloge de cette terre d’accueil.
A l’époque, le Brésil n’est pourtant plus une démocratie. Depuis les élections de novembre 1937 et la nouvelle constitution, Getúlio Vargas a les plein-pouvoirs. Stefan Zweig passe outre l’Estado Novo, et préfère célébrer le pacifisme du Brésil, son absence de volonté de conquête et la paix sociale qui règne. « Il est touchant de voir les enfants aller bras dessus dessous, dans toutes les nuances de la peau humaine, chocolat, lait et café, et cette fraternité se maintient jusqu’aux plus hauts degrés, jusque dans les académies et les fonctions d’Etat » affirme-t-il, s’émerveillant devant cette Nation fondée sur le principe de mélange, à l’opposé de la conception dominante en Europe à cette époque.
« A la fois fasciné et bouleversé »
Telles sont ses impressions sur Rio de Janeiro, dont il vante sans fin la beauté. Mais cela peut décrire son sentiment général vis-à-vis des nombreux voyages qu’il effectue à travers le pays. Bahia, Recife, Belem…. « A la fin du voyage, on sent qu’on n’est en réalité qu’au commencement », écrit-il face à cette terre d’une étendue époustouflante. Véritable petit guide de voyage, tout l’intéresse et il trouve les mots justes pour chaque ville. « Pour dépeindre Rio de Janeiro, il faudrait être peintre, mais pour décrire São Paulo, il faut être un statisticien ou un économiste ». Il répertorie les plus beaux lieux de la capitale carioca, tandis qu’il saisit le charme du centre économique, « la beauté de São Paulo n’est pas une chose actuelle, mais future, elle n’est pas optique, mais réside dans son énergie, son dynamisme ».
Les descriptions et les sujets abordés sont d’une perspicacité à peine croyable, on en oublierait que ce livre a été écrit il y soixante-dix ans, alors que le Brésil comptait moins de 50 millions d’habitants et Sampa moins d’un million et demi. Et si cela est aujourd’hui largement reconnu, affirmer le potentiel du Brésil est en 1941 une position totalement nouvelle.
C’est au Brésil qu’il écrit son œuvre la plus connue, Le Joueur d’échec. Le 15 mai 1941, Stefan Zweig effectue une dernière conférence. Il s’installe avec sa seconde épouse, Lotte, à Pétropolis, où il fête son 60ème anniversaire. Le 22 février 1942, en plein carnaval et suite à l’annonce de la défaite des Britanniques à Singapour, Stefan Zweig et sa compagne mettent fin à leurs jours. Usé, celui qui se définissait comme « autrichien, juif, écrivain, humaniste, pacifiste », ne croit plus en ce Monde. Mais « nulle part ailleurs je n’aurais préféré édifier une nouvelle existence » écrit-il dans son message d’adieu.
Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil) mars 2011
http://www.casastefanzweig.org/sec_casa.php?sub=onde casa Stefan Zweig à Petropolis
http://www.ebooksbrasil.org/eLibris/paisdofuturo.html Version en ligne en portugais
BILLET D’HUMEUR – Adieu Belas Artes
Cela fait aujourd’hui une semaine que le plus connu des cinémas paulistes a fermé ses portes, et aucune bonne surprise de dernière minute n’est venue le sauver. Un grand lieu de la culture disparaît, pour être remplacé par un magasin. Dernier coup de projecteur…
Je ne suis pas née à São Paulo, je suis ce que l’on nomme « pauliste d’adoption », comme beaucoup de gens ici d’ailleurs. Et le Belas Artes ne faisait partie de mon quotidien que depuis quelques mois. Idéalement situé au coeur de São Paulo, inutile de consulter les séances avant d’y aller, la programmation suffisait à nous guider. Le verdict est tombé, après de nombreux espoirs de sauvetage. Impossible pour moi ce soir là de ne pas aller à la dernière.
Jeudi 17 mars 2011, 20h. Il y a foule au n°2423 de la Rua da Consolação. S’il n’y avait pas de pancartes ni de slogans, on pourrait croire que c’est une soirée comme les autres. Une longue file patiente calmement devant la bilheteria, mais pas de films récents au programme. De grands classiques pour finir en beauté, la Dolce Vita de Fellini, le Guépard de Visconti. Dans la rue, les discussions n’en finissent pas, chacun ayant son avis sur la position à prendre quant à cette fermeture. Puis des fidèles des salles obscurs prennent la parole, sous les flash
s des nombreux journalistes présents. « Cinema, sim. Loja, não ». Fondé en 1943, sous le nom de Cine Ritz, puis Cine Trianon pour prendre son nom définitif en 1967, il avait survécu à la dictature et à un incendie en 1982. C’est la (dé)raison économique qui aura eu raison du Belas Artes. Suite à une augmentation du loyer par le propriétaire, exigeant 150.000 reais mensuels – contre 60.000 auparavant – et le retrait de son partenaire HSBC, l’aventure s’arrête là.
Deise Perin, ex-gérant, a annoncé que le cinéma rouvrirait prochainement dans un autre lieu. « Nous avons perdu la bataille, mais pas la guerre » nous annonce-t-il en personne avant la dernière séance. Ses défenseurs avaient tout tenté : une pétition sur internet regroupant plus de 16.000 signatures, un recours au Conseil Municipal avait même été déposé pour classer le lieu au patrimoine de São Paulo. Avant la dernière projection, une campagne contre le piratage des films passe. Plus de popcorn, plus de grand écran, plus de sièges en velours rouge, plus de bande-annonces, plus de moments partagés avec ses amis… Voilà ce que l’on perd. Et même si les cinémas des shoppings ont théoriquement tout cela, ils manquent terriblement de charme. Et de caractère, la programmation étant souvent limitée à des œuvres très commerciales.
J’avais choisis – je dois l’avouer par hasard car celui que je voulais voir était complet - un film… qui s’avère être un chef-d’oeuvre muet de 1925 : L’aigle noir avec Rudolf Valentino. Un petit bonheur cinématographique.
Pour terminer cette despedida, je vous invite à lire ce texte de Philippe Delerm, issu de La première gorgée de bière « Ce n’est pas vraiment une sortie, le cinéma. On est à peine avec les autres. Ce qui compte, c’est cette espèce de flottement ouaté que l’on éprouve en entrant dans la salle. Le film n’est pas commencé ; une lumière d’aquarium tamise les conversations feutrées. Tout est bombé, velouté, assourdi. La moquette sous les pieds, on dévale avec une fausse aisance vers un rang de fauteuils vide. On ne peut pas dire qu’on s’assoie, ni même qu’on se carre dans son siège. Il faut apprivoiser ce volume rebondi, mi-compact, mi-moelleux. On se love à petits coups voluptueux. […] Au cinéma, on ne se découvre pas. On sort pour se cacher, pour se blottir, pour s’enfoncer. On est au fond de la piscine, et dans le bleu tout peut venir de cette fausse scène sans profondeur, abolie par l’écran. »
Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) Mars 2011
Pour signer la pétition : http://www.abaixoassinado.org/abaixoassinados/7873
BILLET D’HUMEUR – Adieu Belas Artes
Cela fait aujourd’hui une semaine que le plus connu des cinémas paulistes a fermé ses portes, et aucune bonne surprise de dernière minute n’est venue le sauver. Un grand lieu de la culture disparaît, pour être remplacé par un magasin. Dernier coup de projecteur…
Je ne suis pas née à São Paulo, je suis ce que l’on nomme « pauliste d’adoption », comme beaucoup de gens ici d’ailleurs. Et le Belas Artes ne faisait partie de mon quotidien que depuis quelques mois. Idéalement situé au coeur de São Paulo, inutile de consulter les séances avant d’y aller, la programmation suffisait à nous guider. Le verdict est tombé, après de nombreux espoirs de sauvetage. Impossible pour moi ce soir là de ne pas aller à la dernière.
Jeudi 17 mars 2011, 20h. Il y a foule au n°2423 de la Rua da Consolação. S’il n’y avait pas de pancartes ni de slogans, on pourrait croire que c’est une soirée comme les autres. Une longue file patiente calmement devant la bilheteria, mais pas de films récents au programme. De grands classiques pour finir en beauté, la Dolce Vita de Fellini, le Guépard de Visconti. Dans la rue, les discussions n’en finissent pas, chacun ayant son avis sur la position à prendre quant à cette fermeture. Puis des fidèles des salles obscurs prennent la parole, sous les flashs des nombreux journalistes présents. « Cinema, sim. Loja, não ». Fondé en 1943, sous le nom de Cine Ritz, puis Cine Trianon pour prendre son nom définitif en 1967, il avait survécu à la dictature et à un incendie en 1982. C’est la (dé)raison économique qui aura eu raison du Belas Artes. Suite à une augmentation du loyer par le propriétaire, exigeant 150.000 reais mensuels – contre 60.000 auparavant – et le retrait de son partenaire HSBC, l’aventure s’arrête là.
Deise Perin, ex-gérant, a annoncé que le cinéma rouvrirait prochainement dans un autre lieu. « Nous avons perdu la bataille, mais pas la guerre » nous annonce-t-il en personne avant la dernière séance. Ses défenseurs avaient tout tenté : une pétition sur internet regroupant plus de 16.000 signatures, un recours au Conseil Municipal avait même été déposé pour classer le lieu au patrimoine de São Paulo. Avant la dernière projection, une campagne contre le piratage des films passe. Plus de popcorn, plus de grand écran, plus de sièges en velours rouge, plus de bande-annonces, plus de moments partagés avec ses amis… Voilà ce que l’on perd. Et même si les cinémas des shoppings ont théoriquement tout cela, ils manquent terriblement de charme. Et de caractère, la programmation étant souvent limitée à des œuvres très commerciales.
J’avais choisis – je dois l’avouer par hasard car celui que je voulais voir était complet – un film… qui s’avère être un chef-d’oeuvre muet de 1925 : L’aigle noir avec Rudolf Valentino. Un petit bonheur cinématographique.
Pour terminer cette despedida, je vous invite à lire ce texte de Philippe Delerm, issu de La première gorgée de bière « Ce n’est pas vraiment une sortie, le cinéma. On est à peine avec les autres. Ce qui compte, c’est cette espèce de flottement ouaté que l’on éprouve en entrant dans la salle. Le film n’est pas commencé ; une lumière d’aquarium tamise les conversations feutrées. Tout est bombé, velouté, assourdi. La moquette sous les pieds, on dévale avec une fausse aisance vers un rang de fauteuils vide. On ne peut pas dire qu’on s’assoie, ni même qu’on se carre dans son siège. Il faut apprivoiser ce volume rebondi, mi-compact, mi-moelleux. On se love à petits coups voluptueux. […] Au cinéma, on ne se découvre pas. On sort pour se cacher, pour se blottir, pour s’enfoncer. On est au fond de la piscine, et dans le bleu tout peut venir de cette fausse scène sans profondeur, abolie par l’écran. »
Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo)
Pour signer la pétition : http://www.abaixoassinado.org/abaixoassinados/7873
SOCIETE – Femmes en politique, bilan et perspectives
Alors que le Brésil a rejoint depuis peu le clan select des États dirigés par une femme, les chiffres montrent que celles-ci restent sous-représentées dans le monde politique brésilien. 79 ans après l’obtention du droit de vote pour les femmes, retour sur un long combat pour l’égalité et point sur la situation actuelle
Deux des trois favoris de la dernière présidentielles étaient des femmes. Mais si, avant la campagne, les analystes prévoyaient une hausse d’au moins 10% du nombre de femmes élues à la Chambre Fédérale. La réalité s´est révélée tout autre : 44 élues députés fédérales,soit même pas les 9%. Malgré les mesures de quotas, les chiffres stagnent.
Une progression constante
C’est en 1932, sous le Gétulio Vargas, que les femmes acquièrent au Brésil la citoyenneté et par la même le droit de vote. En 1928, l’Etat du Rio Grande do Sul, en précurseur, avait nommé comme maire de Laje une femme, Alzira Soriano. Le mouvement féministe est déjà à l’époque très actif, avec de grands noms comme Leolinda de Figueiredo Daltro ou Bertha Lutz, présidente à l’époque de la Federação Brasileira pelo Progresso Feminino. L’année suivante, Carlota Perreira de Queiros est la première femme élue, comme député fédéral. En 1979, les femmes entrent au Sénat avec Eurice Michiles. Puis, dans les années 80, Esther de Figueiredo Ferraz obtient le premier poste de Ministre (Educação e Cultura). Il faut encore attendre 1989 pour qu’une femme se présente aux élections présidentielles avec Maria Pio de Abreu pour le Parti National. Enfin, en 1995, Roseana Sarney est la première gouverneur d’Etat.
Plus de candidates, pas plus d’élues
En 1996, le Congrès National prend une mesure pour enrayer l´inégalité des sexes dans la vie politique. Le Brésil est alors le quatrième pays d’Amérique Latine à adopter le système de quotas pour les partis (après l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay). La loi impose dès lors un minimum de 20% de femmes parmi les candidats de chaque parti, taux qui passe à 25 % en 1998 puis à 30% en 2000. Et malgré les différentes interprétations des Tribunaux Électoraux des Etats fédérés, les divers clans politiques se plient à la règle. Mais force est de constater que si le nombre de candidates augmentent, le nombre d’élues ne varient que peu. À noter, de manière générale, plus de femmes ont été élues au Nord du Pays où le taux dépasse les 12%. Au sein des partis, ce sont le Parti Travailliste avec 11 femmes sur 254 élus et le Parti Communiste avec 11 femmes pour 34 sièges qui arrivent en tête de la représentation féminine.
Lúcia Avelar, professeure et directrice de l’Institut de Sciences Politiques à l’Université de Brasilia remarque également dans une étude datant de 2007 un fait révélateur : la grande majorité des femmes sur le scène politique sont associées au nom de leur mari ou d’un de leur proche. Elle ajoute que cela est liée à une tradition politique très forte de domination masculine qui a toujours existé dans le pays. Mais le sociologue Antônio Augusto nuance ce phénomène en expliquant que, selon lui, cette tendance est à la baisse et que ces femmes ont généralement leurs propres idées et un positionement plus progressiste. Localement, de grands noms féminins émergent comme Marta Suplicy, Marina Silva ou encore Rose de Freitas. Reste que selon une étude de l’Ence, le Brésil ne se classerait qu´en 111ème position en terme de proportion féminine au Parlement, son voisin argentin étant quant à lui 11ème…
Quelles perspectives ?
Il est évident que l’élection d’une femme à la présidence de la République a ravivé les espoirs de voir celles-ci gagner de l’importance dans le monde politique. Dès le début de son mandat, Dilma Rousseff a insisté sur le fait qu’elle serait le porte-parole de la cause féminine et que des mesures de renfort seraient prises, notamment dans la lutte contre les violences conjugales. Cela avait déjà commencé sous Lula avec la Loi Maria da Penha d’Aout 2006 qui a alourdit les peines en la matière. Mais pour certaines, si l’élection de Dilma représente une avancée certaine, elle ne doit pas faire oublier la sous-représentation générale des femmes. Lilian Martins, secrétaire à la Santé de l’Etat de Piaui, explique dans une interview pour le journal 45 graus que « la présidente, si elle est un exemple, ne doit pas rester une exception ».
Puisque les quotas semblent inefficaces, que faire alors pour que les femmes gagnent réellement du terrain ? Pour Vanessa Grazziotin, la solution se trouverait dans le scrutin de liste paritaire et le financement public de la campagne. « L’idéal serait comme dans certains pays un scrutin de liste où pour deux hommes une femme serait élue ». La sénatrice communiste fait partie de la Commission de Réforme Politique qui travaille actuellement sur des mesures pour étudier des améliorations démocratiques, notamment vis à vis de la représentation des femmes et des partis minoritaires.
Rendez vous au prochain scrutin pour voir si l’élection d’une femme à la tête du pays aura changé les tendances et les mentalités.
Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil) Mars 2011
SOCIETE – Femmes en politique, bilan et perspectives
Alors que le Brésil a rejoint depuis peu le clan select des États dirigés par une femme, les chiffres montrent que celles-ci restent sous-représentées dans le monde politique brésilien. 79 ans après l’obtention du droit de vote pour les femmes, retour sur un long combat pour l’égalité et point sur la situation actuelle
Deux des trois favoris de la dernière présidentielles étaient des femmes. Mais si, avant la campagne, les analystes prévoyaient une hausse d’au moins 10% du nombre de femmes élues à la Chambre Fédérale. La réalité s´est révélée tout autre : 44 élues députés fédérales,soit même pas les 9%. Malgré les mesures de quotas, les chiffres stagnent.
Une progression constante
C’est en 1932, sous le Gétulio Vargas, que les femmes acquièrent au Brésil la citoyenneté et par la même le droit de vote. En 1928, l’Etat du Rio Grande do Sul, en précurseur, avait nommé comme maire de Laje une femme, Alzira Soriano. Le mouvement féministe est déjà à l’époque très actif, avec de grands noms comme Leolinda de Figueiredo Daltro ou Bertha Lutz, présidente à l’époque de la Federação Brasileira pelo Progresso Feminino. L’année suivante, Carlota Perreira de Queiros est la première femme élue, comme député fédéral. En 1979, les femmes entrent au Sénat avec Eurice Michiles. Puis, dans les années 80, Esther de Figueiredo Ferraz obtient le premier poste de Ministre (Educação e Cultura). Il faut encore attendre 1989 pour qu’une femme se présente aux élections présidentielles avec Maria Pio de Abreu pour le Parti National. Enfin, en 1995, Roseana Sarney est la première gouverneur d’Etat.
Plus de candidates, pas plus d’élues
En 1996, le Congrès National prend une mesure pour enrayer l´inégalité des sexes dans la vie politique. Le Brésil est alors le quatrième pays d’Amérique Latine à adopter le système de quotas pour les partis (après l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay). La loi impose dès lors un minimum de 20% de femmes parmi les candidats de chaque parti, taux qui passe à 25 % en 1998 puis à 30% en 2000. Et malgré les différentes interprétations des Tribunaux Électoraux des Etats fédérés, les divers clans politiques se plient à la règle. Mais force est de constater que si le nombre de candidates augmentent, le nombre d’élues ne varient que peu. À noter, de manière générale, plus de femmes ont été élues au Nord du Pays où le taux dépasse les 12%. Au sein des partis, ce sont le Parti Travailliste avec 11 femmes sur 254 élus et le Parti Communiste avec 11 femmes pour 34 sièges qui arrivent en tête de la représentation féminine.
Lúcia Avelar, professeure et directrice de l’Institut de Sciences Politiques à l’Université de Brasilia remarque également dans une étude datant de 2007 un fait révélateur : la grande majorité des femmes sur le scène politique sont associées au nom de leur mari ou d’un de leur proche. Elle ajoute que cela est liée à une tradition politique très forte de domination masculine qui a toujours existé dans le pays. Mais le sociologue Antônio Augusto nuance ce phénomène en expliquant que, selon lui, cette tendance est à la baisse et que ces femmes ont généralement leurs propres idées et un positionement plus progressiste. Localement, de grands noms féminins émergent comme Marta Suplicy, Marina Silva ou encore Rose de Freitas. Reste que selon une étude de l’Ence (A TROUVER), le Brésil ne se classerait qu´en 111ème position en terme de proportion féminine au Parlement, son voisin argentin étant quant à lui 11ème…
Quelles perspectives ?
Il est évident que l’élection d’une femme à la présidence de la République a ravivé les espoirs de voir celles-ci gagner de l’importance dans le monde politique. Dès le début de son mandat, Dilma Rousseff a insisté sur le fait qu’elle serait le porte-parole de la cause féminine et que des mesures de renfort seraient prises, notamment dans la lutte contre les violences conjugales. Cela avait déjà commencé sous Lula avec la Loi Maria da Penha d’Aout 2006 qui a alourdit les peines en la matière. Mais pour certaines, si l’élection de Dilma représente une avancée certaine, elle ne doit pas faire oublier la sous-représentation générale des femmes. Lilian Martins, secrétaire à la Santé de l’Etat de Piaui, explique dans une interview pour le journal 45 graus que « la présidente, si elle est un exemple, ne doit pas rester une exception ».
Puisque les quotas semblent inefficaces, que faire alors pour que les femmes gagnent réellement du terrain ? Pour Vanessa Grazziotin, la solution se trouverait dans le scrutin de liste paritaire et le financement public de la campagne. « L’idéal serait comme dans certains pays un scrutin de liste où pour deux hommes une femme serait élue ». La sénatrice communiste fait partie de la Commission de Réforme Politique qui travaille actuellement sur des mesures pour étudier des améliorations démocratiques, notamment vis à vis de la représentation des femmes et des partis minoritaires.
Rendez vous au prochain scrutin pour voir si l’élection d’une femme à la tête du pays aura changé les tendances et les mentalités.
Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil)
Auteur du dessin final du Christ Rédempteur, peintre et graveur, Carlos Oswald (1882-1971) est un des grands noms ayant marqué l’Histoire de l’Art au Brésil et les Beaux-Arts de Rio. Suite à l’exposition de ses oeuvres à la Caixa Cultural d’abord de Rio, puis de São Paulo, retour sur le parcours d’un homme ayant dédié sa vie à sa passion
Du talent dans les veines
Carlos Oswald est né en 1882 à Florence, et est le fils aîné du compositeur brésilien Henrique Oswald. De son père, il a des origines suisses-allemandes et italiennes, tandis que du côté de sa mère ses ancêtres sont français et toscans. De nombreux Brésiliens en voyage en Europe passent par chez la famille Oswald, égayant la curiosité du jeune homme à l’égard du pays de son père. Carlos étudie pendant un temps le violon, mais sa grande timidité l’handicape. Il pense alors pour son avenir à l’ingénierie ou l’architecture, mais c’est finalement vers les Beaux-Arts qu’il se tourne. Il commence alors à peindre, notamment des portraits, inspirés par les impressionnistes français.
C’est en 1904 – alors que son père est nommé Directeur de l’Ecole Nationale de Musique de Rio de Janeiro – que l’artiste italo-brésilien commence à envoyer des oeuvres au Brésil pour qu’elles y soient exposées. Il lui faudra attendre 1906 pour fouler le sol brésilien ; son émotion est alors grande. Il est logé à Tijuca et s’émerveille devant la beauté de Rio de Janeiro. Il prend alors comme sujets de ses oeuvres le Jardin Botanique, la baie ou encore la forêt tropicale. Et c’est la gravure qu’il choisit comme méthode, à l’époque inconnue outre-Atlantique. Sa première exposition individuelle à Rio a lieu en 1907. Les critiques lui sont largement favorable et c’est fort de ce nouveau succès qu’il rentre en Italie.
La reconnaissance
En 1910, le Gouvernement Brésilien l’invite à décorer la salle de musique du pavillon à l’Exposition Universelle de Turin. Carlos Oswald sillonne l’Europe et fréquente les plus grands maîtres. En 1913, il part pour un voyage temporaire au Brésil en compagnie de son frère Alfredo, mais la Première Guerre Mondiale fera durer ce séjour. Carlos s’intègre alors au milieu artistique carioca et fonde la première école de gravure du Brésil. C’est en 1918 que sa carrière décolle réellement. La même année, il se lie d’amitié avec Paul Claudel. Avec le temps, ses oeuvres se teintent de sujets religieux. Il enseigne également au Liceu de Artes e Ofícios et a comme élèves de nombreux artistes célèbres par la suite comme, Raimundo Cela (1890-1954), Lasar Segall (1891-1957), Oswaldo Goeldi (1895–1961), Lívio Abramo (1903–1992) ou encore Fayga Ostrower (1920-2001).
Consulté en 1930 par Heitor da Silva Costa lors de la construction du Christ Rédempteur, Carlos Oswald fait des études et des dessins de la statue et de ses détails. L’idée d’un Christ les bras tendus, identifiable de loin comme une croix, serait une idée de l’artiste. Carlos Oswald sera par la suite l’auteur de nombreuses oeuvres sacrées et décorera de nombreuses églises. Parmi les plus connues se trouvent les vitraux de Santa Teresinha do Túnel. Il participe en 1946 à la création de la Sociedade Brasileira de Arte Cristã. Il transmet également son savoir lors de cours de gravure à l’Institut Getulio Vargas. Carlos Oswald meurt à Pétropolis en 1971.
Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Rio de Janeiro) lundi 7 février 2011
Informations :
Vous pouvez admirer les gravures de Carlos Oswald au Museu Nacional de Belas Artes
A lire – Carlos Oswald, 1882-1971 : Pintor da luz e dos reflexos, de Mario Isabel Oswald Monteiro, Casa Jorge Editorial, 2000
Brésil : Retour sur la campagne électorale
Le 31 octobre dernier, le peuple brésilien a désigné Dilma Roussef (Parti Travailliste) comme future chef d’Etat à compter du 1er janvier 2011. À la veille du scrutin, les sondages donnaient Dilma Roussef gagnante au 1er tour, la campagne, qui devait être sans surprise, a néanmoins comporté sa part d’inattendu
La machine électorale brésilienne est gigantesque, les 136 millions d’électeurs devant voter le même jour pour le président, les députés fédéraux, les gouverneurs …. À cela s’ajoute le caractère obligatoire du vote: les citoyens ne se présentant pas devant les urnes risquent amende et complications administratives par la suite.
Lula, maître du jeu
Dilma, auparavant Ministre de la Casa Civil (équivalent du premier ministre), benéficiait depuis le début de la campagne de l’appui assumé du président sortant Lula Ignacio da Silva. La Constitution limitant le nombre de mandats consécutifs à la présidence à deux ; Lula, bien que doté d’une popularité très élevée, ne pouvait se représenter. En effet, peu avant le début de la campagne, le président sortant jouissait, selon les sondages, de 85% de satisfaction.
Lors de sa présidence, il a pu compter sur une conjoncture économique très favorable. Entre 2002 et 2010, le salaire minimum est passé de 200 à 500 R$, le taux de chômage est tombé de 11,7% à 6,2% et le volume des crédits à la consommation a été multiplié par 5. En outre, le nombre de foyers bénéficiant de la Bolsa Familia – aide financière aux familles nécessiteuses – est passé de 3,6 millions à 12,7 millions.
Dilma en ballotage
Cependant, Dilma s´est avérée rapidement moins charismatique que Lula. De plus face à elle, deux sérieux opposants sont venus compléter le trio de tête : José Serra, social démocrate ex-gouverneur de l’Etat de São Paulo et Marina da Silva, candidate du parti vert. La grande surprise du premier tour a été le score de Marina da Silva recueillant plus de 20% des votes. Conséquence de ce résultat inattendu : une mise en ballotage de Dilma qui n´a pu récolter que 46,5 % des suffrages exprimés face au 32,7 % de José Serra. Les deux tours étant espacés d´un mois, la campagne a pu reprendre de plus belle. Les consignes de vote de Marina da Silva pouvant être décisives, tous les regards se sont alors tournés vers elle et ses 20 millions de voix. Après un silence de plusieurs semaines, elle a finalement refusé d´accorder un quelconque soutien, allant même jusqu´à émettre de vives critiques à l´égard des deux candidats en lice.
Le religion au premier plan
Elément perturbateur du second volet de la campagne: la religion, les églises jouant au Brésil un rôle central dans la vie politique, le thème de l´avortement s´est retrouvé au centre du débat, ébranlant les deux candidats. Dilma Roussef a été souspconnée d’avoir eu recours à cette pratique et de vouloir la légaliser, il s´est même dit qu´elle n’était pas passée au premier tour en raison d´un boycott des évangélistes. José Serra n’a pas non plus été toujours ferme sur sa volonté de maintenir l’interdiction de l’avortement. Les deux candidats se sont donc lancés dans un numéro de charme à l’égard de l´Eglise, pour rallier les électeurs encore hésitants.
Au cours du mois, l´écart s´est creusé entre les deux candidats au profit de la dauphine de Lula, de plus en plus virulente. Peu avant le second tour, les sondages prévoyaient une nette avance pour Dilma Roussef, devançant de 12 à 15 points son adversaire social-démocrate. Sans grande surprise donc, le 31 octobre, jour du scrutin, Dilma Roussef a été élue par 55,7 millions de brésiliens (56 % des voix), soit 12 millions de plus que José Serra. Elle devient donc avec une large avance la première femme présidente du Brésil.
Une victoire à la pyrrhus pour la démocratie?
Mais ce qui a sans doute le plus marqué ces élections est le sentiment de défiance et de lassitude des citoyens à l’égard de la classe politique. Au second tour, le niveau d’abstention a dépassé les 21%, taux considérable eut égard au caractère obligatoire du vote. En cause : les nombreux scandales de corruption ayant marqué la vie politique brésilienne ces dernières années ainsi que les candidats eux-mêmes. Autre exemple de ce phénomène, la victoire écrasante dans l’Etat de São Paulo du député Tiririca, clown de profession et analphabète, ayant comme slogan « - Vous ne savez pas à quoi sert un député ? – Moi non plus, mais élisez-moi et on verra ! »
Clémentine VAYSSE pour Elections-Politique-Citoyen – Novembre 2010