BILLET D’HUMEUR – Vous êtes sûre que vous ne voulez pas une manucure ?

On m’avait pourtant prévenue : les Brésiliennes sont très coquettes. J’étais loin d’imaginer qu’il puisse y avoir des supermarchés de produits pour les cheveux, des salons de beauté à chaque coin de rue et que ne pas avoir les ongles faits était considéré comme une tare. Après quelques mois ici, je n’ai toujours pas de french manucure. Jusqu’où ma légendaire capacité d’adaptation va-t-elle me mener ?

Je sais bien qu’en tong, c’est plus beau d’avoir les ongles de pieds nickels. De là à avoir un vernis tigré … En regardant autour de moi dans le métro, je me suis rendu compte d’une chose : je suis décidément la seule à ne pas avoir de vernis. En examinant mieux, je m’aperçois que mes voisines brésiliennes ont toutes assorti leurs ongles à leur sac et à leurs chaussures. Couleurs et imprimés les plus farfelus défilent. A tel point qu’un jour, qu’un inconnu me dise dans le bus « Vous n’êtes pas Brésilienne ? ». Moi « Non, comment le savez-vous, je n’ai pas encore ouvert la bouche ». L’intéressé me répond « Ah, facile ! Aucune Brésilienne ne se ronge les ongles, regardez vos mains ! ». C’est décidé, il faut que je fasses quelque chose…

A São Paulo, on a souvent l’impression qu’il y a plus de magasins de produits esthétiques et de salons de beauté que de pharmacies. A toute heure du jour ou de la nuit, même les jours fériés, une dizaine de femmes sont là – à se faire chouchouter –  avec en fonds sonore l’inévitable novela du moment. Et ça papote encore et encore, un magazine people à la main.

Au bout de 3 mois ici, je me décide à pousser la porte d’un coiffeur. Je me retrouve vite embarrassée par un soucis technique majeur : le manque de vocabulaire en la matière. Enfin, pas vraiment puisque je ne veux qu’une coupe de cheveux. Il m’a fallu une demi-heure pour dire que non, je ne souhaitais pas un soin hydratant, ni un masque de beauté, ni une manucure, encore moi une pédicure. A la vue de l’état – certes non siliconé – de mes cheveux, le coiffeur manque de tomber dans les pommes. « Comment ça vous n’utilisez que du shampoing dont vous ne connaissez même pas la marque ? Pas d’après-shampoing, de masque, de produit pour les pointes, de gel silicone, de lisseur … » J’avoue ne pas avoir compris la suite de la très longue liste de produits ou de je-ne-sais-quoi qu’il m’a donnée. « Ah, mais vous êtes étrangère, c’est pour ça… » Je m’attendais à ce qu’il me demande si, comme tous les Français, je ne me lavais que tous les 2 jours (les mythes ont la peau dure). A la sortie, il me fait promettre de ne pas attendre quatre mois pour revenir.

Grande est donc sa joie lorsque deux mois plus tard, je me décide à affronter de nouveau le temple de la dictature des crinières longues et soyeuses. Car ici, on n’est femme que si sa chevelure est lisse et descend jusqu’au milieu du dos, au minimum! À la l’Oréal. Pas vraiment mon truc. Est-ce que par hasard tout ça ne serait pas culturel ? Sûrement. Je ronchonne alors un peu, en me disant que finalement on retombait toujours dans un seul modèle de beauté, que je trouve soit dit en passant bien monotone.

C’est alors que je croise dans une vitrine une affiche d’Elis Regina, rayonnante avec ses cheveux courts et son joli sourire. Ciao les poupées des novelas ! En échange, je promets de faire un effort de rognage d’ongles (ça ne fait que dix ans que j’essaie d’arrêter). Rendez-vous dans quelques années pour voir si j’ai été convertie.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil)  10 mai 2011

 

EXPOSITION – Le Brésil du XIXème vu par un peintre français

Arrivé au Brésil en 1816 avec d’autres artistes français, Jean-Baptiste Debret a laissé à travers ses œuvres de nombreux témoignages sur les us et coutumes de l’époque. La Caixa Cultural propose jusqu’au 16 juin une très belle exposition intitulée « Debret Viagem ao Sul do Brasil »

Au XIXème siècle, ce sont les artistes étrangers qui ont le plus peint le Brésil. Jean-Baptiste Debret (1768-1848) fait partie de ses peintres qui ont fixé dans le temps la vie coloniale. Son Voyage Pittoresque et Historique au Brésil, ou Séjour d’un Artiste Français au Brésil, publié à son retour en France, reste une référence pour les Historiens.

Des Français à la Cour
Sollicitée par Dom João VI, la Missão Artística Francesa avait pour but de développer le système d’enseignement supérieur artistique, dans le cadre du renouveau des relations diplomatique entre les deux pays à la chute de Napoléon. La Cour Portugaise, alors exilée à Rio de Janeiro, entendait rénover la vie culturelle du pays. Selon cette volonté, Antonio de Araujo e Azevedo, Comte de Barca aurait eu l’idée d’inviter quelques artistes français. Avec Joachim Lebreton comme leader, le groupe forme une école d’arts qui deviendra par la suite les Beaux-Arts.

Peintre apprécié de la Cour en exil, Jean-Baptiste Debret a été régulièrement amené à en représenter les membres, comme Dom João VI et l’Archiduchesse Maria Leopoldina d’Austriche. Lors de son  mariage avec Dom Pedro I, le Français peindra la scène d’arrivée dans le port de Rio, acclamée par le peuple. Il installe son atelier à l’Académie Impériale en décembre 1822 et devient un éminent professeur dès 1826. Trois ans plus tard, il organise la première exposition d’art du Brésil. Dans le cadre d’une correspondance avec son frère, curieux d’en savoir plus sur la vie outre-Atlantique, Debret fait de nombreux croquis de rue, de personnages et de scènes courantes. Il s’intéresse tout particulièrement aux esclaves et aux indiens. Avec le travail de l’Allemand Johann Moritz Rugendas (1802-1858), ses œuvres constituent un des plus importants supports de documentation sur la société des dernières décennies du XIXème siècle.

Diffuser ce passé national
L’exposition à la Caixa Cultural présente une soixantaine de toile représentant des paysages et des scènes de vie, qui proviennent de la Fondation Castro Maya. Raymundo Ottoni de Castro Maya (Paris 1894 – Rio de Janeiro 1968), homme d’affaire et surtout grand amateur d’art, avait à cœur de partager avec le public ses acquisitions. Il avait acheté dans les années 40 plus de 500 œuvres de Debret, qu’il considérait comme faisant partie du patrimoine culturel du pays. C’est également ce grand personnage carioca qui a œuvré pour publier au Brésil des ouvrages contenant les peintures de Jean-Baptiste Debret.

Passionné d’art ou d’Histoire, ne passez pas à côté de cette exposition qui permet de mieux connaître le Brésil de la fin du XIXème.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo)

Informations pratiques :
Debret Viagem ao sul do Brasil – Entrée gratuite
Jusqu’au 19 Juin 2011 – Du lundi au samedi de 9h à 21h
Caixa Cultural São Paulo
Av. Paulista, 2083
http://www.caixa.gov.br/caixacultural

RESEAUX SOCIAUX – Le Brésil, pays d’Orkut dans un monde de Facebook

Orkut, vous connaissez ? Deux tiers des internautes brésiliens l’utilisent. Tandis que Facebook domine sans conteste internet avec plus de 590 millions de visiteurs dans le monde en janvier 2011, loin devant son principal concurrent Twitter, les Brésiliens font office d’exception avec une large préférence pour Orkut, réseau social développé par Google. Jusqu’à quand ?

Le principe des deux sites est le même : développer son réseau et rester en contact avec ses amis, et les amis de ses amis, ainsi de suite. Si vos connaissances sont sur un site, vous avez tout intérêt à vous inscrire sur celui-ci. En matière de choix de réseau social, le Brésil – désormais au 8ème rang mondial en nombre d’internautes* – se démarque du reste du monde en étant connecté principalement sur Orkut.

7 ans de succès croissant
Le réseau a été créé début 2004 par un ingénieur de Google Turquie, Orkut Büyükkökten et était à ses débuts très simple. Pour y entrer, on devait y être invité. Très vite, le site est venu se placer en tête des fréquentations internet, et grâce à de nombreuses modifications – on parle de 30.000 depuis les débuts – il a su s’installer et fidéliser ses utilisateurs. 2005 est l’année de la consécration, celle de la traduction du site en portugais conquérant une bonne fois pour toute les Brésiliens.

L’année suivante, l’entreprise est attaquée en justice par l’Etat brésilien à cause de certains contenus qui appelaient à la violence, notamment au racisme et à l’homophobie.

Le Brésil étant le principal pays utilisateur d’Orkut au niveau mondial – 50,60% des inscrits sont Brésiliens, suivi de l’Inde avec 20% – la gestion du site est déléguée à Google Brésil à partir de 2008.

Qui utilise le plus Orkut ?
Actuellement, 75% des internautes brésiliens, tous types d’accès confondus (domicile, cyber café,  collectivité), auraient un compte Orkut*. Pour donner un élément de comparaison, aux Etats-Unis, 51% des websurfeurs ont un compte Facebook. Seule la Turquie, avec 82% de possession de compte facebook, atteint un tel score**.

Le magazine Epoca, dans un article sur le sujet datant de fin mars, publie des statistiques intéressantes sur le profil des utilisateurs. En ressort le fait qu’il y a plus de femmes que d’hommes sur Orkut (54%/ 46%), tandis que sur les autres réseaux – Facebook, Twitter et Linkedln –  il y a deux fois plus d’hommes que de femmes. Quant au niveau d’études, les chiffres montrent que les utilisateurs d’Orkut sont principalement sans diplôme, seuls 11% ont complété leurs études supérieurs. Rappelons que Facebook avait été créé à ses débuts pour les étudiants de grandes écoles américaines. Du côté de la moyenne d’âge, Facebook concernerait en priorité un public plus âgé. 39% des « Orkutiens » ont moins de 17 ans, 37 % entre 17 et 35 ans.

Orkut vs. Facebook
Les derniers chiffres publiés par Comscore révèlent que le réseau créé par Mark Zuckerberg rattrape à grands pas son concurrent, atteignant la moitié du nombre de visiteurs uniques (17,92 millions pour Facebook, 32,4 millions pour Orkut). Il y a un an, le géant américain avait à peine 5 millions de visiteurs au Brésil, contre 24,6 millions pour le site de Google. Outre le fait qu’Orkut continue à croitre, beaucoup disent que ce dernier ne va pas garder sa position dominante longtemps.

On peut tout à fait avoir un compte de chaque réseau me direz-vous… Sauf que les chiffres montrent que si 88,5% des utilisateurs de Facebook utilisent également Orkut, la réciproque n’est pas vraie puisque 32,5% des utilisateurs du second se connectent sur le réseau américain. La bataille entre Orkut et Facebook fait rage, il n’y a visiblement pas de place pour deux réseaux sociaux proposant le même service au Brésil. Les deux entreprises se lancent dans une course à la séduction des internautes brésiliens, pour gagner chaque jour un peu plus d’adhérents. Dernière grande tendance : les jeux en ligne qui cartonnent sur les deux sites et sont très lucratifs.

Plus intuitif et personnalisable, Orkut se démarque en jouant la carte du « réseau social des Brésiliens », adapté à leurs attentes. Ce qui n’est pas le cas de son concurrent qui lui surfe sur l’américanisme à la mode. Combien de temps avant que Facebook ne vienne à bout de son rival au Brésil ?

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil )

*Comscore  “Estado da Internet“
** DoubleClickAd Planner
http://www.scribd.com/doc/48622322/ComScore-SOI-Brazil-Webinar-Feb-2011

TOURISME – Salvador, ou l’autre Brésil

Pour tout carioca ou pauliste, Bahia est un pays différent. Chargée d’Histoire et pleine de mythes, la Capital da Alegria a un charme bien à elle. Passée la période agitée du Carnaval, petit tour dans cette ville qui prend le temps de vivre

São Salvador de todos os santos, troisième ville en taille du pays, réputée pour la gentillesse et le sourire de ses habitants, les soteropolitanos, est avant tout un témoignage : du passé, de la construction de la mosaïque qu’est le pays, des différentes périodes qu’a traversées la terre du Pau Brasil et surtout du riche apport culturel des immigrés africains. Son climat chaud et sec en fait une destination très agréable lorsque les températures descendent au Sud.

Roma Negra
La légende dit que Salvador serait dotée de 365 églises catholiques, soit une pour chaque jour de l’année. Première capitale du Brésil, son patrimoine architectural, baroque et coloré, lui donne un cachet atypique. La vielle ville, située côté baie, est composée de deux parties : le port, où l’on trouve le Mercado Modelo (ex marché des esclaves, transformé en un ensemble de stands de souvenirs) et le Pelourinho, ville haute. Pour y accéder, il faut prendre le célèbre Elevador Lacerda, construit en 1873. Arrivé au sommet, la vue est impressionnante.

Classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 1985, le Pelourinho regorge de monuments historiques tout aussi beaux les uns que les autres.  Ne râtez pas les incontournables Terreiro de Jesus et le Largo do Pelo, mais l’église São Francisco vaut aussi le détour.

Le soir, le Balé Foclorico da Bahia, présente des spectacles de danse traditionnelles très intéressants. Un peu plus au Sud, vous trouverez la place Campo Grande, lieu central du Carnaval.

Au bord de la mer, le Musée d’Art Moderne mérite de s’y attarder, ne serait-ce que pour la vue. Il propose le samedi soir des concerts de jazz avec coucher de soleil inoubliable.

Caïpirinha de caju, acarajé et moqueca au bord de la mer
La ville étant assez étendue, un tour en bus touristique permet de se rendre d’un lieu à l’autre plus facilement. Plus à l’écart se trouve l’Eglise de Nosso Senhor Bonfim et ses fitinhas de toutes les couleurs, emblème de la ville. En revenant le long du littoral, s’élèvera face à vous le célèbre phare de Bahia à l’entrée de la baie – Farol do Barra – ainsi que sa plage renommée. Le quartier Rio Vermelho, plus moderne, est idéal pour dîner le soir. Il est en effet impossible de parler de Salvador sans évoquer les merveilles gustatives que l’on peut y découvrir.

Au Mercado do Peixe, lieu de rencontre populaire, on peut manger une très bonne moqueca de camarão pour un prix très raisonnable. Le crabe – caranguejo – cuisiné dans du lait de coco, y est délicieux et bon marché. Pour accompagner le tout, une petite caïpirinha de cajù. Vous n’échapperez pas non plus aux acarajés – petits beignets fris garnis de crevettes – vendus un peu partout par des femmes en costume traditionnel.

Tant que vous êtes à Bahia, pourquoi ne pas en profiter également pour passer quelques jours sur les plages paradisiaques du littoral bahianais ? Mais ça, ce sera pour un prochain article !

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo)

RENCONTRE – Tom Lisboa, quand l’art joue avec internet

Dernière semaine pour visiter la très belle exposition Mirando(a) de Tom Lisboa à la Caixa Cultural da Sé.  Rencontre avec ce jeune artiste de Curitiba, dont le terrain de jeux est l’espace urbain et la toile internet

Tom Lisboa crée des installations – utilisant différents médias, afin de modifier l’expérience que peut faire le spectateur d’un espace singulier –et joue sur les supports, principalement à l’aide de la photographie et d’internet. Pour Mirando(a), des photographies d’oiseaux dans des cadres ont été placées dans tout Curitiba lors d’un événément culturel. L’intégralité des images ont été prises sur internet, l’artiste ayant fait l’assemblage et la mise en situation. Pour l’exposition à la Caixa Cultural, ses installations ont été prises en photographie, créant une mise en abîme. Le résultat, bien que différent de la création initiale, est tout  aussi intéressant.

« J’utilise la ville comme si c’était une galerie »
Habitué des mises en situation urbaines, il a travaillé sur de nombreux supports et dans différentes villes. « Mon travail est toujours très bon marché, je me suis donné comme contrainte de ne pas dépasser le budget de 250 reais par intervention». Il utilise son site internet pour lancer des idées que reprennent par la suite d’autres personnes. Pour Polaroides (in)visíveis, Tom a invité d’autres artistes à participer au travail photographique. « En fait, les événements dans les villes sont souvent un prétexte pour pouvoir ensuite travailler en photographie » ajoute-t-il. Tel a été le cas pour Mirando(a), « c’est le même nom mais les deux œuvres (installation et exposition des photographies) sont perçues de manières différentes par le public ».

Internet sous toutes ses formes
« Je l’utilise de pleins de façons différentes. Ainsi, certaines de mes œuvres ne sont que sur le web, d’autres commencent sur internet et deviennent ensuite des expositions... » Cela lui permet également de travailler en collaboration avec de nombreux artistes. Pour « Ação urbana – LUGAR » par exemple, il a eu l’idée d’un parcours dans une ville illustrée par des photographes. L’oeuvre prend la forme d’une carte interactive. En partant de consignes de base simples, plus de 110 personnes ont travaillés avec Tom sur ce projet. Une des œuvres de cette série représente Paris, en partenariat avec deux photographes brésiliens qui se sont chargés des clichés. Sur les 31 villes déjà photographiées, seules 5 ou 6 l’ont été par Tom Lisboa lui-même. De nombreuses villes sont prévues pour les mois à venir.

L’artiste voyage dans tout le Brésil pour participer à des projets artistiques, il était notamment présent lors de la Virada Cultural au SESC Belezinho. Le fait de travailler de manière indépendante, en dehors de galeries, lui permet une grande liberté de création. « Quand je crée mes oeuvres, ce n’est pas pour les vendre ».

Tom Lisboa sera présent à São Paulo lors de la SP Arte, foire internationale d’art qui aura lieu du 12 au 15 mai. En attendant, ne ratez pas son exposition à la Caixa Cultural da Sé.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo)  

Mirando(a) jusqu’au 1er mai 2011
Caixa Cultural São Paulo
Praça da Sé, 111 – Centro
(11) 3321 4400 – De 9h à 21h, tous les jours sauf le lundi. Entrée gratuite

A consulter : Site officiel de Tom Lisboa http://www.sintomnizado.com.br/index.htm

TOURISME – Ilhabela, la magnifique

Parmi les destinations les plus prisées du littoral pauliste, rencontre idyllique entre océan, montagne et forêt tropicale, Ilhabela – située en face de São Sebastião – est une petite merveille, parfaite pour quelques jours de repos parmi les colibris. Sportifs ou adeptes de la bronzette, n’hésitez plus !

A quelques heures de transport de la capitale, Ilhabela est la seconde plus grande île maritime du Brésil et bénéficie d’un cadre exceptionnel. Plus des trois quarts de son territoire sont encore recouverts de Matâ Atlantica, protégée depuis 1977 par un Parc national. Très peu urbanisée, elle a gardé toute sa splendeur.

Côté plage
Avec 36 km de côte et 45 plages, le voyageur a l’embarras du choix. Des plus sauvages, accessibles uniquement par bateau, aux plages les plus fréquentées, elles ont toutes leur charme. Les plages côté océan, dont la plus connue est Castelhanos, sont à couper le souffle, mais s’y baigner est délicat car les courants sont très forts. Pour y accéder, il faut prendre un bateau ou traverser l’île en jeep. L’option maritime, avec quelques dauphins pour les plus chanceux, vaut la peine.

Au nord du port où arrive la Balsa (navette maritime), les plages do Perequê, Engenho d’Agua  et Santa Tereza, avec son marché de poissons, sont très agréables et tranquilles. Les plages du Sud, plus étroites, sont paradisiaques et parfaites pour les adeptes de plongée. Emportez votre masque et tuba : pas nécessaire d’être un professionnel pour admirer de beaux poissons. Au Sud de la Balsa, la Praia Pedras Miudas (Ilha das Cabras) est très mignonne, mais pas autant que sa voisine, la Praia do Oscar. Coup de cœur pour la Praia Julião, dont le restaurant de plage est d’un très bon rapport qualité/prix. Une constante : de l’eau transparente et un paysage magnifique.

Pour les aventuriers
Ilhabela jouit d’une faune et d’une flore exceptionnelles. De nombreuses trilhas permettent d’en profiter, mais il est fortement conseillé de faire appel à un guide. Le relief montagneux rend quelques promenades très sportives, comme celle qui mène au Pico do Baepi, à plus de 1000 mètres d’altitude, ou encore l’ascension du sommet le plus haut, le Pico do São Sebastião culminant à 1378 mètres. D’impressionnantes cachoeiras (cascades) attendent les plus courageux. Depuis la plage de Castelhanos, une trilha permet d’accéder facilement à la Cachoeira do Gato.

Le Parque Estadual – à qui l’on doit la préservation de la biodiversité de l’île – propose des circuits amenant à des piscines naturelles et à la cascade Agua Branca. La Mata Atlantica de l’île abrite plus de 800 espèces d’oiseaux, 180 d’amphibiens et 131 espèces de mammifères. Inutile de préciser qu’un bon anti-moustique et des chaussures de marche sont indispensables.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) vendredi 15 avril 2011

Informations pratiques :

Accès :  
En voiture : 210 km de São Paulo. 435 km de Rio de Janeiro Aller jusqu’à São Sebastião puis prendre la navette maritime (toutes les demi-heures).
En car : depuis la Rodovaria Tietê – Compagnie Litorânea. Le bus dépose devant la Balsa http://www.passaromarron.com.br.
Remarque : il est largement possible de se déplacer en taxi et en bus sur l’île mais la voiture facilite les déplacements

Hébergement :
L’île compte de nombreuses pousadas, celles du Sud sont souvent très chères. Optez plutôt pour Barra Velha (proche de la Balsa) ou Perequê. Evitez le camping, particulièrement au sud, les moustiques ne pardonnent pas.

Quelques bonnes adresses :
Restaurant PIER 18. Av. Princesa Isabel, Perequê 657 (12) 3896-6222 – Cadre agréable, service de qualité, prix raisonnables, poissons et fruits de mer délicieux.
Ecoway Passeios, promenades en jeep et en bateau. (12) 3896-7222 http://www.ecowaypasseios.com.br
Pousada Mirailha. Traversa Pedro Garcia, 99. Barra Velha (12) 3895-1359.  http://www.mirailha.com.br. Sur les hauteurs avec une vue magnifique, piscine. Bon marché et propre. A éviter sans voiture.  
Point de taxi Barra Velha (proche Balsa) : (12) 3895-8234. Sur toute l’île les taxis fonctionnent avec des prix de courses dépendant de la zone.

BILLET D’HUMEUR – São Paulo / Rio : sœurs ennemies ?

Les rivalités entre grandes villes d’un même pays se retrouvent dans le monde entier. A New York s’oppose Los Angeles, Paris à Marseille, Rome à Turin… A ma droite Rio, 446 ans, ses plages de sable fin, le Corcovado, « A garota de Ipanema ». A ma gauche, São Paulo, 457 ans, ses grandes avenues, ses hommes en costard-cravate, sa vie nocturne

Les Paulistes vont diront que Rio est une ville extrêmement dangereuse, que les Cariocas sont des arnaqueurs et que Rio c’est bien pour les vacances, mais pour y vivre, non merci. Les Cariocas à l’inverse prétendent que São Paulo est bien plus risquée, que la vie y est horrible, que les Paulistes sont désagréables et ont un accent irritant. Par contre, pour un meilleur poste, ils seraient prêts à quitter leur ville, certes mais à contre-cœur. Et lorsqu’un étranger arrive au Brésil, un des premiers dilemmes qu’il doit affronter est : vivre à São Paulo ou à Rio ?

Quand on arrive en ville
Les deux villes sont complètement différentes, et au bout d’une heure sur leur sol, les impressions sont opposées. Rio vous en met plein la vue dès le début, à peine sorti de l’avion on est amoureux, « love at first sight« … La mer, les morros, la végétation tropicale. Pour un Européen, la Cidade Maravilhosa fait un effet bœuf. Elle vous transporte instantanément dans un autre monde. La vie y paraît douce, les gens pas pressés. « Plage et cocotier » en quelque sorte…

São Paulo, terra da Garoa (petite pluie fine) – si ce n’était pas perdu d’avance avec ce surnom – est, au contraire, une ville qui est repoussante de prime abord. On remarque souvent d’abord l’anarchisme architectural, le bruit, les embouteillages, le ciel gris. Elle n’est ni charmante ni séductrice, elle doit s’apprivoiser. Mais très vite, on se rend compte que sa beauté réside ailleurs, dans son dynamisme. Il faut dépasser la première impression pour la savourer, elle ne veut pas de tous ceux qui sont venus au Brésil uniquement pour la plage et le soleil. São Paulo vit à 100 à l’heure, elle est carriériste et travailleuse.

Deux villes, deux Brésils
Quelques éclairages historiques permettent de mieux comprendre cette rivalité entre les deux villes, qui sont nées dans des contextes totalement différents. La première a été fondée par des navigateurs portugais, a été la capitale du pays pendant 200 ans et a même accueilli pendant un temps l’Empereur du Portugal. Elle est depuis longtemps une destination touristique prisée et accueille la jet-set. La seconde a été fondée quelques années auparavant par des jésuites en mission, et s’est dès le début imposée comme centre économique. Il faut toutefois attendre le XXème siècle et l’immigration massive pour qu’elle prenne véritablement de l’ampleur.

Rio, après un court passage à vide, semble avoir repris du poil de la bête et ne plus être simplement le « vieux beau » –  vivant sur ses acquis – qu’elle était il y a quelques années. La musique garde une large place, elle voit naître de nombreux artistes de la MPB  et de la Bossa Nova. Et surtout, Rio reste magnifique avec ses vieux quartiers et son soleil de plomb. São Paulo, malgré sa grisaille, jouit d’une activité économique sans égal, faisant d’elle un pôle en la matière pour toute l’Amérique Latine. À cela s’ajoute une vie culturelle épatante ; sur le site de l’Estadão, un internaute a défini la ville comme « l’ endroit où il y a plus d’expositions que le temps ne vous permet d’en voir ».

La victoire revient à…
Dans l’impossibilité de statuer objectivement, habitant à São Paulo, mais sous le charme de Rio, je ne suis visiblement pas la seule dans cette situation. J’ai choisi, volontairement, d’éviter les sujets qui fâchent à savoir : l’accent, le football, la musique, le carnaval … Je laisse Tom Jobim conclure, avec deux chansons dédiée aux deux villes :

<object width= »480″ height= »390″><param name= »movie » value= »http://www.youtube.com/v/Ej0fFckXiNs?fs=1&hl=fr_FR&rel=0″></param><param name= »allowFullScreen » value= »true »></param><param name= »allowscriptaccess » value= »always »></param></object>

<object width= »480″ height= »390″><param name= »movie » value= »http://www.youtube.com/v/aK-k0SstIJQ?fs=1&hl=fr_FR&rel=0″></param><param name= »allowFullScreen » value= »true »></param><param name= »allowscriptaccess » value= »always »></param></object>

Et vous, Carioca ou Pauliste ? Faites nous partager votre expérience ! Pour l’avenir, la Coupe du Monde et les Jeux Olympiques devraient attiser encore un peu plus la rivalité.

INTERVIEW – Manu Eveno, guitariste de Tryo

Première visite au Brésil pour Tryo, groupe français que l’on ne présente plus. Jeudi dernier, ils ont donné un concert intimiste dans une petite salle de São Paulo, enchantant leurs nombreux fans français et brésiliens. Rencontre avec Manu Eveno dans une galerie d’art du Centro

De L’hymne de nos campagnes à Monsieur Bibendum en passant par Ce que l’on sème, leurs chansons aux airs de reggae ont bercé l’adolescence de beaucoup d’entre nous. « Face aux favelas des gens se prélassent / Je crois bien voir des gamins cirer leur godasses » chantaient-ils en 1998 dans La misère d’en face. Au fil des années, leurs chansons se sont enrichies de  rythmes venus d’ailleurs, créant un genre à part. Avec son fidèle chapeau, ses cheveux longs et son blouson en cuir, Manu Eveno a accepté gentiment de répondre à quelques questions.

Lepetitjournal.com – Est-ce votre première visite au Brésil ?
Manu Eveno – Pour moi c’est la première fois. On avait déjà fait une tournée l’année dernière en Amérique Latine. En fait, notre percussionniste est chilien et n’a pu revenir dans son pays natal  seulement il y a quelques années car il avait le statut de réfugié politique. Après 25 ans d’absence, il avait ce rêve d’y retourner. Et que l’on y joue. Cela a nourri cette chanson de Christophe Mali El dulce de leche. Quand on nous l’a proposé l’année dernière, c’était évident. Cette fois-ci, c’était différent car c’était directement avec les promoteurs locaux. Pour le Brésil ça a été organisé à la dernière minute, mais on espère revenir.

Avez-vous fait des tournées dans le monde ?
Non, on a fait quelques pays, mais souvent ce sont des ambassades qui nous invitent. Pour les pays francophones c’est évident. On est allés douze fois au Québec par exemple. En Afrique, on a fait l’Égypte et le Soudan.

Comment avez-vous trouvé l’accueil du public en Amérique Latine ?
C’est assez mélangé. En Uruguay, il y avait pas mal de Français mais aussi quelques Uruguayens. En Argentine c’est beaucoup plus argentin, c’est un très bel accueil. Et au Chili… C’est marrant parce qu’il y a un groupe de rock là-bas qui s’appelle Tryo, pareil avec un Y. On a toujours été bien accueillis, j’ai beaucoup aimé. Et puis ici c’est culturel, vu la place de la musique dans le pays. Un musicien est considéré comme quelqu’un du peuple, pas comme une star. A la fin du concert, il y a toujours pleins de gens qui viennent te parler et ça c’est génial. On ressent beaucoup plus les émotions des gens et c’est ça qui compte. Pour le coup, ma principale nourriture spirituelle c’est les émotions. C’est là que je me sens le plus vivant, le plus réel, le plus concret. J’aime penser, mais les émotions c’est un thermomètre, un moyen de vérifier qu’on a donné le meilleur de nous.

Que pensez-vous de ces nouveaux groupes français qui choisissent de chanter en anglais ?
On peut imaginer que cela fait partie de leur culture, que l’anglais leur permet de mieux exprimer leurs émotions. C’est une langue extrêmement imagée, pour dire une explosion tu dis « Bang »… Les mots sonnent toujours « musical ». C’est plus facile d’écrire en anglais et surtout d’exprimer les émotions. Il y a des poètes anglo-saxons, mais quand tu prends de la pop, tu dois faire passer en très peu de temps un maximum d’émotions. L’anglais permet cet état syncrétique dans la création. Je commence un peu à écrire en anglais. Et puis il y aura toujours des gens qui se sentent apatrides. Ma langue c’est le français, mais j’ai déjà chanté dans des dialectes africains par exemple. En fait, une langue – quelle qu’elle soit – est musicale et en particulier le portugais du Brésil. La musique c’est comme la planète, sauf qu’il n’y a aucune frontière. Ou s’il y en a, tu n’as pas besoin de passeport pour les traverser. Tu fais ce que tu veux, la musique c’est un des plus grands espaces de liberté et surtout c’est immédiat. Donc, non, ça ne me dérange pas que des groupes jouent en anglais. Bon, bien sûr il y a aussi la volonté de conquérir d’autres espaces.

C’est vous qui avez écrit la musique de Quand les hommes s’ennuient, qui a un rythme très brésilien. Connaissez-vous la musique brésilienne?
J’ai toujours aimé les grands standards brésiliens : Chico Buarque, Antonio Carlos Jobim, Vinicius de Moraes, Baden Powell, je les aime beaucoup. Au départ ce sont des potes chiliens qui étaient dans notre premier groupe, qui m’ont fait écouter plein de musique brésilienne… Comme Martinho da Vila Canta canta minha gente (en fredonnant).

Vous avez interprété en concert Bidonville de Claude Nougaro. Comment l’avez-vous choisie ?
Je la chante depuis longtemps, j’ai toujours aimé Nougaro et aussi la version originale. C’est une amie guitariste, Virna Nova, qui me l’avait chantée en brésilien. Elle m’avait montré les accords, elle avait rencontré à Rio les fils de Baden Powel. Et puis en tournée, on fait toujours une reprise parce que l’on aime ça. Une fois on a chanté avec Bernard Lavilliers qui vient souvent au Brésil.

Propos recueillis par Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) mardi 29 mars 2011

WEEK-END – São Paulo fête les graffitis ce dimanche

São Paulo, grise ? Pas tant que ça, grâce à ses nombreux artistes de rue qui égaient la capitale. Ce dimanche 27 mars, la ville célèbre cet art demeuré longtemps dans l’ombre. La galerie Matilha Cultural propose à cette occasion une exposition en hommage au pionnier brésilien du stencil, Alex Vallauri (1949-1987)

Du Beco do Batman*, rue recouverte de tags à Vila Madelena, au Tunnel Paulista qui mène à l’Avenida Rebouças, en passant par la 23 de Maio, impossible de ne pas croiser des graffitis en se promenant à São Paulo. Le Brésil bouillonne de créativité en matière d’art de rue et ce n’est pas par hasard que la Première Biennale Internationale de Graffiti Fine Art s’y est déroulée en septembre dernier.

Le grand précurseur
Le graffiti s’implante très tôt dans les grandes villes brésiliennes, mais c’est avec Alex Vallauri qu’il connaît une véritable reconnaissance. Né en Ethiopie en 1949 de nationalité italienne, il immigre en 1965 et fait des études d’art graphique en Angleterre et aux Etats-Unis. De retour au Brésil, les murs de São Paulo deviennent son support. Adepte du kitsch, il utilise comme genre le stencil, graffiti en pochoir. Cette technique avait émergé dans les pays où la répression de la police était très forte, quelques minutes étant suffisantes pour créer une œuvre. Alex Vallauri donne lieu à tout un mouvement de « graffeurs » brésiliens qui perpétueront son art après sa mort en 1987.

Envie d’en savoir plus ?
Réunissant des oeuvres de pionniers comme Ozi ou Celso Gitahy, et des artistes de la nouvelle génération comme Daniel Melim, Rodrigo « Chã » ou encore le collectif Alto Contraste, « Elemento Vazado », à la Galerie Matilha Cultural vaut le détour. Tout près, une exposition à l’Ação Educativa – à  Vila Buarque – réunit également les travaux d’une vingtaine de « taggeurs ». Dimanche 27 est prévue une démonstration au Parc Agua Branca.

La VIIIème édition du Graffiti Fine Art, au Museu Brasileiro da Escultura, présentait un projet tout à fait intéressant, puisqu’elle mettait en avant le travail de plusieurs stars et jeunes talents du street art : Magrela, Sinha, Chambs et Pifo entre autres. Une particularité : remplir les imposants murs du local d’oeuvres collectives. Cette idée a donné naissance à des graffitis enrichis par la patte de chaque artiste, dont la variété de traits est nette : une vraie réussite ! Le catalogue de la Biennale du Graffiti Fine Art a été lancé à cette occasion.

Si vous préférez en découvrir à l’air libre, rien de tel que de se promener dans les rues paulistes : chaque bouche-d’égout, compteur de gaz, arrêt de bus, mur vide hier peut-être aujourd’hui devenu une surprise à découvrir. Une dernière possibilité est de partir à la recherche de graffitis du monde entier, confortablement installé derrière son écran, en se rendant sur le site Street Art View.

Clémentine VAYSSE et Amélie PERRAUD-BOULARD (www.lepetitjournal.com  – São Paulo) vendredi 25 mars 2011

* Rua Gonçalo Alfonso

Infos pratiques :

Matilha Cultural
Rua Rego Freitas, 542 – República. (11) 3256-2636
http://www.matilhacultural.com.br
Tous les jours jusqu’au samedi 16 Avril, de 12h à 20h

Ação Educativa
Rua General Jardim, 660 – Vila Buarque.
Proche des stations de métro República et Santa Cecilia.
Tel : 3151-2333 / http://www.acaoeducativa.org
Du 28 mars au 7 mai. Ouverture et cocktail le 25 mars à 19h
Du lundi au vendredi de 10h à 20h. Samedi de 10h à 14h. Entrée gratuite

Démonstration au Parc Agua Branca le dimanche 27 mars de 10h à 17h – http://coletivoaguabranca.blogspot.com/

Museu Brasileiro da Escultura
Av. Europa, 218 – Jardim Europa
http://www.mube.art.br

LITTERATURE – Le Brésil de Stefan Zweig

Diverses sont les raisons qui ont poussé de nombreux européens à immigrer au Brésil pendant la Seconde Guerre Mondiale. L’écrivain autrichien Stefan Zweig a quitté le vieux continent en 1940, désespéré par la tournure que prenaient les événements. Du peu de temps qu’il a passé ici, est né un magnifique livre, hommage à son dernier voyage

Stefan Zweig n’a pas soixante ans quand il s’installe outre-Atlantique, mais est déjà un écrivain renommé. Lui qui a tant voyagé, ami des grands intellectuels, ne peut plus supporter « l’effroyable tension de l’Europe ». Conscient très tôt du danger du nazisme, il quitte l’Autriche – sa terre natale – en 1934. Il opte d’abord pour l’Angleterre, mais le danger étant trop grand, c’est vers les Etats-Unis qu’il s’oriente, puis vers le Brésil. Il connaît ce pays, qu’il a déjà visité en 1936 à l’occasion d’un Congrès à Buenos Aires. Il avoue arriver avec « la représentation moyenne et dédaigneuse des Européens et de l’Amérique du Nord ». L’écrivain va avoir une révélation pour ce nouveau pays.

Le Brésil, terre d’avenir
« Lorsque, dans notre temps bouleversé, nous voyons encore des zones d’espoir pour un nouvel avenir, il est de notre devoir d’attirer l’attention sur ce pays, sur ces possibilités » écrit Stefan Zweig pour justifier son nouvel ouvrage publié en 1941. Entre essai et carnet de voyage, Le Brésil, terre d’avenir renferme les impressions toutes fraîches de ce grand intellectuel. Nostalgique de l’Europe d’avant-guerre, il avait écrit auparavant Le Monde d’hier, tourné vers le passé. Parfois quelque peu naïfs, les propos de Zweig sur le Brésil n’en sont pas moins émouvants. Ayant effectué un important travail de recherche, il cerne parfaitement les grands traits de la culture et de l’Histoire et dresse un véritable éloge de cette terre d’accueil.

A l’époque, le Brésil n’est pourtant plus une démocratie. Depuis les élections de novembre 1937 et la nouvelle constitution, Getúlio Vargas a les plein-pouvoirs. Stefan Zweig passe outre l’Estado Novo, et préfère célébrer le pacifisme du Brésil, son absence de volonté de conquête et la paix sociale qui règne. « Il est touchant de voir les enfants aller bras dessus dessous, dans toutes les nuances de la peau humaine, chocolat, lait et café, et cette fraternité se maintient jusqu’aux plus hauts degrés, jusque dans les académies et les fonctions d’Etat » affirme-t-il, s’émerveillant devant cette Nation fondée sur le principe de mélange, à l’opposé de la conception dominante en Europe à cette époque.

« A la fois fasciné et bouleversé »
Telles sont ses impressions sur Rio de Janeiro, dont il vante sans fin la beauté. Mais cela peut décrire  son sentiment général vis-à-vis des nombreux voyages qu’il effectue à travers le pays. Bahia, Recife, Belem….  « A la fin du voyage, on sent qu’on n’est en réalité qu’au commencement », écrit-il face à cette terre d’une étendue époustouflante. Véritable petit guide de voyage, tout l’intéresse et il trouve les mots justes pour chaque ville. « Pour dépeindre Rio de Janeiro, il faudrait être peintre, mais pour décrire São Paulo, il faut être un statisticien ou un économiste ». Il répertorie les plus beaux lieux de la capitale carioca, tandis qu’il saisit le charme du centre économique, « la beauté de São Paulo n’est pas une chose actuelle, mais future, elle n’est pas optique, mais réside dans son énergie, son dynamisme ».
Les descriptions et les sujets abordés sont d’une perspicacité à peine croyable, on en oublierait que ce livre a été écrit il y soixante-dix ans, alors que le Brésil comptait moins de 50 millions d’habitants et Sampa moins d’un million et demi. Et si cela est aujourd’hui largement reconnu, affirmer le potentiel du Brésil est en 1941 une position totalement nouvelle.

C’est au Brésil qu’il écrit son œuvre la plus connue, Le Joueur d’échec. Le 15 mai 1941, Stefan Zweig effectue une dernière conférence. Il s’installe avec sa seconde épouse, Lotte, à Pétropolis, où il fête son 60ème anniversaire. Le 22 février 1942, en plein carnaval et suite à l’annonce de la défaite des Britanniques à Singapour, Stefan Zweig et sa compagne mettent fin à leurs jours. Usé, celui qui se définissait comme « autrichien, juif, écrivain, humaniste, pacifiste », ne croit plus en ce Monde. Mais « nulle part ailleurs je n’aurais préféré édifier une nouvelle existence » écrit-il dans son message d’adieu.
Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil) mars 2011

http://www.casastefanzweig.org/sec_casa.php?sub=onde casa Stefan Zweig à Petropolis
http://www.ebooksbrasil.org/eLibris/paisdofuturo.html Version en ligne en portugais