INTERVIEW – Serge Avédikian, invité de la Mostra Internationale de Cinéma

Récent vainqueur de la Palme d’Or du meilleur court-métrage du 63ème Festival de Cannes avec Chienne d’Histoire, Serge Avédikian a une place à part dans le paysage cinématographique français. L’acteur et réalisateur de court-métrages franco-arménien est membre du Jury international de cette trente-quatrième Mostra Internationale de Cinéma qui se déroule jusqu’au 4 novembre à São Paulo. Rencontre avec un poète du 7ème art, grand promoteur de la créativité, n’ayant pas peur à sortir des sentiers battus

Présentant pas moins de 400 films de tous types et toutes nationalités en moins de deux semaines, la Mostra confirme la passion de São Paulo pour la culture. 77 films français y sont présentés, allant du plus diffusé comme Tournée de Mathieu Almaric, Carlos d’Olivier Assayas ou encore Hors la Loi de Rachid Bouchareb à ceux moins connus du grand public comme L’arbre de Julie Bertucelli, L’inattendue de Benoit Magne ou encore Ich bin eine Terroristin de Valérie Gaudissart. Les court-métrages de Serge Avédikian font l’objet pour la première fois d’une rétrospective, de ses débuts comme réalisateur en 1989 avec J’ai bien connu le soleil à son dernier film Chienne d’Histoire, internationalement reconnu.

Le Petit Journal – Dans quel cadre s’inscrit votre venue au Brésil, trouvez vous que l’accueil du public brésilien est différent ?
Serge Avédikian – C’est la première fois que je viens au Brésil, mais on n’imagine pas le Brésil comme São Paulo. On pense plus à la baie de Rio mais São Paulo est une ville très moderne, très active. Je suis vraiment très content de découvrir l’Amérique Latine par le Brésil. Et puis le Brésil était un vieux rêve pour moi car quand j’étais jeune j’ai failli être footballeur en Arménie. Mais c’est aussi la samba, la bossanova et puis biensûr le cinéma. C’est avec Orfeu Negro de Marcel Camus que j’ai découvert le Brésil.

Est ce que vous avez choisi de venir présenter votre travail à la Mostra ou est ce une invitation ?
C’est Léon Cakoff (fondateur et président de la Mostra) que j’avais rencontré au Festival du Film de Erevan (Arménie) qui m’a invité. Il y avait vu mon film. Mais forcément quand on a la Palme d’Or cela pousse les gens à s’intéresser à votre travail, tout d’un coup on redécouvre la filmographie de la personne. Derrière un prix, on se rend compte qu’il y a 14 films derrière. Il y a une oeuvre, quelle qu’elle soit, qui commence à être découverte donc ici à la Mostra il y a 12 de mes films qui sont présentés. C’est une vraie première, une rétrospective avec des documentaires, des court-métrages, une sorte de vision assez globale de mon travail.

Quel est le retour que vous avez eu ici par rapport à votre dernier film, Chienne d’Histoire?
J’ai rencontré beaucoup de gens, de jeunes réalisateurs à São Paulo qui étaient très intéressés par la forme. J’ai des films très stylisés, cela touche les gens différement parce que cela sort un peu des sentiers battus, c’est un travail très libre. J’appelle souvent mes films des poèmes cinématographiques. Il y a ce type de cinéma d’animation que j’ai essayé d’élaborer qui ne ressemble pas tellement à d’autres, qui est de la peinture animée mais aussi des intégrations d’images et d’atmosphères autres que la peinture. Cela donne des films particuliers qui traitent de thèmes assez forts. Quant à Chienne d’Histoire mais aussi Ligne de vie et Un beau Matin, ce sont quand même des films décontextualisés. Il y a le rapport de l’Homme au pouvoir, de l’Homme à l’animal donc en ce moment partout dans le monde il y a une interprétation très différente du film mais avec le même axe. Quand un pouvoir veut se servir des chiens comme bouc-émissaires pour assoir sa domination, un peu partout c’est imaginable. Je trouve que quand un film est réussi en tant qu’objet, il est forcément universel.

Quel est selon vous le lien entre cinéma et « devoir de mémoire », puisque certains de vos films relatent des événements historiques ?
Je pense que le cinéma a un rapport à la mémoire qui est immédiat parce que le film est daté, à l’image on identifie facilement l’époque. C’est l’outil par excellence, comme la peinture ou la musique, pour avoir une relation à l’Histoire. On sait que le support d’un film va rester, contrairement à une pièce de théâtre qui passe. Un film normalement est fait pour être vu par beaucoup de gens, pour aller de mains en mains, de salles en salles. On s’adresse au plus grand nombre et donc à une conscience de ce que c’est que de se penser historiquement. Cela veut dire de se situer dans l’Histoire et de situer sa propre histoire à l’intérieur de cette Histoire.

Pourquoi avoir choisi le court-métrage ? Il n’y a pas beaucoup de court-métrage dans le cinéma français, non ?
Si, il y en a beaucoup mais ce qui n’est pas courant c’est que quelqu’un comme moi qui a 55 ans fasse encore des court-métrages. Je considère que le court-métrage n’est pas un art mineur. Souvent on renvoit au court-métrage à l’apprentissage du cinéma. Je trouve au contraire que la forme courte ou moyenne est une condensation stylisée qui permet plus de liberté que le marché du long métrage qui est obligé de passer par l’histoire, la psychologie, des acteurs connus, etc… S’il y a moins de gens qui iront le voir, au moins au départ maintenant en salle et dans les festivals, le court-métrage commence à être de plus en plus vu. Si on fait un parallèle avec la littérature, on pourrait dire que c’est de la poésie ou de la nouvelle mais ils ont l’air plus difficiles d’accès. Le court-métrage est un art à part entière, en peu de temps il faut arriver à exprimer quelque chose de complet et non juste un fragment. J’ai besoin de la forme court pour pouvoir être libre, direct. Dans un temps court, c’est supportable.

Et pourquoi avoir également utilisé l’animation ?
Je considère que les sujets très durs doivent être stylisés fortement, doivent être adoucis par la forme. L’animation est une manière d’aller vers les gens différentes, de ne pas être réaliste dans la réflexion sur la violence. J’aime que la forme soit esthétiquement très puissante pour que le fonds puisse s’exprimer en douceur.

Propos recueillis par Clémentine VAYSSE  (www.lepetitjournal.com – São Paulo) lundi 1er novembre 2010

Séances de rétrospective dans le cadre de la Mostra le mardi 2 novembre à 15h, 17h et 18h50 à la Cinemateca Petrobras (Vila Clementino), plus d’infos sur : http://br.mostra.org/director/187

Concernant Chienne d’Histoire, Palme d’Or du meilleur court-métrage, il est possible de louer le film (0,99€) ou de l’acheter (1,99€) sur le site Arte VOD : http://www.artevod.com/chienne_d_histoire

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