DOSSIER – Les nikkei, brésiliens d’origine japonaise (2/3)

Dans le cadre d’un dossier consacré à la communauté japonaise au Brésil, voici un second volet dédié à l’apport des nikkei dans la société brésilienne contemporaine. Si les nippo-brésiliens ont participé à la constitution du patchwork culturel qu’est le pays, l’influence est réciproque. En effet, la culture nippo-brésilienne aujourd’hui est dotée de particularités qui lui sont propres, se distinguant d’une simple exportation des us et coutumes japonais

La célébration du centenaire de l’immigration japonaise en 2008 a été l’occasion de s’intéresser de plus près à la culture des nikkeis, à son degré de similitude avec la culture japonaise contemporaine, à ses différences mais également à ce que les nippo-brésiliens ont apporté au pays. Dans une ville comme São Paulo où vivent plus de 370.000 nikkeis, il est des domaines où leur présence est ostensible, il en est d’autres où on la soupçonne bien moins.

Les améliorations en matière agricole et l’impact économique
A leur arrivée, les premiers japonais immigrés ont travaillé dans les exploitations de café mais très vite se sont tournés vers l’agriculture, les apports dans ce domaine étant très importants. Les immigrants japonais ont par exemple réussi, non sans peine au début, à cultiver des fruits et des légumes dans l’Amazonie, phénomène inédit en raison de l’hostilité du climat. Les Japonais ont amené au Brésil de nombreux fruits et légumes alors inconnus ici. En tout, ce serait plus d’une cinquantaine de produits alimentaires que l’on doit aux nikkeis parmi lesquels se trouvent le kaki, la pomme Fuji ou encore la fraise. Outre l’amélioration des techniques agricoles, les immigrants japonais sont à la base de l’introduction du soja et de ses différents usages. Ils ont également développé considérablement  l’aviculture brésilienne ainsi que la pêche.

L’immigration japonaise a aussi contribué au développement économique du pays, d’abord par le renfort en main d’œuvre puis par l’implantation sur le sol brésilien d’entreprises japonaises, surtout entre 1968 et 1973. Selon une enquête du JETRO – Organisation du Commerce Extérieur du Japon- réalisée en 1988, elles étaient à cette date plus de 500. Un accord de coopération économique entre le Brésil et le Japon a été mis en place au début des années 2000 pour faciliter les échanges de marchandises, succédant à des tentatives de projets nippo-brésiliens comme Centibar en 1974 (papier),  Albret en 1977 (aluminium) ou encore en 1982 Projet Carabes (minerais de fer)

Des activités revisitées à la « brésilienne »
Les immigrés japonais en s’installant au Brésil ont amené leurs pratiques culturelles et sportives. Ainsi, parmi les activités les plus courantes se trouvent l’origami ou le taïko – musique de percussion – et dans le domaine sportif le judo et le tennis de table. Selon la légende, ce sont également eux qui auraient  importé le baseball au Brésil  Ces activités traditionnelles  connaissent un regain d’intérêt parmi la dernière génération. Phénomène intéressant, il arrive que les pratiques culturelles des nikkeis soient celles des premiers immigrants, et non celles du Japon contemporain. Le karaoké a été amené par les immigrants japonais, faisant de nombreuses adeptes brésiliens.

Les nikkeis se sont également en quelque sorte réappropriés la culture brésilienne et crée des hybrides assez inattendus. On peut citer par exemple les écoles de samba nippo-brésiliennes, ou encore la sakerinha, caïpirinha à base de saké. De nombreuses cérémonies japonaises sont célébrées comme Tanabata Matsuri – Festival des étoiles- ou Hanamatsuri – fête des fleurs et anniversaire de Bouddha au mois d’avril, encore le Festival du Japon (juillet).

Au niveau gastronomique, l’immigration a apporté sa petite touche faisant découvrir aux Brésiliens les sushis qui sont désormais assez répandus, même dans les kilos ou autres restaurants populaires. Les temakis, sushis en « cône », sont quelque peu personnalisés à la brésilienne, puisque que parfois ils sont servis avec de la mayonnaise ou de la crème de fromage. Bien qu’étant un plat d’origine chinoise, le yakisoba – nouilles aux légumes et poulet –  est très apprécié des Brésiliens.

Et la politique dans tout ça ?
Le premier nikkei à entrer dans le monde politique a été Yukishige Tamura dans les années 50, en tant que député de l’Etat de São Paulo. Il a été élu pour représenter les intérêts des nippo-brésiliens suite au mécontentements de teinturiers japonais après l’adoption d’une mesure gouvernementale d’abaissement de leurs honoraires. Trois ans auparavant, il avait été le premier immigré japonais à exercer une fonction législative à la Chambre Municipale de São Paulo. La carrière politique de Yukushige Tamura ne s’arrêtera pas là puisqu’il siègera à l’Assemblée de l’Etat de São Paulo.

Par la suite, d’autres nikkeis se sont investis dans la vie politique du pays. En 1962, six nikkeis ont été élus lors des législatives. La même année,  Yoshifumi Uchiyama, Antonio Morimoto et Diogo Nomura ont été élus à São Paulo. En 1996, Curitiba, où vivent plus de 36.000 nikkeis, élit pour la première fois un maire nippo-brésilien, Cassio Taniguchi. Autre nikkei ayant marqué la vie politique brésilienne, Paulo Seiti Kobayashi  a été député à plusieurs reprises sous la présidence de Cardoso. Actuellement, trois nippo-brésiliens siègent à l’Assemblée Fédérale du Brésil.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) mercredi 10 novembre 2010

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