LITTERATURE – Le Brésil de Stefan Zweig

Diverses sont les raisons qui ont poussé de nombreux européens à immigrer au Brésil pendant la Seconde Guerre Mondiale. L’écrivain autrichien Stefan Zweig a quitté le vieux continent en 1940, désespéré par la tournure que prenaient les événements. Du peu de temps qu’il a passé ici, est né un magnifique livre, hommage à son dernier voyage

Stefan Zweig n’a pas soixante ans quand il s’installe outre-Atlantique, mais est déjà un écrivain renommé. Lui qui a tant voyagé, ami des grands intellectuels, ne peut plus supporter « l’effroyable tension de l’Europe ». Conscient très tôt du danger du nazisme, il quitte l’Autriche – sa terre natale – en 1934. Il opte d’abord pour l’Angleterre, mais le danger étant trop grand, c’est vers les Etats-Unis qu’il s’oriente, puis vers le Brésil. Il connaît ce pays, qu’il a déjà visité en 1936 à l’occasion d’un Congrès à Buenos Aires. Il avoue arriver avec « la représentation moyenne et dédaigneuse des Européens et de l’Amérique du Nord ». L’écrivain va avoir une révélation pour ce nouveau pays.

Le Brésil, terre d’avenir
« Lorsque, dans notre temps bouleversé, nous voyons encore des zones d’espoir pour un nouvel avenir, il est de notre devoir d’attirer l’attention sur ce pays, sur ces possibilités » écrit Stefan Zweig pour justifier son nouvel ouvrage publié en 1941. Entre essai et carnet de voyage, Le Brésil, terre d’avenir renferme les impressions toutes fraîches de ce grand intellectuel. Nostalgique de l’Europe d’avant-guerre, il avait écrit auparavant Le Monde d’hier, tourné vers le passé. Parfois quelque peu naïfs, les propos de Zweig sur le Brésil n’en sont pas moins émouvants. Ayant effectué un important travail de recherche, il cerne parfaitement les grands traits de la culture et de l’Histoire et dresse un véritable éloge de cette terre d’accueil.

A l’époque, le Brésil n’est pourtant plus une démocratie. Depuis les élections de novembre 1937 et la nouvelle constitution, Getúlio Vargas a les plein-pouvoirs. Stefan Zweig passe outre l’Estado Novo, et préfère célébrer le pacifisme du Brésil, son absence de volonté de conquête et la paix sociale qui règne. « Il est touchant de voir les enfants aller bras dessus dessous, dans toutes les nuances de la peau humaine, chocolat, lait et café, et cette fraternité se maintient jusqu’aux plus hauts degrés, jusque dans les académies et les fonctions d’Etat » affirme-t-il, s’émerveillant devant cette Nation fondée sur le principe de mélange, à l’opposé de la conception dominante en Europe à cette époque.

« A la fois fasciné et bouleversé »
Telles sont ses impressions sur Rio de Janeiro, dont il vante sans fin la beauté. Mais cela peut décrire  son sentiment général vis-à-vis des nombreux voyages qu’il effectue à travers le pays. Bahia, Recife, Belem….  « A la fin du voyage, on sent qu’on n’est en réalité qu’au commencement », écrit-il face à cette terre d’une étendue époustouflante. Véritable petit guide de voyage, tout l’intéresse et il trouve les mots justes pour chaque ville. « Pour dépeindre Rio de Janeiro, il faudrait être peintre, mais pour décrire São Paulo, il faut être un statisticien ou un économiste ». Il répertorie les plus beaux lieux de la capitale carioca, tandis qu’il saisit le charme du centre économique, « la beauté de São Paulo n’est pas une chose actuelle, mais future, elle n’est pas optique, mais réside dans son énergie, son dynamisme ».
Les descriptions et les sujets abordés sont d’une perspicacité à peine croyable, on en oublierait que ce livre a été écrit il y soixante-dix ans, alors que le Brésil comptait moins de 50 millions d’habitants et Sampa moins d’un million et demi. Et si cela est aujourd’hui largement reconnu, affirmer le potentiel du Brésil est en 1941 une position totalement nouvelle.

C’est au Brésil qu’il écrit son œuvre la plus connue, Le Joueur d’échec. Le 15 mai 1941, Stefan Zweig effectue une dernière conférence. Il s’installe avec sa seconde épouse, Lotte, à Pétropolis, où il fête son 60ème anniversaire. Le 22 février 1942, en plein carnaval et suite à l’annonce de la défaite des Britanniques à Singapour, Stefan Zweig et sa compagne mettent fin à leurs jours. Usé, celui qui se définissait comme « autrichien, juif, écrivain, humaniste, pacifiste », ne croit plus en ce Monde. Mais « nulle part ailleurs je n’aurais préféré édifier une nouvelle existence » écrit-il dans son message d’adieu.
Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil) mars 2011

http://www.casastefanzweig.org/sec_casa.php?sub=onde casa Stefan Zweig à Petropolis
http://www.ebooksbrasil.org/eLibris/paisdofuturo.html Version en ligne en portugais

BILLET D’HUMEUR – Adieu Belas Artes

Cela fait aujourd’hui une semaine que le plus connu des cinémas paulistes a fermé ses portes, et aucune bonne surprise de dernière minute n’est venue le sauver. Un grand lieu de la culture disparaît, pour être remplacé par un magasin. Dernier coup de projecteur…

Je ne suis pas née à São Paulo, je suis ce que l’on nomme « pauliste d’adoption », comme beaucoup de gens ici d’ailleurs. Et le Belas Artes ne faisait partie de mon quotidien que depuis quelques mois. Idéalement situé au coeur de São Paulo, inutile de consulter les séances avant d’y aller, la programmation suffisait à nous guider. Le verdict est tombé, après de nombreux espoirs de sauvetage. Impossible pour moi ce soir là de ne pas aller à la dernière.

Jeudi 17 mars 2011, 20h. Il y a foule au n°2423 de la Rua da Consolação. S’il n’y avait pas de pancartes ni de slogans, on pourrait croire que c’est une soirée comme les autres. Une longue file patiente calmement devant la bilheteria, mais pas de films récents au programme. De grands classiques pour finir en beauté, la Dolce Vita de Fellini, le Guépard de Visconti. Dans la rue, les discussions n’en finissent pas, chacun ayant son avis sur la position à prendre quant à cette fermeture. Puis des fidèles des salles obscurs prennent la parole, sous les flashs des nombreux journalistes présents. « Cinema, sim. Loja, não ». Fondé en 1943, sous le nom de Cine Ritz, puis Cine Trianon pour prendre son nom définitif en 1967, il avait survécu à la dictature et à un incendie en 1982. C’est la (dé)raison économique qui aura eu raison du Belas Artes. Suite à une augmentation du loyer par le propriétaire, exigeant 150.000 reais mensuels – contre 60.000 auparavant – et le retrait de son partenaire HSBC, l’aventure s’arrête là.

Deise Perin, ex-gérant, a annoncé que le cinéma rouvrirait prochainement dans un autre lieu. « Nous avons perdu la bataille, mais pas la guerre » nous annonce-t-il en personne avant la dernière séance. Ses défenseurs avaient tout tenté :  une pétition sur internet regroupant plus de 16.000 signatures, un recours au Conseil Municipal avait même été déposé pour classer le lieu au patrimoine de São Paulo. Avant la dernière projection, une campagne contre le piratage des films passe. Plus de popcorn, plus de grand écran, plus de sièges en velours rouge, plus de bande-annonces, plus de moments partagés avec ses amis… Voilà ce que l’on perd. Et même si les cinémas des shoppings ont théoriquement tout cela, ils manquent terriblement de charme. Et de caractère, la programmation étant souvent limitée à des œuvres très commerciales.

J’avais choisis – je dois l’avouer par hasard car celui que je voulais voir était complet –  un film… qui s’avère être un chef-d’oeuvre muet de 1925 : L’aigle noir avec Rudolf Valentino. Un petit bonheur cinématographique.

Pour terminer cette despedida, je vous invite à lire ce texte de Philippe Delerm, issu de La première gorgée de bière « Ce n’est pas vraiment une sortie, le cinéma. On est à peine avec les autres. Ce qui compte, c’est cette espèce de flottement ouaté que l’on éprouve en entrant dans la salle. Le film n’est pas commencé ; une lumière d’aquarium tamise les conversations feutrées. Tout est bombé, velouté, assourdi. La moquette sous les pieds, on dévale avec une fausse aisance vers un rang de fauteuils vide. On ne peut pas dire qu’on s’assoie, ni même qu’on se carre dans son siège. Il faut apprivoiser ce volume rebondi, mi-compact, mi-moelleux. On se love à petits coups voluptueux. […] Au cinéma, on ne se découvre pas. On sort pour se cacher, pour se blottir, pour s’enfoncer. On est au fond de la piscine, et dans le bleu tout peut venir de cette fausse scène sans profondeur, abolie par l’écran. »

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) Mars 2011

Pour signer la pétition : http://www.abaixoassinado.org/abaixoassinados/7873

 

BILLET D’HUMEUR – Adieu Belas Artes

Cela fait aujourd’hui une semaine que le plus connu des cinémas paulistes a fermé ses portes, et aucune bonne surprise de dernière minute n’est venue le sauver. Un grand lieu de la culture disparaît, pour être remplacé par un magasin. Dernier coup de projecteur…

 

Je ne suis pas née à São Paulo, je suis ce que l’on nomme « pauliste d’adoption », comme beaucoup de gens ici d’ailleurs. Et le Belas Artes ne faisait partie de mon quotidien que depuis quelques mois. Idéalement situé au coeur de São Paulo, inutile de consulter les séances avant d’y aller, la programmation suffisait à nous guider. Le verdict est tombé, après de nombreux espoirs de sauvetage. Impossible pour moi ce soir là de ne pas aller à la dernière.

 

Jeudi 17 mars 2011, 20h. Il y a foule au n°2423 de la Rua da Consolação. S’il n’y avait pas de pancartes ni de slogans, on pourrait croire que c’est une soirée comme les autres. Une longue file patiente calmement devant la bilheteria, mais pas de films récents au programme. De grands classiques pour finir en beauté, la Dolce Vita de Fellini, le Guépard de Visconti. Dans la rue, les discussions n’en finissent pas, chacun ayant son avis sur la position à prendre quant à cette fermeture. Puis des fidèles des salles obscurs prennent la parole, sous les flashs des nombreux journalistes présents. « Cinema, sim. Loja, não ». Fondé en 1943, sous le nom de Cine Ritz, puis Cine Trianon pour prendre son nom définitif en 1967, il avait survécu à la dictature et à un incendie en 1982. C’est la (dé)raison économique qui aura eu raison du Belas Artes. Suite à une augmentation du loyer par le propriétaire, exigeant 150.000 reais mensuels – contre 60.000 auparavant – et le retrait de son partenaire HSBC, l’aventure s’arrête là.

 

Deise Perin, ex-gérant, a annoncé que le cinéma rouvrirait prochainement dans un autre lieu. « Nous avons perdu la bataille, mais pas la guerre » nous annonce-t-il en personne avant la dernière séance. Ses défenseurs avaient tout tenté : une pétition sur internet regroupant plus de 16.000 signatures, un recours au Conseil Municipal avait même été déposé pour classer le lieu au patrimoine de São Paulo. Avant la dernière projection, une campagne contre le piratage des films passe. Plus de popcorn, plus de grand écran, plus de sièges en velours rouge, plus de bande-annonces, plus de moments partagés avec ses amis… Voilà ce que l’on perd. Et même si les cinémas des shoppings ont théoriquement tout cela, ils manquent terriblement de charme. Et de caractère, la programmation étant souvent limitée à des œuvres très commerciales.

 

J’avais choisis – je dois l’avouer par hasard car celui que je voulais voir était complet – un film… qui s’avère être un chef-d’oeuvre muet de 1925 : L’aigle noir avec Rudolf Valentino. Un petit bonheur cinématographique.

 

Pour terminer cette despedida, je vous invite à lire ce texte de Philippe Delerm, issu de La première gorgée de bière « Ce n’est pas vraiment une sortie, le cinéma. On est à peine avec les autres. Ce qui compte, c’est cette espèce de flottement ouaté que l’on éprouve en entrant dans la salle. Le film n’est pas commencé ; une lumière d’aquarium tamise les conversations feutrées. Tout est bombé, velouté, assourdi. La moquette sous les pieds, on dévale avec une fausse aisance vers un rang de fauteuils vide. On ne peut pas dire qu’on s’assoie, ni même qu’on se carre dans son siège. Il faut apprivoiser ce volume rebondi, mi-compact, mi-moelleux. On se love à petits coups voluptueux. […] Au cinéma, on ne se découvre pas. On sort pour se cacher, pour se blottir, pour s’enfoncer. On est au fond de la piscine, et dans le bleu tout peut venir de cette fausse scène sans profondeur, abolie par l’écran. »

 

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo)

 

Pour signer la pétition : http://www.abaixoassinado.org/abaixoassinados/7873

 

SOCIETE – Femmes en politique, bilan et perspectives

Alors que le Brésil a rejoint depuis peu le clan select des États dirigés par une femme, les chiffres montrent que celles-ci restent sous-représentées dans le monde politique brésilien. 79 ans après l’obtention du droit de vote pour les femmes, retour sur un long combat pour l’égalité et point sur la situation actuelle

Deux des trois favoris de la dernière présidentielles étaient des femmes. Mais si, avant la campagne, les analystes prévoyaient une hausse d’au moins 10% du nombre de femmes élues à la Chambre Fédérale. La réalité s´est révélée tout autre : 44 élues députés fédérales,soit même pas les 9%. Malgré les mesures de quotas, les chiffres stagnent.

Une progression constante
C’est en 1932, sous le Gétulio Vargas, que les femmes acquièrent au Brésil la citoyenneté et par la même le droit de vote. En 1928, l’Etat du Rio Grande do Sul, en précurseur, avait nommé comme maire de Laje une femme, Alzira Soriano. Le mouvement féministe est déjà à l’époque très actif, avec de grands noms comme Leolinda de Figueiredo Daltro ou Bertha Lutz, présidente à l’époque de la Federação Brasileira pelo Progresso Feminino. L’année suivante, Carlota Perreira de Queiros est la première femme élue, comme député fédéral. En 1979, les femmes entrent au Sénat avec Eurice Michiles. Puis, dans les années 80, Esther de Figueiredo Ferraz obtient le premier poste de Ministre (Educação e Cultura). Il faut encore attendre 1989 pour qu’une femme se présente aux élections présidentielles avec Maria Pio de Abreu pour le Parti National. Enfin, en 1995, Roseana Sarney est la première gouverneur d’Etat.

Plus de candidates, pas plus d’élues
En 1996, le Congrès National prend une mesure pour enrayer l´inégalité des sexes dans la vie politique. Le Brésil est alors le quatrième pays d’Amérique Latine à adopter le système de quotas pour les partis (après l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay). La loi impose dès lors un minimum de 20% de femmes parmi les candidats de chaque parti, taux qui passe à 25 % en 1998 puis à 30% en 2000. Et malgré les différentes interprétations des Tribunaux Électoraux des Etats fédérés, les divers clans politiques se plient à la règle. Mais force est de constater que si le nombre de candidates augmentent, le nombre d’élues ne varient que peu. À noter, de manière générale, plus de femmes ont été élues au Nord du Pays où le taux dépasse les 12%. Au sein des partis, ce sont le Parti Travailliste avec 11 femmes sur 254 élus et le Parti Communiste avec 11 femmes pour 34 sièges qui arrivent en tête de la représentation féminine.

Lúcia Avelar, professeure et directrice de l’Institut de Sciences Politiques à l’Université de Brasilia remarque également dans une étude datant de 2007 un fait révélateur : la grande majorité des femmes sur le scène politique sont associées au nom de leur mari ou d’un de leur proche. Elle ajoute que cela est liée à une tradition politique très forte de domination masculine qui a toujours existé dans le pays. Mais le sociologue Antônio Augusto nuance ce phénomène en expliquant que, selon lui, cette tendance est à la baisse et que ces femmes ont généralement leurs propres idées et un positionement plus progressiste. Localement, de grands noms féminins émergent comme Marta Suplicy, Marina Silva ou encore Rose de Freitas. Reste que selon une étude de l’Ence, le Brésil ne se classerait qu´en 111ème position en terme de proportion féminine au Parlement, son voisin argentin étant quant à lui 11ème…

Quelles perspectives ?
Il est évident que l’élection d’une femme à la présidence de la République a ravivé les espoirs de voir celles-ci gagner de l’importance dans le monde politique. Dès le début de son mandat, Dilma Rousseff a insisté sur le fait qu’elle serait le porte-parole de la cause féminine et que des mesures de renfort seraient prises, notamment dans la lutte contre les violences conjugales. Cela avait déjà commencé sous Lula avec la Loi Maria da Penha d’Aout 2006 qui a alourdit les peines en la matière. Mais pour certaines, si l’élection de Dilma représente une avancée certaine, elle ne doit pas faire oublier la sous-représentation générale des femmes. Lilian Martins, secrétaire à la Santé de l’Etat de Piaui, explique dans une interview pour le journal 45 graus que « la présidente, si elle est un exemple, ne doit pas rester une exception ».

Puisque les quotas semblent inefficaces, que faire alors pour que les femmes gagnent réellement du terrain ? Pour Vanessa Grazziotin, la solution se trouverait dans le scrutin de liste paritaire et le financement public de la campagne. « L’idéal serait comme dans certains pays un scrutin de liste où pour deux hommes une femme serait élue ». La sénatrice communiste fait partie de la Commission de Réforme Politique qui travaille actuellement sur des mesures pour étudier des améliorations démocratiques, notamment vis à vis de la représentation des femmes et des partis minoritaires.

Rendez vous au prochain scrutin pour voir si l’élection d’une femme à la tête du pays aura changé les tendances et les mentalités.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil)  Mars 2011

 

SOCIETE – Femmes en politique, bilan et perspectives

 

Alors que le Brésil a rejoint depuis peu le clan select des États dirigés par une femme, les chiffres montrent que celles-ci restent sous-représentées dans le monde politique brésilien. 79 ans après l’obtention du droit de vote pour les femmes, retour sur un long combat pour l’égalité et point sur la situation actuelle

 

Deux des trois favoris de la dernière présidentielles étaient des femmes. Mais si, avant la campagne, les analystes prévoyaient une hausse d’au moins 10% du nombre de femmes élues à la Chambre Fédérale. La réalité s´est révélée tout autre : 44 élues députés fédérales,soit même pas les 9%. Malgré les mesures de quotas, les chiffres stagnent.

Une progression constante

C’est en 1932, sous le Gétulio Vargas, que les femmes acquièrent au Brésil la citoyenneté et par la même le droit de vote. En 1928, l’Etat du Rio Grande do Sul, en précurseur, avait nommé comme maire de Laje une femme, Alzira Soriano. Le mouvement féministe est déjà à l’époque très actif, avec de grands noms comme Leolinda de Figueiredo Daltro ou Bertha Lutz, présidente à l’époque de la Federação Brasileira pelo Progresso Feminino. L’année suivante, Carlota Perreira de Queiros est la première femme élue, comme député fédéral. En 1979, les femmes entrent au Sénat avec Eurice Michiles. Puis, dans les années 80, Esther de Figueiredo Ferraz obtient le premier poste de Ministre (Educação e Cultura). Il faut encore attendre 1989 pour qu’une femme se présente aux élections présidentielles avec Maria Pio de Abreu pour le Parti National. Enfin, en 1995, Roseana Sarney est la première gouverneur d’Etat.

 

Plus de candidates, pas plus d’élues

En 1996, le Congrès National prend une mesure pour enrayer l´inégalité des sexes dans la vie politique. Le Brésil est alors le quatrième pays d’Amérique Latine à adopter le système de quotas pour les partis (après l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay). La loi impose dès lors un minimum de 20% de femmes parmi les candidats de chaque parti, taux qui passe à 25 % en 1998 puis à 30% en 2000. Et malgré les différentes interprétations des Tribunaux Électoraux des Etats fédérés, les divers clans politiques se plient à la règle. Mais force est de constater que si le nombre de candidates augmentent, le nombre d’élues ne varient que peu. À noter, de manière générale, plus de femmes ont été élues au Nord du Pays où le taux dépasse les 12%. Au sein des partis, ce sont le Parti Travailliste avec 11 femmes sur 254 élus et le Parti Communiste avec 11 femmes pour 34 sièges qui arrivent en tête de la représentation féminine.

 

Lúcia Avelar, professeure et directrice de l’Institut de Sciences Politiques à l’Université de Brasilia remarque également dans une étude datant de 2007 un fait révélateur : la grande majorité des femmes sur le scène politique sont associées au nom de leur mari ou d’un de leur proche. Elle ajoute que cela est liée à une tradition politique très forte de domination masculine qui a toujours existé dans le pays. Mais le sociologue Antônio Augusto nuance ce phénomène en expliquant que, selon lui, cette tendance est à la baisse et que ces femmes ont généralement leurs propres idées et un positionement plus progressiste. Localement, de grands noms féminins émergent comme Marta Suplicy, Marina Silva ou encore Rose de Freitas. Reste que selon une étude de l’Ence (A TROUVER), le Brésil ne se classerait qu´en 111ème position en terme de proportion féminine au Parlement, son voisin argentin étant quant à lui 11ème…

 

Quelles perspectives ?

Il est évident que l’élection d’une femme à la présidence de la République a ravivé les espoirs de voir celles-ci gagner de l’importance dans le monde politique. Dès le début de son mandat, Dilma Rousseff a insisté sur le fait qu’elle serait le porte-parole de la cause féminine et que des mesures de renfort seraient prises, notamment dans la lutte contre les violences conjugales. Cela avait déjà commencé sous Lula avec la Loi Maria da Penha d’Aout 2006 qui a alourdit les peines en la matière. Mais pour certaines, si l’élection de Dilma représente une avancée certaine, elle ne doit pas faire oublier la sous-représentation générale des femmes. Lilian Martins, secrétaire à la Santé de l’Etat de Piaui, explique dans une interview pour le journal 45 graus que « la présidente, si elle est un exemple, ne doit pas rester une exception ».

 

Puisque les quotas semblent inefficaces, que faire alors pour que les femmes gagnent réellement du terrain ? Pour Vanessa Grazziotin, la solution se trouverait dans le scrutin de liste paritaire et le financement public de la campagne. « L’idéal serait comme dans certains pays un scrutin de liste où pour deux hommes une femme serait élue ». La sénatrice communiste fait partie de la Commission de Réforme Politique qui travaille actuellement sur des mesures pour étudier des améliorations démocratiques, notamment vis à vis de la représentation des femmes et des partis minoritaires.

 

Rendez vous au prochain scrutin pour voir si l’élection d’une femme à la tête du pays aura changé les tendances et les mentalités.

 

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil)

 

 

 

ART – Carlos Oswald, pionnier de la gravure brésilienne

Auteur du dessin final du Christ Rédempteur, peintre et graveur, Carlos Oswald (1882-1971) est un des grands noms ayant marqué l’Histoire de l’Art au Brésil et les Beaux-Arts de Rio. Suite à l’exposition de ses oeuvres à la Caixa Cultural d’abord de Rio, puis de São Paulo, retour sur le parcours d’un homme ayant dédié sa vie à sa passion

Du talent dans les veines
Carlos Oswald est né en 1882 à Florence, et est le fils aîné du compositeur brésilien Henrique Oswald. De son père, il a des origines suisses-allemandes et italiennes, tandis que du côté de sa mère ses ancêtres sont français et toscans. De nombreux Brésiliens en voyage en Europe passent par chez la famille Oswald, égayant la curiosité du jeune homme à l’égard du pays de son père. Carlos étudie pendant un temps le violon, mais sa grande timidité l’handicape. Il pense alors pour son avenir à l’ingénierie ou l’architecture, mais c’est finalement vers les Beaux-Arts qu’il se tourne. Il commence alors à peindre, notamment des portraits, inspirés par les impressionnistes français.

C’est en 1904 – alors que son père est nommé Directeur de l’Ecole Nationale de Musique de Rio de Janeiro – que l’artiste italo-brésilien commence à envoyer des oeuvres au Brésil pour qu’elles y soient exposées. Il lui faudra attendre 1906 pour fouler le sol brésilien ; son émotion est alors grande. Il est logé à Tijuca et s’émerveille devant la beauté de Rio de Janeiro. Il prend alors comme sujets de ses oeuvres le Jardin Botanique, la baie ou encore la forêt tropicale. Et c’est la gravure qu’il choisit comme méthode, à l’époque inconnue outre-Atlantique. Sa première exposition individuelle à Rio a lieu en 1907. Les critiques lui sont largement favorable et c’est fort de ce nouveau succès qu’il rentre en Italie.

La reconnaissance
En 1910, le Gouvernement Brésilien l’invite à décorer la salle de musique du pavillon à l’Exposition Universelle de Turin. Carlos Oswald sillonne l’Europe et fréquente les plus grands maîtres. En 1913, il part pour un voyage temporaire au Brésil en compagnie de son frère Alfredo, mais la Première Guerre Mondiale fera durer ce séjour. Carlos s’intègre alors au milieu artistique carioca et fonde la première école de gravure du Brésil. C’est en 1918 que sa carrière décolle réellement. La même année, il se lie d’amitié avec Paul Claudel. Avec le temps, ses oeuvres se teintent de sujets religieux. Il enseigne également au Liceu de Artes e Ofícios et a comme élèves de nombreux artistes célèbres par la suite comme, Raimundo Cela (1890-1954), Lasar Segall (1891-1957), Oswaldo Goeldi (1895–1961), Lívio Abramo (1903–1992) ou encore Fayga Ostrower (1920-2001).

Consulté en 1930 par Heitor da Silva Costa lors de la construction du Christ Rédempteur, Carlos Oswald fait des études et des dessins de la statue et de ses détails. L’idée d’un Christ les bras tendus, identifiable de loin comme une croix, serait une idée de l’artiste. Carlos Oswald sera par la suite l’auteur de nombreuses oeuvres sacrées et décorera de nombreuses églises. Parmi les plus connues se trouvent les vitraux de Santa Teresinha do Túnel. Il participe en 1946 à la création de  la Sociedade Brasileira de Arte Cristã.  Il transmet également son savoir lors de cours de gravure à l’Institut Getulio Vargas. Carlos Oswald meurt à Pétropolis en 1971.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Rio de Janeiro)  lundi 7 février 2011

Informations :
Vous pouvez admirer les gravures de Carlos Oswald au Museu Nacional de Belas Artes
A lire – Carlos Oswald, 1882-1971 : Pintor da luz e dos reflexos, de Mario Isabel Oswald Monteiro,  Casa Jorge Editorial, 2000

Brésil : Retour sur la campagne électorale

Le 31 octobre dernier, le peuple brésilien a désigné Dilma Roussef (Parti Travailliste) comme future chef d’Etat à compter du 1er janvier 2011. À la veille du scrutin, les sondages donnaient Dilma Roussef gagnante au 1er tour, la campagne, qui devait être sans surprise, a néanmoins comporté sa part d’inattendu

La machine électorale brésilienne est gigantesque, les 136 millions d’électeurs devant voter le même jour pour le président, les députés fédéraux, les gouverneurs …. À cela s’ajoute le caractère obligatoire du vote: les citoyens ne se présentant pas devant les urnes risquent amende et complications administratives par la suite.

Lula, maître du jeu
Dilma, auparavant Ministre de la Casa Civil (équivalent du premier ministre), benéficiait depuis le début de la campagne de l’appui assumé du président sortant Lula Ignacio da Silva. La Constitution limitant le nombre de mandats consécutifs à la présidence à deux ;  Lula, bien que doté d’une popularité très élevée, ne pouvait se représenter. En effet, peu avant le début de la campagne, le président sortant jouissait, selon les sondages, de 85% de satisfaction.

Lors de sa présidence, il a pu compter sur une conjoncture économique très favorable. Entre 2002 et 2010, le salaire minimum est passé de 200 à 500 R$, le taux de chômage est tombé de 11,7% à 6,2% et le volume des crédits à la consommation a été multiplié par 5. En outre, le nombre de foyers bénéficiant de la Bolsa Familia – aide financière aux familles nécessiteuses – est passé de 3,6 millions à 12,7 millions.

Dilma en ballotage
Cependant, Dilma s´est avérée rapidement moins charismatique que Lula. De plus  face à elle, deux sérieux opposants sont venus compléter le trio de tête : José Serra, social démocrate ex-gouverneur de l’Etat de São Paulo et Marina  da Silva, candidate du  parti vert.  La grande surprise du premier tour a été le score de Marina da Silva recueillant plus de 20% des votes. Conséquence de ce résultat inattendu : une mise en ballotage de Dilma qui n´a pu récolter que 46,5 % des suffrages exprimés face au 32,7 % de José Serra.  Les deux tours étant espacés d´un mois, la campagne a pu reprendre de plus belle. Les consignes de vote de Marina da Silva pouvant être décisives, tous les regards se sont alors tournés vers elle et ses 20 millions de voix. Après un silence  de plusieurs semaines, elle a finalement refusé d´accorder un quelconque soutien, allant même jusqu´à émettre de vives critiques à l´égard des deux candidats en lice.

Le religion au premier plan
Elément perturbateur du second volet de la campagne: la religion, les églises jouant au Brésil un rôle central dans la vie politique, le thème de l´avortement s´est retrouvé au centre du débat, ébranlant les deux candidats. Dilma Roussef a été souspconnée d’avoir eu recours à cette pratique et de vouloir la légaliser, il s´est même dit qu´elle n’était pas passée au premier tour en raison d´un boycott des évangélistes. José Serra n’a pas non plus été toujours ferme sur sa volonté de maintenir l’interdiction de l’avortement. Les deux candidats se sont donc lancés dans un numéro de charme à l’égard de l´Eglise, pour rallier les électeurs encore hésitants.

Au cours du  mois, l´écart s´est creusé entre les deux candidats au profit de la dauphine de Lula, de plus en plus virulente. Peu avant le second tour, les sondages prévoyaient une nette avance pour Dilma Roussef, devançant de 12 à 15 points son adversaire social-démocrate. Sans grande surprise donc, le 31 octobre, jour du scrutin, Dilma Roussef a été élue par 55,7 millions de brésiliens (56 % des voix), soit 12 millions de plus que José Serra. Elle devient donc avec une large avance la première femme présidente du Brésil.

Une victoire à la pyrrhus pour la démocratie?
Mais ce qui a sans doute le plus marqué ces élections est le sentiment de défiance et de lassitude des citoyens à l’égard de la classe politique. Au second tour, le niveau d’abstention a dépassé les 21%, taux considérable eut égard au caractère obligatoire du vote. En cause : les nombreux scandales de corruption ayant marqué la vie politique brésilienne ces dernières années ainsi que les candidats eux-mêmes. Autre exemple  de ce phénomène, la victoire écrasante dans l’Etat de São Paulo du député Tiririca, clown de profession et analphabète, ayant comme slogan «  – Vous ne savez pas à quoi sert un député ? – Moi non plus, mais élisez-moi et on verra ! »

Clémentine VAYSSE pour Elections-Politique-Citoyen – Novembre 2010 

A FAIRE – Les plus belles vues de São Paulo

Envie de voir la ville différemment ? Peur des hélicoptères ? Voici quelques idées de lieux qui vous offriront à coup sûr des vues à couper le souffle, et ce sans dépenser un centime (ou presque)

Avec ses grattes-ciel à perte de vue, São Paulo a sans doute l’un des panoramas urbains les plus étendus à l’heure actuelle. Haut perchés, on peut facilement repérer ses différents quartiers, les  grands monuments comme le MASP, l’Edificio Italia, le Copan, la cathédrale da Sé… ainsi que les innombrables hélicoptères qui survolent la ville.

La tête dans les nuages
Quel meilleur point de vue sur Sampa que le sommet d’un de ses buildings ? Incontournable, la vue de la terrasse de l’Edificio Italia – à 165 mètres de haut –  est probablement la plus impressionnante. Elle semble même surplomber le Mirante do Vale, plus haut aranha-ceu du Brésil avec ses 170 mètres. Dans le même style, le Banespão (Edifício Altino Arantes) et l’Edificio Martinelli sont également à visiter, de même que le Copan. Actuellement fermé pour rénovation, le SESC Paulista dispose lui aussi d’une terrasse accessible au public. Sur la Paulista, n’oubliez pas non plus de passer voir la vue panoramique sur le Centro à partir de l’esplanade du MASP.

Pour ceux qui voudraient siroter une caïpirinha dans les nuages, un arrêt au Bar The View    dans Jardins s’impose ! Le Shopping Cidade Jardim surplombe quant à lui Itaim Bibi et ses tours récentes.

Les pieds sur terre
Pour ceux qui ont le vertige ou préfèrent tout simplement les espaces verts aux tours de verre, il est possible de contempler la ville des parcs qui l’entourent. Toujours dans São Paulo, à Alto de Pinheiros, la Praça do Por do Sol est le lieu idéal pour admirer le coucher de soleil sur la ville. La pollution aidant, le ciel passe par les couleurs les plus incroyables le temps de quelques minutes, le tout sur les tours de béton.

Plus à l’extérieur, au Nord Est, le Pico do Jaraguá  – à 1135 mètres d’altitude et au coeur d’une réserve naturelle, vaut tout autant le détour. Le Parque Jaraguá, avec une surface de 5000 hectares, conserve de manière inédite en zone urbaine la végétation de la Mata Atlantica. Le Parque Estadual da Cantareira,  à 10 km du centre ville est également idéal pour une sortie en famille le week-end. Du haut du Mirante da Pedra Grande, lorsque le temps s’y prête on peut apercevoir la Serra do Mar.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) Mercredi 2 février 2011

Informations pratiques :

Banespão (Edificio Altino Arantes)
Du lundi au vendredi de 10h às 17h. Entrée gratuite. Tel  3249-7180

Edificio Italia
Accès gratuit tous les jours de 15h à 16h. Tel : 11 2189-2929 –  http://www.terracoitalia.com.br/

Copan
Pour visiter la cobertura du Copan, il faut appeler l’administration de l’immeuble pour prendre rendez-vous au (11) 3257 6169 ou (11) 3259 5917. Du lundi au vendredi de 10:00 à 10:30 et de 15:00 à 15:30. Accès gratuit.  http://www.copansp.com.br/

Bar the View
Alameda Santos, 981. 30ème étage
Tel : 3266-3692 – http://theviewbar.com.br/br/

Praça do Por do Sol
Praça Cel. Custódio Fernandes
Diógernes Ribeiro de Lima,  Alto de Pinheiros

Parque Estadual do Jaragua
http://www.picodojaragua.com.br

Parque Estadual Serra da Cantareira
Rua do Horto, 799 – Horto Florestal – Zona Norte
Tel.: (11) 2203-3266
Entrée : R$ 2

PORTRAIT – Jorge, le plus francophile des taxis cariocas

Il tutoie ses clients et parle un français irréprochable. Impossible de définir s’il est breton, corse ou parisien. Et pour cause, Jorge est brésilien. Mais ne vous y trompez pas, ce cinquantenaire n’a jamais pris un seul cours pour apprendre la langue de Molière. Focus sur un parcours atypique…

Tout a commencé dans les années 80 alors que Jorge travaillait dans un hôtel de luxe à Copacabana. Un de ses collègues conducteurs de taxi était français et n’arrivait plus à répondre à la demande de ses clients francophones. Jorge s’occupe alors du surplus, mais sans parler la langue. Il maîtrise déjà l’anglais.

Un jour, alors que Jorge – qui a 35 ans à l’époque – conduit pendant un mois un groupe d’amis français, un de ses clients  lui propose un séjour dans l’Hexagone. Jorge part en avril 1989 pour 6 mois en Haute Savoie. Son hôte est marié avec une Brésilienne francophone et il désire apprendre le portugais. Le but du séjour est alors clair : Jorge apprendra à son ami sa langue maternelle, tandis que celui-ci lui enseignera le français. Jorge a une méthode d’apprentissage des mots particulière, mais efficace : « J’avais un répertoire avec trois colonnes : une avec le mot en français, une pour la traduction en portugais et enfin une pour la prononciation en phonétique ». Jorge revient pratiquer son activité de conducteur de taxi à Rio, mais effectue de réguliers séjours en France.

Il devient au fil des ans bien plus qu’un simple taxista pour ses clients francophones, certains faisant selon lui « partie de la famille ». Ce n’est pas seulement un chauffeur, ni vraiment un guide, mais il propose plutôt un « accompagnement personnel ». Son but est « de faire connaître la ville au fur et à mesure, de s’en imprègner ». Il propose à ses clients différents points de vue et explique que selon lui « Il faut trois jours pour connaître Rio ». Il réceptionne régulièrement les chefs de bord d’Air France pendant leurs escales et travaille uniquement par bouche à oreille. S’installer définitivement en France ? « Je n’y ai jamais pensé, la France c’est pour les vacances » ; il avoue se sentir « plus utile ici ». Aujourd’hui, il parle français environ 8 heures par jour puisque 99% de ses clients sont francophones.
Désolé, nous nous pourrons pas vous fournir ses coordonnées car il a un agenda de ministre… Mais il est possible qu’il prenne un jour un associé, peut-être alors aurez-vous votre chance !

Clémentine VAYSSE (http://www.lepetitjournal.com– Rio de Janeiro) lundi 24 janvier 2011

PORTRAIT – Zé Carioca, le plus célèbre des perroquets

Vous ignorez peut-être son nom mais il est impossible que vous n’ayez jamais vu à Rio ce petit personnage de dessin animé. Créé par Disney dans les années 40, cet acolyte de Donald est devenu un véritable symbole pour tout le Brésil

Initialement, la création de ce représentant du Brésil s’inscrit dans le cadre de la Seconde Guerre Mondiale et de la volonté des États-Unis de se rapprocher de leurs voisins sud-américains. Lors de cette période, deux autres protagonistes latino-américains sont créés dans la même lignée, Gauchinho Voado pour l’Argentine et Panchito pour le Mexique. Walt Disney en personne aurait dessiné ce personnage lors d’un séjour au Copacabana Palace. Fasciné par la ville, le célèbre dessinateur avait été frappé par le nombre d’oiseaux colorés dans les rues cariocas.

Professeur de samba et ambassadeur du Brésil
De son vrai nom José Carioca, ce personnage festif apparaît pour la première fois en 1942 dans le film Saludos Amigos, ainsi que dans des journaux américains. Dans Aquarela do Brasil, Zé fait découvrir à son homologue américain Donald, Rio, la samba et la cachaça. Les dessins sont accompagnés magnifiquement par deux chansons, dont le fameux rythme Aquarela do Brasil de Aloysio Oliveira et un chorinho « Tico Tico no Fubá » de Zequinha de Abreu. Portant fièrement les couleurs du Brésil, il cumule les clichés sur les Cariocas et paraît ambivalent : à la fois très sympathique et profiteur. Il réapparait dans The Three Caballeros, où cette fois il emmène ses amis à Bahia.

Une figure restée emblématique
Dans les années 50, est créée au Brésil une revue spéciale pour Zé Carioca où ses aventures sont racontées sous forme de quadrinhos. Sa personnalité est affinée et il est présenté comme bon-vivant, peu porté sur le travail et ayant une nette préférence pour les produits brésiliens. Le volume de ventes n’étant pas satisfaisant, les Editions Abril décident alors d’étoffer l’histoire et de réinsérer des personnages américains. Mais après de régulières périodes d’interruption de publication et de nombreuses tentatives de réactualisation du personnage, cela reste insuffisant et le dernier numéro sort en 2001.

Si l’utilisation commerciale n’a pas résisté aux années, le personnage reste très populaire auprès des Brésiliens et est encore présent dans les rues de la ville.On peut notamment l’apercevoir tagué sur les murs de Rio ou sur des produits dérivés. Havaianas a par exemple sorti une paire de tongs à son effigie. Bien que critiqué par certains Brésiliens car il véhiculerait une image caricaturale du Carioca, Zé a largement dépassé le cadre de sa création pour venir s’inscrire dans le patrimoine imaginaire du pays.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Rio de Janeiro) Lundi 10 Janvier 2011

CARNET DE VOYAGE – Le Réveillon du Jour de l’An à Copacabana

L’idée de célébrer le passage à la nouvelle année sur la plage en fait rêver plus d’un et quel meilleur lieu pour cela que la mythique Copacabana ? Voici les péripéties d’une jeune « franchouillarde » embarquée dans cette grande aventure… Attention, tenue blanche mais aussi patience exigées !

Rio de Janeiro, 31 décembre 2010, 29°c à 19h30 sur la plage de Copacabana. La foule ne finit pas d’affluer et pour cause, on attend plus de deux millions de personnes. Impossible de compter le nombre de poubelles et de toilettes de chantier qui ont été installés en renfort, ni même les postes de secours et les vendeurs de boissons ambulants. La soirée promet… Tout le quartier est fermé à la circulation, les temps de transport annoncés pour arriver à bon port sont records. Plus aucun taxi n’accepte de venir à Copa, à partir de 19h les billets de métro devaient être achetés en avance et les queues étaient interminables pour les réserver. Mais qu’est ce qui rend ce lieu si spécial pour que tout ce monde veuille absolument s’y rendre ?

« – Habit blanc ? Tongs ? Beaucoup de patience ? – OK ! ». C’est parti pour une nuit de folie !
Des scènes immenses ont été installées sur la plage et à partir de 20 heures l’Avenue Atlantica commence à ressembler à une fourmilière géante. De nombreux shows sont prévus mais l’événement marquant de la soirée est la révélation à 22 heures du logo des Jeux Olympiques de 2016. Pour cette occasion, le comité d’organisation des JO est présent, faisant monter encore un peu plus la tension. Il faut dire que les festivités ont commencé la veille et depuis 24 heures chacun perpétue sa petite tradition pour mettre la chance de son côté pour l’année à venir. Les adeptes du candomblé ont amené leurs offrandes qu’ils jettent à la mer, souvent des fleurs. La légende dit que l’on fait un vœu au moment de lancer sa fleur à l’eau mais si elle revient, alors le vœu ne se réalisera pas.

Plus de 20 tonnes d’explosifs sont prévus pour le feu d’artifice et un peu avant minuit, la foule devient réellement très dense. Tout cela se mérite ! Impossible de retrouver quelqu’un dans la foule, il faut abandonner l’idée de se rejoindre entre groupes d’amis… Et aussi faire un deuil de sa pédicure ! Les plus chics attendent le spectacle du haut de leur balcon d’appartement, voire de la terrasse du Copacabana Palace où toute la jet-set semble s’être rassemblée. Lorsque les premiers feux éclatent au dessus de la mer, la foule tout entière reste ébahie. Suivent alors vingt minutes de spectacle pyrotechnique à peine croyable, et l’émotion est palpable. Même très loin de la plage car l’accès y était impossible, le show en met plein les yeux… Les dispositifs de sécurité déployés sont très importants et c’est plutôt un sentiment de sécurité qui règne, mettant à mal toutes les pires rumeurs qui circulent sur la dangerosité de cet événement.

Les plus proches de la plage vont sauter les sept vagues traditionnelles mais pour une grande partie on se limite à s’embrasser et à se souhaiter tout le bonheur du monde pour cette nouvelle année. La fête continue avec des concerts jusqu’à trois heures du matin, arrosée de litres de bières et de pétillants. Tout cela dure jusqu’à l’aube, un bain dans la mer attendant au petit matin les plus courageux. Puis chacun regagne comme il peut sa demeure, ayant commencé l’année dans la joie et la bonne humeur. Dès les premiers rayons du soleil, les équipes de nettoyage de la ville s’activent pour réparer les dégâts et ramasser les quelques 295 tonnes d’ordures ! A 10 heures du matin, la plage est (presque) toute fraîche…

Une chose est sûre : le réveillon à Rio est une expérience a vivre une fois dans sa vie, si tant est que vous soyez fêtard et… patient ! Feliz Ano Novo chers lecteurs !

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Rio de Janeiro) mardi 4 janvier 2011

RENCONTRE – Gérard Israël : de la défense de la culture des Droits de l’Homme

Spécialiste des Droits de l’Homme et de l’Histoire des idées religieuses, le professeur Gérard Israël était en visite cette semaine au Brésil pour présenter la publication d’un de ses ouvrages traduit en portugais. Fervent défenseur de ce qu’il nomme « la culture des Droits de l’Homme », il se qualifie d’ « optimiste farouche »

Diplômé de la Sorbonne, ancien membre du Parlement et à la tête de l’Institut International des Droits de l’Homme, Gérard Israël a publié récemment La question chrétienne, une pensée juive du christianisme*. Le philosophe est également un personnage central dans les relations entre juifs et chrétiens.

« Ne pas oublier le message de René Cassin »
La venue de Gérard Isräel est liée à l’initiative du Consulat Français à São Paulo qui a financé la traduction en portugais d’une biographie de René Cassin écrite par le philosophe. Prix Nobel de la Paix en 1968 et principal rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, René Cassin a dédié sa vie à la défense de cette cause. Le collègue de travail et ami de Gérard Israël, Guilherme Assis de Almeida, professeur de Droit à la USP, a également collaboré à la sortie de ce livre. Celui-ci sera distribué dans les écoles, pour faire connaître ces valeurs universelles. « Les gens ne sont pas conscients de l’importance des Droits de l’Homme » explique Gérard Israël qui ajoute qu’une position « vindicative » est nécessaire.

Redonner naissance à cette problèmatique
Soixante ans après sa rédaction,  la DDHC ne doit pas être oubliée selon le philosophe, dont la mission est – selon lui – de « restaurer la dignité humaine ». Si la culture des Droits de l’Homme est difficile à définir, souvent dénoncée comme européenne, elle reste un « combat quotidien et de chacun » explicite t-il. Elle place l’individu comme sujet de Droit International, comme entité inattaquable. Et sans négliger les critiques historiques, notamment de la part de l’URSS et des Etats du Tiers Monde, il convient de revaloriser toutes ces valeurs. Contrairement à certains qui pensent que tous les Droits de l’Homme sont indivisibles et donc de même importance – Gérard Israël distingue trois droits fondamentaux à défendre à tout prix : le droit à la vie, le droit à l’intégrité de la personne et le droit à la justice (un procès équitable par un tribunal indépendant). Dès que l’on bafoue un de ces droits, on sort de l’Humanité. En jeu également se trouve la justice internationale, avec pour juridiction suprême la Cour Pénale Internationale. Le Droit est alors appliqué au nom de la Communauté Internationale, avec l’espoir d’être une force dissuasive.

Selon Gérard Israël, « la culture constitue indéniablement une barrière aux violations des Droits de l’Homme », l’éducation étant donc le vecteur d’action. C’est pourquoi il est heureux de pouvoir venir présenter en Amérique Latine son travail, saluant au passage l’initiative audacieuse de la représentation diplomatique française à São Paulo. Le philosophe espère également que d’autres de ses ouvrages seront traduits et diffusés outre-Atlantique.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil) décembre 2010

*Publié aux Editions Payot
René Cassin e os Direitos Humanos, Gérard Israël – Editora da Universidade de São Paulo
Titre Original : René Cassin (1887-1976). La guerre hors la loi avec De Gaulle – les droits de l’Homme