Brésil : Retour sur la campagne électorale

Le 31 octobre dernier, le peuple brésilien a désigné Dilma Roussef (Parti Travailliste) comme future chef d’Etat à compter du 1er janvier 2011. À la veille du scrutin, les sondages donnaient Dilma Roussef gagnante au 1er tour, la campagne, qui devait être sans surprise, a néanmoins comporté sa part d’inattendu

La machine électorale brésilienne est gigantesque, les 136 millions d’électeurs devant voter le même jour pour le président, les députés fédéraux, les gouverneurs …. À cela s’ajoute le caractère obligatoire du vote: les citoyens ne se présentant pas devant les urnes risquent amende et complications administratives par la suite.

Lula, maître du jeu
Dilma, auparavant Ministre de la Casa Civil (équivalent du premier ministre), benéficiait depuis le début de la campagne de l’appui assumé du président sortant Lula Ignacio da Silva. La Constitution limitant le nombre de mandats consécutifs à la présidence à deux ;  Lula, bien que doté d’une popularité très élevée, ne pouvait se représenter. En effet, peu avant le début de la campagne, le président sortant jouissait, selon les sondages, de 85% de satisfaction.

Lors de sa présidence, il a pu compter sur une conjoncture économique très favorable. Entre 2002 et 2010, le salaire minimum est passé de 200 à 500 R$, le taux de chômage est tombé de 11,7% à 6,2% et le volume des crédits à la consommation a été multiplié par 5. En outre, le nombre de foyers bénéficiant de la Bolsa Familia – aide financière aux familles nécessiteuses – est passé de 3,6 millions à 12,7 millions.

Dilma en ballotage
Cependant, Dilma s´est avérée rapidement moins charismatique que Lula. De plus  face à elle, deux sérieux opposants sont venus compléter le trio de tête : José Serra, social démocrate ex-gouverneur de l’Etat de São Paulo et Marina  da Silva, candidate du  parti vert.  La grande surprise du premier tour a été le score de Marina da Silva recueillant plus de 20% des votes. Conséquence de ce résultat inattendu : une mise en ballotage de Dilma qui n´a pu récolter que 46,5 % des suffrages exprimés face au 32,7 % de José Serra.  Les deux tours étant espacés d´un mois, la campagne a pu reprendre de plus belle. Les consignes de vote de Marina da Silva pouvant être décisives, tous les regards se sont alors tournés vers elle et ses 20 millions de voix. Après un silence  de plusieurs semaines, elle a finalement refusé d´accorder un quelconque soutien, allant même jusqu´à émettre de vives critiques à l´égard des deux candidats en lice.

Le religion au premier plan
Elément perturbateur du second volet de la campagne: la religion, les églises jouant au Brésil un rôle central dans la vie politique, le thème de l´avortement s´est retrouvé au centre du débat, ébranlant les deux candidats. Dilma Roussef a été souspconnée d’avoir eu recours à cette pratique et de vouloir la légaliser, il s´est même dit qu´elle n’était pas passée au premier tour en raison d´un boycott des évangélistes. José Serra n’a pas non plus été toujours ferme sur sa volonté de maintenir l’interdiction de l’avortement. Les deux candidats se sont donc lancés dans un numéro de charme à l’égard de l´Eglise, pour rallier les électeurs encore hésitants.

Au cours du  mois, l´écart s´est creusé entre les deux candidats au profit de la dauphine de Lula, de plus en plus virulente. Peu avant le second tour, les sondages prévoyaient une nette avance pour Dilma Roussef, devançant de 12 à 15 points son adversaire social-démocrate. Sans grande surprise donc, le 31 octobre, jour du scrutin, Dilma Roussef a été élue par 55,7 millions de brésiliens (56 % des voix), soit 12 millions de plus que José Serra. Elle devient donc avec une large avance la première femme présidente du Brésil.

Une victoire à la pyrrhus pour la démocratie?
Mais ce qui a sans doute le plus marqué ces élections est le sentiment de défiance et de lassitude des citoyens à l’égard de la classe politique. Au second tour, le niveau d’abstention a dépassé les 21%, taux considérable eut égard au caractère obligatoire du vote. En cause : les nombreux scandales de corruption ayant marqué la vie politique brésilienne ces dernières années ainsi que les candidats eux-mêmes. Autre exemple  de ce phénomène, la victoire écrasante dans l’Etat de São Paulo du député Tiririca, clown de profession et analphabète, ayant comme slogan «  – Vous ne savez pas à quoi sert un député ? – Moi non plus, mais élisez-moi et on verra ! »

Clémentine VAYSSE pour Elections-Politique-Citoyen – Novembre 2010 

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