LITTERATURE – Le Brésil de Stefan Zweig

Diverses sont les raisons qui ont poussé de nombreux européens à immigrer au Brésil pendant la Seconde Guerre Mondiale. L’écrivain autrichien Stefan Zweig a quitté le vieux continent en 1940, désespéré par la tournure que prenaient les événements. Du peu de temps qu’il a passé ici, est né un magnifique livre, hommage à son dernier voyage

Stefan Zweig n’a pas soixante ans quand il s’installe outre-Atlantique, mais est déjà un écrivain renommé. Lui qui a tant voyagé, ami des grands intellectuels, ne peut plus supporter « l’effroyable tension de l’Europe ». Conscient très tôt du danger du nazisme, il quitte l’Autriche – sa terre natale – en 1934. Il opte d’abord pour l’Angleterre, mais le danger étant trop grand, c’est vers les Etats-Unis qu’il s’oriente, puis vers le Brésil. Il connaît ce pays, qu’il a déjà visité en 1936 à l’occasion d’un Congrès à Buenos Aires. Il avoue arriver avec « la représentation moyenne et dédaigneuse des Européens et de l’Amérique du Nord ». L’écrivain va avoir une révélation pour ce nouveau pays.

Le Brésil, terre d’avenir
« Lorsque, dans notre temps bouleversé, nous voyons encore des zones d’espoir pour un nouvel avenir, il est de notre devoir d’attirer l’attention sur ce pays, sur ces possibilités » écrit Stefan Zweig pour justifier son nouvel ouvrage publié en 1941. Entre essai et carnet de voyage, Le Brésil, terre d’avenir renferme les impressions toutes fraîches de ce grand intellectuel. Nostalgique de l’Europe d’avant-guerre, il avait écrit auparavant Le Monde d’hier, tourné vers le passé. Parfois quelque peu naïfs, les propos de Zweig sur le Brésil n’en sont pas moins émouvants. Ayant effectué un important travail de recherche, il cerne parfaitement les grands traits de la culture et de l’Histoire et dresse un véritable éloge de cette terre d’accueil.

A l’époque, le Brésil n’est pourtant plus une démocratie. Depuis les élections de novembre 1937 et la nouvelle constitution, Getúlio Vargas a les plein-pouvoirs. Stefan Zweig passe outre l’Estado Novo, et préfère célébrer le pacifisme du Brésil, son absence de volonté de conquête et la paix sociale qui règne. « Il est touchant de voir les enfants aller bras dessus dessous, dans toutes les nuances de la peau humaine, chocolat, lait et café, et cette fraternité se maintient jusqu’aux plus hauts degrés, jusque dans les académies et les fonctions d’Etat » affirme-t-il, s’émerveillant devant cette Nation fondée sur le principe de mélange, à l’opposé de la conception dominante en Europe à cette époque.

« A la fois fasciné et bouleversé »
Telles sont ses impressions sur Rio de Janeiro, dont il vante sans fin la beauté. Mais cela peut décrire  son sentiment général vis-à-vis des nombreux voyages qu’il effectue à travers le pays. Bahia, Recife, Belem….  « A la fin du voyage, on sent qu’on n’est en réalité qu’au commencement », écrit-il face à cette terre d’une étendue époustouflante. Véritable petit guide de voyage, tout l’intéresse et il trouve les mots justes pour chaque ville. « Pour dépeindre Rio de Janeiro, il faudrait être peintre, mais pour décrire São Paulo, il faut être un statisticien ou un économiste ». Il répertorie les plus beaux lieux de la capitale carioca, tandis qu’il saisit le charme du centre économique, « la beauté de São Paulo n’est pas une chose actuelle, mais future, elle n’est pas optique, mais réside dans son énergie, son dynamisme ».
Les descriptions et les sujets abordés sont d’une perspicacité à peine croyable, on en oublierait que ce livre a été écrit il y soixante-dix ans, alors que le Brésil comptait moins de 50 millions d’habitants et Sampa moins d’un million et demi. Et si cela est aujourd’hui largement reconnu, affirmer le potentiel du Brésil est en 1941 une position totalement nouvelle.

C’est au Brésil qu’il écrit son œuvre la plus connue, Le Joueur d’échec. Le 15 mai 1941, Stefan Zweig effectue une dernière conférence. Il s’installe avec sa seconde épouse, Lotte, à Pétropolis, où il fête son 60ème anniversaire. Le 22 février 1942, en plein carnaval et suite à l’annonce de la défaite des Britanniques à Singapour, Stefan Zweig et sa compagne mettent fin à leurs jours. Usé, celui qui se définissait comme « autrichien, juif, écrivain, humaniste, pacifiste », ne croit plus en ce Monde. Mais « nulle part ailleurs je n’aurais préféré édifier une nouvelle existence » écrit-il dans son message d’adieu.
Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil) mars 2011

http://www.casastefanzweig.org/sec_casa.php?sub=onde casa Stefan Zweig à Petropolis
http://www.ebooksbrasil.org/eLibris/paisdofuturo.html Version en ligne en portugais

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1 commentaire

  1. sin

     /  30 août 2011

    Merci, je cherchais des ouvertures sur S.Zweig, et j’ai lu par hasard votre blog, très bon, honnête, etc..Même à Paris nous n’avons pas cette manière de nous exprimer et je le regrette car finalement, il vaut mieux vivre au soleil ou si j’ai bien compris sous une fréquente pluie fine…mais vous le racontez si bien ce Brésil..bon, si je puis je suivrai vos conseils, il y a un accent de vérité trop convainquant dans les morceaux que vous livrez – dites moi, j’imagine que cela vous prend beaucoup de temps pour des petits bijoux comme ça ?
    Je vous remercie encore, j’espère que vous comprenez que je ne laisse un « commentaire » que parce que j’ai été ravi de lire vos articles…et je vous souhaite beaucoup de bonheurs d’écriture et de vie de l’autre côté de l’Equateur ou ailleurs.

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