SOCIETE – Femmes en politique, bilan et perspectives

Alors que le Brésil a rejoint depuis peu le clan select des États dirigés par une femme, les chiffres montrent que celles-ci restent sous-représentées dans le monde politique brésilien. 79 ans après l’obtention du droit de vote pour les femmes, retour sur un long combat pour l’égalité et point sur la situation actuelle

Deux des trois favoris de la dernière présidentielles étaient des femmes. Mais si, avant la campagne, les analystes prévoyaient une hausse d’au moins 10% du nombre de femmes élues à la Chambre Fédérale. La réalité s´est révélée tout autre : 44 élues députés fédérales,soit même pas les 9%. Malgré les mesures de quotas, les chiffres stagnent.

Une progression constante
C’est en 1932, sous le Gétulio Vargas, que les femmes acquièrent au Brésil la citoyenneté et par la même le droit de vote. En 1928, l’Etat du Rio Grande do Sul, en précurseur, avait nommé comme maire de Laje une femme, Alzira Soriano. Le mouvement féministe est déjà à l’époque très actif, avec de grands noms comme Leolinda de Figueiredo Daltro ou Bertha Lutz, présidente à l’époque de la Federação Brasileira pelo Progresso Feminino. L’année suivante, Carlota Perreira de Queiros est la première femme élue, comme député fédéral. En 1979, les femmes entrent au Sénat avec Eurice Michiles. Puis, dans les années 80, Esther de Figueiredo Ferraz obtient le premier poste de Ministre (Educação e Cultura). Il faut encore attendre 1989 pour qu’une femme se présente aux élections présidentielles avec Maria Pio de Abreu pour le Parti National. Enfin, en 1995, Roseana Sarney est la première gouverneur d’Etat.

Plus de candidates, pas plus d’élues
En 1996, le Congrès National prend une mesure pour enrayer l´inégalité des sexes dans la vie politique. Le Brésil est alors le quatrième pays d’Amérique Latine à adopter le système de quotas pour les partis (après l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay). La loi impose dès lors un minimum de 20% de femmes parmi les candidats de chaque parti, taux qui passe à 25 % en 1998 puis à 30% en 2000. Et malgré les différentes interprétations des Tribunaux Électoraux des Etats fédérés, les divers clans politiques se plient à la règle. Mais force est de constater que si le nombre de candidates augmentent, le nombre d’élues ne varient que peu. À noter, de manière générale, plus de femmes ont été élues au Nord du Pays où le taux dépasse les 12%. Au sein des partis, ce sont le Parti Travailliste avec 11 femmes sur 254 élus et le Parti Communiste avec 11 femmes pour 34 sièges qui arrivent en tête de la représentation féminine.

Lúcia Avelar, professeure et directrice de l’Institut de Sciences Politiques à l’Université de Brasilia remarque également dans une étude datant de 2007 un fait révélateur : la grande majorité des femmes sur le scène politique sont associées au nom de leur mari ou d’un de leur proche. Elle ajoute que cela est liée à une tradition politique très forte de domination masculine qui a toujours existé dans le pays. Mais le sociologue Antônio Augusto nuance ce phénomène en expliquant que, selon lui, cette tendance est à la baisse et que ces femmes ont généralement leurs propres idées et un positionement plus progressiste. Localement, de grands noms féminins émergent comme Marta Suplicy, Marina Silva ou encore Rose de Freitas. Reste que selon une étude de l’Ence, le Brésil ne se classerait qu´en 111ème position en terme de proportion féminine au Parlement, son voisin argentin étant quant à lui 11ème…

Quelles perspectives ?
Il est évident que l’élection d’une femme à la présidence de la République a ravivé les espoirs de voir celles-ci gagner de l’importance dans le monde politique. Dès le début de son mandat, Dilma Rousseff a insisté sur le fait qu’elle serait le porte-parole de la cause féminine et que des mesures de renfort seraient prises, notamment dans la lutte contre les violences conjugales. Cela avait déjà commencé sous Lula avec la Loi Maria da Penha d’Aout 2006 qui a alourdit les peines en la matière. Mais pour certaines, si l’élection de Dilma représente une avancée certaine, elle ne doit pas faire oublier la sous-représentation générale des femmes. Lilian Martins, secrétaire à la Santé de l’Etat de Piaui, explique dans une interview pour le journal 45 graus que « la présidente, si elle est un exemple, ne doit pas rester une exception ».

Puisque les quotas semblent inefficaces, que faire alors pour que les femmes gagnent réellement du terrain ? Pour Vanessa Grazziotin, la solution se trouverait dans le scrutin de liste paritaire et le financement public de la campagne. « L’idéal serait comme dans certains pays un scrutin de liste où pour deux hommes une femme serait élue ». La sénatrice communiste fait partie de la Commission de Réforme Politique qui travaille actuellement sur des mesures pour étudier des améliorations démocratiques, notamment vis à vis de la représentation des femmes et des partis minoritaires.

Rendez vous au prochain scrutin pour voir si l’élection d’une femme à la tête du pays aura changé les tendances et les mentalités.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil)  Mars 2011

 

SOCIETE – Femmes en politique, bilan et perspectives

 

Alors que le Brésil a rejoint depuis peu le clan select des États dirigés par une femme, les chiffres montrent que celles-ci restent sous-représentées dans le monde politique brésilien. 79 ans après l’obtention du droit de vote pour les femmes, retour sur un long combat pour l’égalité et point sur la situation actuelle

 

Deux des trois favoris de la dernière présidentielles étaient des femmes. Mais si, avant la campagne, les analystes prévoyaient une hausse d’au moins 10% du nombre de femmes élues à la Chambre Fédérale. La réalité s´est révélée tout autre : 44 élues députés fédérales,soit même pas les 9%. Malgré les mesures de quotas, les chiffres stagnent.

Une progression constante

C’est en 1932, sous le Gétulio Vargas, que les femmes acquièrent au Brésil la citoyenneté et par la même le droit de vote. En 1928, l’Etat du Rio Grande do Sul, en précurseur, avait nommé comme maire de Laje une femme, Alzira Soriano. Le mouvement féministe est déjà à l’époque très actif, avec de grands noms comme Leolinda de Figueiredo Daltro ou Bertha Lutz, présidente à l’époque de la Federação Brasileira pelo Progresso Feminino. L’année suivante, Carlota Perreira de Queiros est la première femme élue, comme député fédéral. En 1979, les femmes entrent au Sénat avec Eurice Michiles. Puis, dans les années 80, Esther de Figueiredo Ferraz obtient le premier poste de Ministre (Educação e Cultura). Il faut encore attendre 1989 pour qu’une femme se présente aux élections présidentielles avec Maria Pio de Abreu pour le Parti National. Enfin, en 1995, Roseana Sarney est la première gouverneur d’Etat.

 

Plus de candidates, pas plus d’élues

En 1996, le Congrès National prend une mesure pour enrayer l´inégalité des sexes dans la vie politique. Le Brésil est alors le quatrième pays d’Amérique Latine à adopter le système de quotas pour les partis (après l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay). La loi impose dès lors un minimum de 20% de femmes parmi les candidats de chaque parti, taux qui passe à 25 % en 1998 puis à 30% en 2000. Et malgré les différentes interprétations des Tribunaux Électoraux des Etats fédérés, les divers clans politiques se plient à la règle. Mais force est de constater que si le nombre de candidates augmentent, le nombre d’élues ne varient que peu. À noter, de manière générale, plus de femmes ont été élues au Nord du Pays où le taux dépasse les 12%. Au sein des partis, ce sont le Parti Travailliste avec 11 femmes sur 254 élus et le Parti Communiste avec 11 femmes pour 34 sièges qui arrivent en tête de la représentation féminine.

 

Lúcia Avelar, professeure et directrice de l’Institut de Sciences Politiques à l’Université de Brasilia remarque également dans une étude datant de 2007 un fait révélateur : la grande majorité des femmes sur le scène politique sont associées au nom de leur mari ou d’un de leur proche. Elle ajoute que cela est liée à une tradition politique très forte de domination masculine qui a toujours existé dans le pays. Mais le sociologue Antônio Augusto nuance ce phénomène en expliquant que, selon lui, cette tendance est à la baisse et que ces femmes ont généralement leurs propres idées et un positionement plus progressiste. Localement, de grands noms féminins émergent comme Marta Suplicy, Marina Silva ou encore Rose de Freitas. Reste que selon une étude de l’Ence (A TROUVER), le Brésil ne se classerait qu´en 111ème position en terme de proportion féminine au Parlement, son voisin argentin étant quant à lui 11ème…

 

Quelles perspectives ?

Il est évident que l’élection d’une femme à la présidence de la République a ravivé les espoirs de voir celles-ci gagner de l’importance dans le monde politique. Dès le début de son mandat, Dilma Rousseff a insisté sur le fait qu’elle serait le porte-parole de la cause féminine et que des mesures de renfort seraient prises, notamment dans la lutte contre les violences conjugales. Cela avait déjà commencé sous Lula avec la Loi Maria da Penha d’Aout 2006 qui a alourdit les peines en la matière. Mais pour certaines, si l’élection de Dilma représente une avancée certaine, elle ne doit pas faire oublier la sous-représentation générale des femmes. Lilian Martins, secrétaire à la Santé de l’Etat de Piaui, explique dans une interview pour le journal 45 graus que « la présidente, si elle est un exemple, ne doit pas rester une exception ».

 

Puisque les quotas semblent inefficaces, que faire alors pour que les femmes gagnent réellement du terrain ? Pour Vanessa Grazziotin, la solution se trouverait dans le scrutin de liste paritaire et le financement public de la campagne. « L’idéal serait comme dans certains pays un scrutin de liste où pour deux hommes une femme serait élue ». La sénatrice communiste fait partie de la Commission de Réforme Politique qui travaille actuellement sur des mesures pour étudier des améliorations démocratiques, notamment vis à vis de la représentation des femmes et des partis minoritaires.

 

Rendez vous au prochain scrutin pour voir si l’élection d’une femme à la tête du pays aura changé les tendances et les mentalités.

 

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil)

 

 

 

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