INTERVIEW – Manu Eveno, guitariste de Tryo

Première visite au Brésil pour Tryo, groupe français que l’on ne présente plus. Jeudi dernier, ils ont donné un concert intimiste dans une petite salle de São Paulo, enchantant leurs nombreux fans français et brésiliens. Rencontre avec Manu Eveno dans une galerie d’art du Centro

De L’hymne de nos campagnes à Monsieur Bibendum en passant par Ce que l’on sème, leurs chansons aux airs de reggae ont bercé l’adolescence de beaucoup d’entre nous. « Face aux favelas des gens se prélassent / Je crois bien voir des gamins cirer leur godasses » chantaient-ils en 1998 dans La misère d’en face. Au fil des années, leurs chansons se sont enrichies de  rythmes venus d’ailleurs, créant un genre à part. Avec son fidèle chapeau, ses cheveux longs et son blouson en cuir, Manu Eveno a accepté gentiment de répondre à quelques questions.

Lepetitjournal.com – Est-ce votre première visite au Brésil ?
Manu Eveno – Pour moi c’est la première fois. On avait déjà fait une tournée l’année dernière en Amérique Latine. En fait, notre percussionniste est chilien et n’a pu revenir dans son pays natal  seulement il y a quelques années car il avait le statut de réfugié politique. Après 25 ans d’absence, il avait ce rêve d’y retourner. Et que l’on y joue. Cela a nourri cette chanson de Christophe Mali El dulce de leche. Quand on nous l’a proposé l’année dernière, c’était évident. Cette fois-ci, c’était différent car c’était directement avec les promoteurs locaux. Pour le Brésil ça a été organisé à la dernière minute, mais on espère revenir.

Avez-vous fait des tournées dans le monde ?
Non, on a fait quelques pays, mais souvent ce sont des ambassades qui nous invitent. Pour les pays francophones c’est évident. On est allés douze fois au Québec par exemple. En Afrique, on a fait l’Égypte et le Soudan.

Comment avez-vous trouvé l’accueil du public en Amérique Latine ?
C’est assez mélangé. En Uruguay, il y avait pas mal de Français mais aussi quelques Uruguayens. En Argentine c’est beaucoup plus argentin, c’est un très bel accueil. Et au Chili… C’est marrant parce qu’il y a un groupe de rock là-bas qui s’appelle Tryo, pareil avec un Y. On a toujours été bien accueillis, j’ai beaucoup aimé. Et puis ici c’est culturel, vu la place de la musique dans le pays. Un musicien est considéré comme quelqu’un du peuple, pas comme une star. A la fin du concert, il y a toujours pleins de gens qui viennent te parler et ça c’est génial. On ressent beaucoup plus les émotions des gens et c’est ça qui compte. Pour le coup, ma principale nourriture spirituelle c’est les émotions. C’est là que je me sens le plus vivant, le plus réel, le plus concret. J’aime penser, mais les émotions c’est un thermomètre, un moyen de vérifier qu’on a donné le meilleur de nous.

Que pensez-vous de ces nouveaux groupes français qui choisissent de chanter en anglais ?
On peut imaginer que cela fait partie de leur culture, que l’anglais leur permet de mieux exprimer leurs émotions. C’est une langue extrêmement imagée, pour dire une explosion tu dis « Bang »… Les mots sonnent toujours « musical ». C’est plus facile d’écrire en anglais et surtout d’exprimer les émotions. Il y a des poètes anglo-saxons, mais quand tu prends de la pop, tu dois faire passer en très peu de temps un maximum d’émotions. L’anglais permet cet état syncrétique dans la création. Je commence un peu à écrire en anglais. Et puis il y aura toujours des gens qui se sentent apatrides. Ma langue c’est le français, mais j’ai déjà chanté dans des dialectes africains par exemple. En fait, une langue – quelle qu’elle soit – est musicale et en particulier le portugais du Brésil. La musique c’est comme la planète, sauf qu’il n’y a aucune frontière. Ou s’il y en a, tu n’as pas besoin de passeport pour les traverser. Tu fais ce que tu veux, la musique c’est un des plus grands espaces de liberté et surtout c’est immédiat. Donc, non, ça ne me dérange pas que des groupes jouent en anglais. Bon, bien sûr il y a aussi la volonté de conquérir d’autres espaces.

C’est vous qui avez écrit la musique de Quand les hommes s’ennuient, qui a un rythme très brésilien. Connaissez-vous la musique brésilienne?
J’ai toujours aimé les grands standards brésiliens : Chico Buarque, Antonio Carlos Jobim, Vinicius de Moraes, Baden Powell, je les aime beaucoup. Au départ ce sont des potes chiliens qui étaient dans notre premier groupe, qui m’ont fait écouter plein de musique brésilienne… Comme Martinho da Vila Canta canta minha gente (en fredonnant).

Vous avez interprété en concert Bidonville de Claude Nougaro. Comment l’avez-vous choisie ?
Je la chante depuis longtemps, j’ai toujours aimé Nougaro et aussi la version originale. C’est une amie guitariste, Virna Nova, qui me l’avait chantée en brésilien. Elle m’avait montré les accords, elle avait rencontré à Rio les fils de Baden Powel. Et puis en tournée, on fait toujours une reprise parce que l’on aime ça. Une fois on a chanté avec Bernard Lavilliers qui vient souvent au Brésil.

Propos recueillis par Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) mardi 29 mars 2011

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