BILLET D’HUMEUR – Vous êtes sûre que vous ne voulez pas une manucure ?

On m’avait pourtant prévenue : les Brésiliennes sont très coquettes. J’étais loin d’imaginer qu’il puisse y avoir des supermarchés de produits pour les cheveux, des salons de beauté à chaque coin de rue et que ne pas avoir les ongles faits était considéré comme une tare. Après quelques mois ici, je n’ai toujours pas de french manucure. Jusqu’où ma légendaire capacité d’adaptation va-t-elle me mener ?

Je sais bien qu’en tong, c’est plus beau d’avoir les ongles de pieds nickels. De là à avoir un vernis tigré … En regardant autour de moi dans le métro, je me suis rendu compte d’une chose : je suis décidément la seule à ne pas avoir de vernis. En examinant mieux, je m’aperçois que mes voisines brésiliennes ont toutes assorti leurs ongles à leur sac et à leurs chaussures. Couleurs et imprimés les plus farfelus défilent. A tel point qu’un jour, qu’un inconnu me dise dans le bus « Vous n’êtes pas Brésilienne ? ». Moi « Non, comment le savez-vous, je n’ai pas encore ouvert la bouche ». L’intéressé me répond « Ah, facile ! Aucune Brésilienne ne se ronge les ongles, regardez vos mains ! ». C’est décidé, il faut que je fasses quelque chose…

A São Paulo, on a souvent l’impression qu’il y a plus de magasins de produits esthétiques et de salons de beauté que de pharmacies. A toute heure du jour ou de la nuit, même les jours fériés, une dizaine de femmes sont là – à se faire chouchouter –  avec en fonds sonore l’inévitable novela du moment. Et ça papote encore et encore, un magazine people à la main.

Au bout de 3 mois ici, je me décide à pousser la porte d’un coiffeur. Je me retrouve vite embarrassée par un soucis technique majeur : le manque de vocabulaire en la matière. Enfin, pas vraiment puisque je ne veux qu’une coupe de cheveux. Il m’a fallu une demi-heure pour dire que non, je ne souhaitais pas un soin hydratant, ni un masque de beauté, ni une manucure, encore moi une pédicure. A la vue de l’état – certes non siliconé – de mes cheveux, le coiffeur manque de tomber dans les pommes. « Comment ça vous n’utilisez que du shampoing dont vous ne connaissez même pas la marque ? Pas d’après-shampoing, de masque, de produit pour les pointes, de gel silicone, de lisseur … » J’avoue ne pas avoir compris la suite de la très longue liste de produits ou de je-ne-sais-quoi qu’il m’a donnée. « Ah, mais vous êtes étrangère, c’est pour ça… » Je m’attendais à ce qu’il me demande si, comme tous les Français, je ne me lavais que tous les 2 jours (les mythes ont la peau dure). A la sortie, il me fait promettre de ne pas attendre quatre mois pour revenir.

Grande est donc sa joie lorsque deux mois plus tard, je me décide à affronter de nouveau le temple de la dictature des crinières longues et soyeuses. Car ici, on n’est femme que si sa chevelure est lisse et descend jusqu’au milieu du dos, au minimum! À la l’Oréal. Pas vraiment mon truc. Est-ce que par hasard tout ça ne serait pas culturel ? Sûrement. Je ronchonne alors un peu, en me disant que finalement on retombait toujours dans un seul modèle de beauté, que je trouve soit dit en passant bien monotone.

C’est alors que je croise dans une vitrine une affiche d’Elis Regina, rayonnante avec ses cheveux courts et son joli sourire. Ciao les poupées des novelas ! En échange, je promets de faire un effort de rognage d’ongles (ça ne fait que dix ans que j’essaie d’arrêter). Rendez-vous dans quelques années pour voir si j’ai été convertie.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil)  10 mai 2011

 

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