RENCONTRE – Tom Lisboa, quand l’art joue avec internet

Dernière semaine pour visiter la très belle exposition Mirando(a) de Tom Lisboa à la Caixa Cultural da Sé.  Rencontre avec ce jeune artiste de Curitiba, dont le terrain de jeux est l’espace urbain et la toile internet

Tom Lisboa crée des installations – utilisant différents médias, afin de modifier l’expérience que peut faire le spectateur d’un espace singulier –et joue sur les supports, principalement à l’aide de la photographie et d’internet. Pour Mirando(a), des photographies d’oiseaux dans des cadres ont été placées dans tout Curitiba lors d’un événément culturel. L’intégralité des images ont été prises sur internet, l’artiste ayant fait l’assemblage et la mise en situation. Pour l’exposition à la Caixa Cultural, ses installations ont été prises en photographie, créant une mise en abîme. Le résultat, bien que différent de la création initiale, est tout  aussi intéressant.

« J’utilise la ville comme si c’était une galerie »
Habitué des mises en situation urbaines, il a travaillé sur de nombreux supports et dans différentes villes. « Mon travail est toujours très bon marché, je me suis donné comme contrainte de ne pas dépasser le budget de 250 reais par intervention». Il utilise son site internet pour lancer des idées que reprennent par la suite d’autres personnes. Pour Polaroides (in)visíveis, Tom a invité d’autres artistes à participer au travail photographique. « En fait, les événements dans les villes sont souvent un prétexte pour pouvoir ensuite travailler en photographie » ajoute-t-il. Tel a été le cas pour Mirando(a), « c’est le même nom mais les deux œuvres (installation et exposition des photographies) sont perçues de manières différentes par le public ».

Internet sous toutes ses formes
« Je l’utilise de pleins de façons différentes. Ainsi, certaines de mes œuvres ne sont que sur le web, d’autres commencent sur internet et deviennent ensuite des expositions... » Cela lui permet également de travailler en collaboration avec de nombreux artistes. Pour « Ação urbana – LUGAR » par exemple, il a eu l’idée d’un parcours dans une ville illustrée par des photographes. L’oeuvre prend la forme d’une carte interactive. En partant de consignes de base simples, plus de 110 personnes ont travaillés avec Tom sur ce projet. Une des œuvres de cette série représente Paris, en partenariat avec deux photographes brésiliens qui se sont chargés des clichés. Sur les 31 villes déjà photographiées, seules 5 ou 6 l’ont été par Tom Lisboa lui-même. De nombreuses villes sont prévues pour les mois à venir.

L’artiste voyage dans tout le Brésil pour participer à des projets artistiques, il était notamment présent lors de la Virada Cultural au SESC Belezinho. Le fait de travailler de manière indépendante, en dehors de galeries, lui permet une grande liberté de création. « Quand je crée mes oeuvres, ce n’est pas pour les vendre ».

Tom Lisboa sera présent à São Paulo lors de la SP Arte, foire internationale d’art qui aura lieu du 12 au 15 mai. En attendant, ne ratez pas son exposition à la Caixa Cultural da Sé.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo)  

Mirando(a) jusqu’au 1er mai 2011
Caixa Cultural São Paulo
Praça da Sé, 111 – Centro
(11) 3321 4400 – De 9h à 21h, tous les jours sauf le lundi. Entrée gratuite

A consulter : Site officiel de Tom Lisboa http://www.sintomnizado.com.br/index.htm

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WEEK-END – São Paulo fête les graffitis ce dimanche

São Paulo, grise ? Pas tant que ça, grâce à ses nombreux artistes de rue qui égaient la capitale. Ce dimanche 27 mars, la ville célèbre cet art demeuré longtemps dans l’ombre. La galerie Matilha Cultural propose à cette occasion une exposition en hommage au pionnier brésilien du stencil, Alex Vallauri (1949-1987)

Du Beco do Batman*, rue recouverte de tags à Vila Madelena, au Tunnel Paulista qui mène à l’Avenida Rebouças, en passant par la 23 de Maio, impossible de ne pas croiser des graffitis en se promenant à São Paulo. Le Brésil bouillonne de créativité en matière d’art de rue et ce n’est pas par hasard que la Première Biennale Internationale de Graffiti Fine Art s’y est déroulée en septembre dernier.

Le grand précurseur
Le graffiti s’implante très tôt dans les grandes villes brésiliennes, mais c’est avec Alex Vallauri qu’il connaît une véritable reconnaissance. Né en Ethiopie en 1949 de nationalité italienne, il immigre en 1965 et fait des études d’art graphique en Angleterre et aux Etats-Unis. De retour au Brésil, les murs de São Paulo deviennent son support. Adepte du kitsch, il utilise comme genre le stencil, graffiti en pochoir. Cette technique avait émergé dans les pays où la répression de la police était très forte, quelques minutes étant suffisantes pour créer une œuvre. Alex Vallauri donne lieu à tout un mouvement de « graffeurs » brésiliens qui perpétueront son art après sa mort en 1987.

Envie d’en savoir plus ?
Réunissant des oeuvres de pionniers comme Ozi ou Celso Gitahy, et des artistes de la nouvelle génération comme Daniel Melim, Rodrigo « Chã » ou encore le collectif Alto Contraste, « Elemento Vazado », à la Galerie Matilha Cultural vaut le détour. Tout près, une exposition à l’Ação Educativa – à  Vila Buarque – réunit également les travaux d’une vingtaine de « taggeurs ». Dimanche 27 est prévue une démonstration au Parc Agua Branca.

La VIIIème édition du Graffiti Fine Art, au Museu Brasileiro da Escultura, présentait un projet tout à fait intéressant, puisqu’elle mettait en avant le travail de plusieurs stars et jeunes talents du street art : Magrela, Sinha, Chambs et Pifo entre autres. Une particularité : remplir les imposants murs du local d’oeuvres collectives. Cette idée a donné naissance à des graffitis enrichis par la patte de chaque artiste, dont la variété de traits est nette : une vraie réussite ! Le catalogue de la Biennale du Graffiti Fine Art a été lancé à cette occasion.

Si vous préférez en découvrir à l’air libre, rien de tel que de se promener dans les rues paulistes : chaque bouche-d’égout, compteur de gaz, arrêt de bus, mur vide hier peut-être aujourd’hui devenu une surprise à découvrir. Une dernière possibilité est de partir à la recherche de graffitis du monde entier, confortablement installé derrière son écran, en se rendant sur le site Street Art View.

Clémentine VAYSSE et Amélie PERRAUD-BOULARD (www.lepetitjournal.com  – São Paulo) vendredi 25 mars 2011

* Rua Gonçalo Alfonso

Infos pratiques :

Matilha Cultural
Rua Rego Freitas, 542 – República. (11) 3256-2636
http://www.matilhacultural.com.br
Tous les jours jusqu’au samedi 16 Avril, de 12h à 20h

Ação Educativa
Rua General Jardim, 660 – Vila Buarque.
Proche des stations de métro República et Santa Cecilia.
Tel : 3151-2333 / http://www.acaoeducativa.org
Du 28 mars au 7 mai. Ouverture et cocktail le 25 mars à 19h
Du lundi au vendredi de 10h à 20h. Samedi de 10h à 14h. Entrée gratuite

Démonstration au Parc Agua Branca le dimanche 27 mars de 10h à 17h – http://coletivoaguabranca.blogspot.com/

Museu Brasileiro da Escultura
Av. Europa, 218 – Jardim Europa
http://www.mube.art.br

LITTERATURE – Le Brésil de Stefan Zweig

Diverses sont les raisons qui ont poussé de nombreux européens à immigrer au Brésil pendant la Seconde Guerre Mondiale. L’écrivain autrichien Stefan Zweig a quitté le vieux continent en 1940, désespéré par la tournure que prenaient les événements. Du peu de temps qu’il a passé ici, est né un magnifique livre, hommage à son dernier voyage

Stefan Zweig n’a pas soixante ans quand il s’installe outre-Atlantique, mais est déjà un écrivain renommé. Lui qui a tant voyagé, ami des grands intellectuels, ne peut plus supporter « l’effroyable tension de l’Europe ». Conscient très tôt du danger du nazisme, il quitte l’Autriche – sa terre natale – en 1934. Il opte d’abord pour l’Angleterre, mais le danger étant trop grand, c’est vers les Etats-Unis qu’il s’oriente, puis vers le Brésil. Il connaît ce pays, qu’il a déjà visité en 1936 à l’occasion d’un Congrès à Buenos Aires. Il avoue arriver avec « la représentation moyenne et dédaigneuse des Européens et de l’Amérique du Nord ». L’écrivain va avoir une révélation pour ce nouveau pays.

Le Brésil, terre d’avenir
« Lorsque, dans notre temps bouleversé, nous voyons encore des zones d’espoir pour un nouvel avenir, il est de notre devoir d’attirer l’attention sur ce pays, sur ces possibilités » écrit Stefan Zweig pour justifier son nouvel ouvrage publié en 1941. Entre essai et carnet de voyage, Le Brésil, terre d’avenir renferme les impressions toutes fraîches de ce grand intellectuel. Nostalgique de l’Europe d’avant-guerre, il avait écrit auparavant Le Monde d’hier, tourné vers le passé. Parfois quelque peu naïfs, les propos de Zweig sur le Brésil n’en sont pas moins émouvants. Ayant effectué un important travail de recherche, il cerne parfaitement les grands traits de la culture et de l’Histoire et dresse un véritable éloge de cette terre d’accueil.

A l’époque, le Brésil n’est pourtant plus une démocratie. Depuis les élections de novembre 1937 et la nouvelle constitution, Getúlio Vargas a les plein-pouvoirs. Stefan Zweig passe outre l’Estado Novo, et préfère célébrer le pacifisme du Brésil, son absence de volonté de conquête et la paix sociale qui règne. « Il est touchant de voir les enfants aller bras dessus dessous, dans toutes les nuances de la peau humaine, chocolat, lait et café, et cette fraternité se maintient jusqu’aux plus hauts degrés, jusque dans les académies et les fonctions d’Etat » affirme-t-il, s’émerveillant devant cette Nation fondée sur le principe de mélange, à l’opposé de la conception dominante en Europe à cette époque.

« A la fois fasciné et bouleversé »
Telles sont ses impressions sur Rio de Janeiro, dont il vante sans fin la beauté. Mais cela peut décrire  son sentiment général vis-à-vis des nombreux voyages qu’il effectue à travers le pays. Bahia, Recife, Belem….  « A la fin du voyage, on sent qu’on n’est en réalité qu’au commencement », écrit-il face à cette terre d’une étendue époustouflante. Véritable petit guide de voyage, tout l’intéresse et il trouve les mots justes pour chaque ville. « Pour dépeindre Rio de Janeiro, il faudrait être peintre, mais pour décrire São Paulo, il faut être un statisticien ou un économiste ». Il répertorie les plus beaux lieux de la capitale carioca, tandis qu’il saisit le charme du centre économique, « la beauté de São Paulo n’est pas une chose actuelle, mais future, elle n’est pas optique, mais réside dans son énergie, son dynamisme ».
Les descriptions et les sujets abordés sont d’une perspicacité à peine croyable, on en oublierait que ce livre a été écrit il y soixante-dix ans, alors que le Brésil comptait moins de 50 millions d’habitants et Sampa moins d’un million et demi. Et si cela est aujourd’hui largement reconnu, affirmer le potentiel du Brésil est en 1941 une position totalement nouvelle.

C’est au Brésil qu’il écrit son œuvre la plus connue, Le Joueur d’échec. Le 15 mai 1941, Stefan Zweig effectue une dernière conférence. Il s’installe avec sa seconde épouse, Lotte, à Pétropolis, où il fête son 60ème anniversaire. Le 22 février 1942, en plein carnaval et suite à l’annonce de la défaite des Britanniques à Singapour, Stefan Zweig et sa compagne mettent fin à leurs jours. Usé, celui qui se définissait comme « autrichien, juif, écrivain, humaniste, pacifiste », ne croit plus en ce Monde. Mais « nulle part ailleurs je n’aurais préféré édifier une nouvelle existence » écrit-il dans son message d’adieu.
Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil) mars 2011

http://www.casastefanzweig.org/sec_casa.php?sub=onde casa Stefan Zweig à Petropolis
http://www.ebooksbrasil.org/eLibris/paisdofuturo.html Version en ligne en portugais

BILLET D’HUMEUR – Adieu Belas Artes

Cela fait aujourd’hui une semaine que le plus connu des cinémas paulistes a fermé ses portes, et aucune bonne surprise de dernière minute n’est venue le sauver. Un grand lieu de la culture disparaît, pour être remplacé par un magasin. Dernier coup de projecteur…

Je ne suis pas née à São Paulo, je suis ce que l’on nomme « pauliste d’adoption », comme beaucoup de gens ici d’ailleurs. Et le Belas Artes ne faisait partie de mon quotidien que depuis quelques mois. Idéalement situé au coeur de São Paulo, inutile de consulter les séances avant d’y aller, la programmation suffisait à nous guider. Le verdict est tombé, après de nombreux espoirs de sauvetage. Impossible pour moi ce soir là de ne pas aller à la dernière.

Jeudi 17 mars 2011, 20h. Il y a foule au n°2423 de la Rua da Consolação. S’il n’y avait pas de pancartes ni de slogans, on pourrait croire que c’est une soirée comme les autres. Une longue file patiente calmement devant la bilheteria, mais pas de films récents au programme. De grands classiques pour finir en beauté, la Dolce Vita de Fellini, le Guépard de Visconti. Dans la rue, les discussions n’en finissent pas, chacun ayant son avis sur la position à prendre quant à cette fermeture. Puis des fidèles des salles obscurs prennent la parole, sous les flashs des nombreux journalistes présents. « Cinema, sim. Loja, não ». Fondé en 1943, sous le nom de Cine Ritz, puis Cine Trianon pour prendre son nom définitif en 1967, il avait survécu à la dictature et à un incendie en 1982. C’est la (dé)raison économique qui aura eu raison du Belas Artes. Suite à une augmentation du loyer par le propriétaire, exigeant 150.000 reais mensuels – contre 60.000 auparavant – et le retrait de son partenaire HSBC, l’aventure s’arrête là.

Deise Perin, ex-gérant, a annoncé que le cinéma rouvrirait prochainement dans un autre lieu. « Nous avons perdu la bataille, mais pas la guerre » nous annonce-t-il en personne avant la dernière séance. Ses défenseurs avaient tout tenté :  une pétition sur internet regroupant plus de 16.000 signatures, un recours au Conseil Municipal avait même été déposé pour classer le lieu au patrimoine de São Paulo. Avant la dernière projection, une campagne contre le piratage des films passe. Plus de popcorn, plus de grand écran, plus de sièges en velours rouge, plus de bande-annonces, plus de moments partagés avec ses amis… Voilà ce que l’on perd. Et même si les cinémas des shoppings ont théoriquement tout cela, ils manquent terriblement de charme. Et de caractère, la programmation étant souvent limitée à des œuvres très commerciales.

J’avais choisis – je dois l’avouer par hasard car celui que je voulais voir était complet –  un film… qui s’avère être un chef-d’oeuvre muet de 1925 : L’aigle noir avec Rudolf Valentino. Un petit bonheur cinématographique.

Pour terminer cette despedida, je vous invite à lire ce texte de Philippe Delerm, issu de La première gorgée de bière « Ce n’est pas vraiment une sortie, le cinéma. On est à peine avec les autres. Ce qui compte, c’est cette espèce de flottement ouaté que l’on éprouve en entrant dans la salle. Le film n’est pas commencé ; une lumière d’aquarium tamise les conversations feutrées. Tout est bombé, velouté, assourdi. La moquette sous les pieds, on dévale avec une fausse aisance vers un rang de fauteuils vide. On ne peut pas dire qu’on s’assoie, ni même qu’on se carre dans son siège. Il faut apprivoiser ce volume rebondi, mi-compact, mi-moelleux. On se love à petits coups voluptueux. […] Au cinéma, on ne se découvre pas. On sort pour se cacher, pour se blottir, pour s’enfoncer. On est au fond de la piscine, et dans le bleu tout peut venir de cette fausse scène sans profondeur, abolie par l’écran. »

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) Mars 2011

Pour signer la pétition : http://www.abaixoassinado.org/abaixoassinados/7873

 

BILLET D’HUMEUR – Adieu Belas Artes

Cela fait aujourd’hui une semaine que le plus connu des cinémas paulistes a fermé ses portes, et aucune bonne surprise de dernière minute n’est venue le sauver. Un grand lieu de la culture disparaît, pour être remplacé par un magasin. Dernier coup de projecteur…

 

Je ne suis pas née à São Paulo, je suis ce que l’on nomme « pauliste d’adoption », comme beaucoup de gens ici d’ailleurs. Et le Belas Artes ne faisait partie de mon quotidien que depuis quelques mois. Idéalement situé au coeur de São Paulo, inutile de consulter les séances avant d’y aller, la programmation suffisait à nous guider. Le verdict est tombé, après de nombreux espoirs de sauvetage. Impossible pour moi ce soir là de ne pas aller à la dernière.

 

Jeudi 17 mars 2011, 20h. Il y a foule au n°2423 de la Rua da Consolação. S’il n’y avait pas de pancartes ni de slogans, on pourrait croire que c’est une soirée comme les autres. Une longue file patiente calmement devant la bilheteria, mais pas de films récents au programme. De grands classiques pour finir en beauté, la Dolce Vita de Fellini, le Guépard de Visconti. Dans la rue, les discussions n’en finissent pas, chacun ayant son avis sur la position à prendre quant à cette fermeture. Puis des fidèles des salles obscurs prennent la parole, sous les flashs des nombreux journalistes présents. « Cinema, sim. Loja, não ». Fondé en 1943, sous le nom de Cine Ritz, puis Cine Trianon pour prendre son nom définitif en 1967, il avait survécu à la dictature et à un incendie en 1982. C’est la (dé)raison économique qui aura eu raison du Belas Artes. Suite à une augmentation du loyer par le propriétaire, exigeant 150.000 reais mensuels – contre 60.000 auparavant – et le retrait de son partenaire HSBC, l’aventure s’arrête là.

 

Deise Perin, ex-gérant, a annoncé que le cinéma rouvrirait prochainement dans un autre lieu. « Nous avons perdu la bataille, mais pas la guerre » nous annonce-t-il en personne avant la dernière séance. Ses défenseurs avaient tout tenté : une pétition sur internet regroupant plus de 16.000 signatures, un recours au Conseil Municipal avait même été déposé pour classer le lieu au patrimoine de São Paulo. Avant la dernière projection, une campagne contre le piratage des films passe. Plus de popcorn, plus de grand écran, plus de sièges en velours rouge, plus de bande-annonces, plus de moments partagés avec ses amis… Voilà ce que l’on perd. Et même si les cinémas des shoppings ont théoriquement tout cela, ils manquent terriblement de charme. Et de caractère, la programmation étant souvent limitée à des œuvres très commerciales.

 

J’avais choisis – je dois l’avouer par hasard car celui que je voulais voir était complet – un film… qui s’avère être un chef-d’oeuvre muet de 1925 : L’aigle noir avec Rudolf Valentino. Un petit bonheur cinématographique.

 

Pour terminer cette despedida, je vous invite à lire ce texte de Philippe Delerm, issu de La première gorgée de bière « Ce n’est pas vraiment une sortie, le cinéma. On est à peine avec les autres. Ce qui compte, c’est cette espèce de flottement ouaté que l’on éprouve en entrant dans la salle. Le film n’est pas commencé ; une lumière d’aquarium tamise les conversations feutrées. Tout est bombé, velouté, assourdi. La moquette sous les pieds, on dévale avec une fausse aisance vers un rang de fauteuils vide. On ne peut pas dire qu’on s’assoie, ni même qu’on se carre dans son siège. Il faut apprivoiser ce volume rebondi, mi-compact, mi-moelleux. On se love à petits coups voluptueux. […] Au cinéma, on ne se découvre pas. On sort pour se cacher, pour se blottir, pour s’enfoncer. On est au fond de la piscine, et dans le bleu tout peut venir de cette fausse scène sans profondeur, abolie par l’écran. »

 

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo)

 

Pour signer la pétition : http://www.abaixoassinado.org/abaixoassinados/7873

 

ART – Carlos Oswald, pionnier de la gravure brésilienne

Auteur du dessin final du Christ Rédempteur, peintre et graveur, Carlos Oswald (1882-1971) est un des grands noms ayant marqué l’Histoire de l’Art au Brésil et les Beaux-Arts de Rio. Suite à l’exposition de ses oeuvres à la Caixa Cultural d’abord de Rio, puis de São Paulo, retour sur le parcours d’un homme ayant dédié sa vie à sa passion

Du talent dans les veines
Carlos Oswald est né en 1882 à Florence, et est le fils aîné du compositeur brésilien Henrique Oswald. De son père, il a des origines suisses-allemandes et italiennes, tandis que du côté de sa mère ses ancêtres sont français et toscans. De nombreux Brésiliens en voyage en Europe passent par chez la famille Oswald, égayant la curiosité du jeune homme à l’égard du pays de son père. Carlos étudie pendant un temps le violon, mais sa grande timidité l’handicape. Il pense alors pour son avenir à l’ingénierie ou l’architecture, mais c’est finalement vers les Beaux-Arts qu’il se tourne. Il commence alors à peindre, notamment des portraits, inspirés par les impressionnistes français.

C’est en 1904 – alors que son père est nommé Directeur de l’Ecole Nationale de Musique de Rio de Janeiro – que l’artiste italo-brésilien commence à envoyer des oeuvres au Brésil pour qu’elles y soient exposées. Il lui faudra attendre 1906 pour fouler le sol brésilien ; son émotion est alors grande. Il est logé à Tijuca et s’émerveille devant la beauté de Rio de Janeiro. Il prend alors comme sujets de ses oeuvres le Jardin Botanique, la baie ou encore la forêt tropicale. Et c’est la gravure qu’il choisit comme méthode, à l’époque inconnue outre-Atlantique. Sa première exposition individuelle à Rio a lieu en 1907. Les critiques lui sont largement favorable et c’est fort de ce nouveau succès qu’il rentre en Italie.

La reconnaissance
En 1910, le Gouvernement Brésilien l’invite à décorer la salle de musique du pavillon à l’Exposition Universelle de Turin. Carlos Oswald sillonne l’Europe et fréquente les plus grands maîtres. En 1913, il part pour un voyage temporaire au Brésil en compagnie de son frère Alfredo, mais la Première Guerre Mondiale fera durer ce séjour. Carlos s’intègre alors au milieu artistique carioca et fonde la première école de gravure du Brésil. C’est en 1918 que sa carrière décolle réellement. La même année, il se lie d’amitié avec Paul Claudel. Avec le temps, ses oeuvres se teintent de sujets religieux. Il enseigne également au Liceu de Artes e Ofícios et a comme élèves de nombreux artistes célèbres par la suite comme, Raimundo Cela (1890-1954), Lasar Segall (1891-1957), Oswaldo Goeldi (1895–1961), Lívio Abramo (1903–1992) ou encore Fayga Ostrower (1920-2001).

Consulté en 1930 par Heitor da Silva Costa lors de la construction du Christ Rédempteur, Carlos Oswald fait des études et des dessins de la statue et de ses détails. L’idée d’un Christ les bras tendus, identifiable de loin comme une croix, serait une idée de l’artiste. Carlos Oswald sera par la suite l’auteur de nombreuses oeuvres sacrées et décorera de nombreuses églises. Parmi les plus connues se trouvent les vitraux de Santa Teresinha do Túnel. Il participe en 1946 à la création de  la Sociedade Brasileira de Arte Cristã.  Il transmet également son savoir lors de cours de gravure à l’Institut Getulio Vargas. Carlos Oswald meurt à Pétropolis en 1971.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Rio de Janeiro)  lundi 7 février 2011

Informations :
Vous pouvez admirer les gravures de Carlos Oswald au Museu Nacional de Belas Artes
A lire – Carlos Oswald, 1882-1971 : Pintor da luz e dos reflexos, de Mario Isabel Oswald Monteiro,  Casa Jorge Editorial, 2000