RESEAUX SOCIAUX – Le Brésil, pays d’Orkut dans un monde de Facebook

Orkut, vous connaissez ? Deux tiers des internautes brésiliens l’utilisent. Tandis que Facebook domine sans conteste internet avec plus de 590 millions de visiteurs dans le monde en janvier 2011, loin devant son principal concurrent Twitter, les Brésiliens font office d’exception avec une large préférence pour Orkut, réseau social développé par Google. Jusqu’à quand ?

Le principe des deux sites est le même : développer son réseau et rester en contact avec ses amis, et les amis de ses amis, ainsi de suite. Si vos connaissances sont sur un site, vous avez tout intérêt à vous inscrire sur celui-ci. En matière de choix de réseau social, le Brésil – désormais au 8ème rang mondial en nombre d’internautes* – se démarque du reste du monde en étant connecté principalement sur Orkut.

7 ans de succès croissant
Le réseau a été créé début 2004 par un ingénieur de Google Turquie, Orkut Büyükkökten et était à ses débuts très simple. Pour y entrer, on devait y être invité. Très vite, le site est venu se placer en tête des fréquentations internet, et grâce à de nombreuses modifications – on parle de 30.000 depuis les débuts – il a su s’installer et fidéliser ses utilisateurs. 2005 est l’année de la consécration, celle de la traduction du site en portugais conquérant une bonne fois pour toute les Brésiliens.

L’année suivante, l’entreprise est attaquée en justice par l’Etat brésilien à cause de certains contenus qui appelaient à la violence, notamment au racisme et à l’homophobie.

Le Brésil étant le principal pays utilisateur d’Orkut au niveau mondial – 50,60% des inscrits sont Brésiliens, suivi de l’Inde avec 20% – la gestion du site est déléguée à Google Brésil à partir de 2008.

Qui utilise le plus Orkut ?
Actuellement, 75% des internautes brésiliens, tous types d’accès confondus (domicile, cyber café,  collectivité), auraient un compte Orkut*. Pour donner un élément de comparaison, aux Etats-Unis, 51% des websurfeurs ont un compte Facebook. Seule la Turquie, avec 82% de possession de compte facebook, atteint un tel score**.

Le magazine Epoca, dans un article sur le sujet datant de fin mars, publie des statistiques intéressantes sur le profil des utilisateurs. En ressort le fait qu’il y a plus de femmes que d’hommes sur Orkut (54%/ 46%), tandis que sur les autres réseaux – Facebook, Twitter et Linkedln –  il y a deux fois plus d’hommes que de femmes. Quant au niveau d’études, les chiffres montrent que les utilisateurs d’Orkut sont principalement sans diplôme, seuls 11% ont complété leurs études supérieurs. Rappelons que Facebook avait été créé à ses débuts pour les étudiants de grandes écoles américaines. Du côté de la moyenne d’âge, Facebook concernerait en priorité un public plus âgé. 39% des « Orkutiens » ont moins de 17 ans, 37 % entre 17 et 35 ans.

Orkut vs. Facebook
Les derniers chiffres publiés par Comscore révèlent que le réseau créé par Mark Zuckerberg rattrape à grands pas son concurrent, atteignant la moitié du nombre de visiteurs uniques (17,92 millions pour Facebook, 32,4 millions pour Orkut). Il y a un an, le géant américain avait à peine 5 millions de visiteurs au Brésil, contre 24,6 millions pour le site de Google. Outre le fait qu’Orkut continue à croitre, beaucoup disent que ce dernier ne va pas garder sa position dominante longtemps.

On peut tout à fait avoir un compte de chaque réseau me direz-vous… Sauf que les chiffres montrent que si 88,5% des utilisateurs de Facebook utilisent également Orkut, la réciproque n’est pas vraie puisque 32,5% des utilisateurs du second se connectent sur le réseau américain. La bataille entre Orkut et Facebook fait rage, il n’y a visiblement pas de place pour deux réseaux sociaux proposant le même service au Brésil. Les deux entreprises se lancent dans une course à la séduction des internautes brésiliens, pour gagner chaque jour un peu plus d’adhérents. Dernière grande tendance : les jeux en ligne qui cartonnent sur les deux sites et sont très lucratifs.

Plus intuitif et personnalisable, Orkut se démarque en jouant la carte du « réseau social des Brésiliens », adapté à leurs attentes. Ce qui n’est pas le cas de son concurrent qui lui surfe sur l’américanisme à la mode. Combien de temps avant que Facebook ne vienne à bout de son rival au Brésil ?

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil )

*Comscore  “Estado da Internet“
** DoubleClickAd Planner
http://www.scribd.com/doc/48622322/ComScore-SOI-Brazil-Webinar-Feb-2011

SOCIETE – Femmes en politique, bilan et perspectives

Alors que le Brésil a rejoint depuis peu le clan select des États dirigés par une femme, les chiffres montrent que celles-ci restent sous-représentées dans le monde politique brésilien. 79 ans après l’obtention du droit de vote pour les femmes, retour sur un long combat pour l’égalité et point sur la situation actuelle

Deux des trois favoris de la dernière présidentielles étaient des femmes. Mais si, avant la campagne, les analystes prévoyaient une hausse d’au moins 10% du nombre de femmes élues à la Chambre Fédérale. La réalité s´est révélée tout autre : 44 élues députés fédérales,soit même pas les 9%. Malgré les mesures de quotas, les chiffres stagnent.

Une progression constante
C’est en 1932, sous le Gétulio Vargas, que les femmes acquièrent au Brésil la citoyenneté et par la même le droit de vote. En 1928, l’Etat du Rio Grande do Sul, en précurseur, avait nommé comme maire de Laje une femme, Alzira Soriano. Le mouvement féministe est déjà à l’époque très actif, avec de grands noms comme Leolinda de Figueiredo Daltro ou Bertha Lutz, présidente à l’époque de la Federação Brasileira pelo Progresso Feminino. L’année suivante, Carlota Perreira de Queiros est la première femme élue, comme député fédéral. En 1979, les femmes entrent au Sénat avec Eurice Michiles. Puis, dans les années 80, Esther de Figueiredo Ferraz obtient le premier poste de Ministre (Educação e Cultura). Il faut encore attendre 1989 pour qu’une femme se présente aux élections présidentielles avec Maria Pio de Abreu pour le Parti National. Enfin, en 1995, Roseana Sarney est la première gouverneur d’Etat.

Plus de candidates, pas plus d’élues
En 1996, le Congrès National prend une mesure pour enrayer l´inégalité des sexes dans la vie politique. Le Brésil est alors le quatrième pays d’Amérique Latine à adopter le système de quotas pour les partis (après l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay). La loi impose dès lors un minimum de 20% de femmes parmi les candidats de chaque parti, taux qui passe à 25 % en 1998 puis à 30% en 2000. Et malgré les différentes interprétations des Tribunaux Électoraux des Etats fédérés, les divers clans politiques se plient à la règle. Mais force est de constater que si le nombre de candidates augmentent, le nombre d’élues ne varient que peu. À noter, de manière générale, plus de femmes ont été élues au Nord du Pays où le taux dépasse les 12%. Au sein des partis, ce sont le Parti Travailliste avec 11 femmes sur 254 élus et le Parti Communiste avec 11 femmes pour 34 sièges qui arrivent en tête de la représentation féminine.

Lúcia Avelar, professeure et directrice de l’Institut de Sciences Politiques à l’Université de Brasilia remarque également dans une étude datant de 2007 un fait révélateur : la grande majorité des femmes sur le scène politique sont associées au nom de leur mari ou d’un de leur proche. Elle ajoute que cela est liée à une tradition politique très forte de domination masculine qui a toujours existé dans le pays. Mais le sociologue Antônio Augusto nuance ce phénomène en expliquant que, selon lui, cette tendance est à la baisse et que ces femmes ont généralement leurs propres idées et un positionement plus progressiste. Localement, de grands noms féminins émergent comme Marta Suplicy, Marina Silva ou encore Rose de Freitas. Reste que selon une étude de l’Ence, le Brésil ne se classerait qu´en 111ème position en terme de proportion féminine au Parlement, son voisin argentin étant quant à lui 11ème…

Quelles perspectives ?
Il est évident que l’élection d’une femme à la présidence de la République a ravivé les espoirs de voir celles-ci gagner de l’importance dans le monde politique. Dès le début de son mandat, Dilma Rousseff a insisté sur le fait qu’elle serait le porte-parole de la cause féminine et que des mesures de renfort seraient prises, notamment dans la lutte contre les violences conjugales. Cela avait déjà commencé sous Lula avec la Loi Maria da Penha d’Aout 2006 qui a alourdit les peines en la matière. Mais pour certaines, si l’élection de Dilma représente une avancée certaine, elle ne doit pas faire oublier la sous-représentation générale des femmes. Lilian Martins, secrétaire à la Santé de l’Etat de Piaui, explique dans une interview pour le journal 45 graus que « la présidente, si elle est un exemple, ne doit pas rester une exception ».

Puisque les quotas semblent inefficaces, que faire alors pour que les femmes gagnent réellement du terrain ? Pour Vanessa Grazziotin, la solution se trouverait dans le scrutin de liste paritaire et le financement public de la campagne. « L’idéal serait comme dans certains pays un scrutin de liste où pour deux hommes une femme serait élue ». La sénatrice communiste fait partie de la Commission de Réforme Politique qui travaille actuellement sur des mesures pour étudier des améliorations démocratiques, notamment vis à vis de la représentation des femmes et des partis minoritaires.

Rendez vous au prochain scrutin pour voir si l’élection d’une femme à la tête du pays aura changé les tendances et les mentalités.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil)  Mars 2011

 

SOCIETE – Femmes en politique, bilan et perspectives

 

Alors que le Brésil a rejoint depuis peu le clan select des États dirigés par une femme, les chiffres montrent que celles-ci restent sous-représentées dans le monde politique brésilien. 79 ans après l’obtention du droit de vote pour les femmes, retour sur un long combat pour l’égalité et point sur la situation actuelle

 

Deux des trois favoris de la dernière présidentielles étaient des femmes. Mais si, avant la campagne, les analystes prévoyaient une hausse d’au moins 10% du nombre de femmes élues à la Chambre Fédérale. La réalité s´est révélée tout autre : 44 élues députés fédérales,soit même pas les 9%. Malgré les mesures de quotas, les chiffres stagnent.

Une progression constante

C’est en 1932, sous le Gétulio Vargas, que les femmes acquièrent au Brésil la citoyenneté et par la même le droit de vote. En 1928, l’Etat du Rio Grande do Sul, en précurseur, avait nommé comme maire de Laje une femme, Alzira Soriano. Le mouvement féministe est déjà à l’époque très actif, avec de grands noms comme Leolinda de Figueiredo Daltro ou Bertha Lutz, présidente à l’époque de la Federação Brasileira pelo Progresso Feminino. L’année suivante, Carlota Perreira de Queiros est la première femme élue, comme député fédéral. En 1979, les femmes entrent au Sénat avec Eurice Michiles. Puis, dans les années 80, Esther de Figueiredo Ferraz obtient le premier poste de Ministre (Educação e Cultura). Il faut encore attendre 1989 pour qu’une femme se présente aux élections présidentielles avec Maria Pio de Abreu pour le Parti National. Enfin, en 1995, Roseana Sarney est la première gouverneur d’Etat.

 

Plus de candidates, pas plus d’élues

En 1996, le Congrès National prend une mesure pour enrayer l´inégalité des sexes dans la vie politique. Le Brésil est alors le quatrième pays d’Amérique Latine à adopter le système de quotas pour les partis (après l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay). La loi impose dès lors un minimum de 20% de femmes parmi les candidats de chaque parti, taux qui passe à 25 % en 1998 puis à 30% en 2000. Et malgré les différentes interprétations des Tribunaux Électoraux des Etats fédérés, les divers clans politiques se plient à la règle. Mais force est de constater que si le nombre de candidates augmentent, le nombre d’élues ne varient que peu. À noter, de manière générale, plus de femmes ont été élues au Nord du Pays où le taux dépasse les 12%. Au sein des partis, ce sont le Parti Travailliste avec 11 femmes sur 254 élus et le Parti Communiste avec 11 femmes pour 34 sièges qui arrivent en tête de la représentation féminine.

 

Lúcia Avelar, professeure et directrice de l’Institut de Sciences Politiques à l’Université de Brasilia remarque également dans une étude datant de 2007 un fait révélateur : la grande majorité des femmes sur le scène politique sont associées au nom de leur mari ou d’un de leur proche. Elle ajoute que cela est liée à une tradition politique très forte de domination masculine qui a toujours existé dans le pays. Mais le sociologue Antônio Augusto nuance ce phénomène en expliquant que, selon lui, cette tendance est à la baisse et que ces femmes ont généralement leurs propres idées et un positionement plus progressiste. Localement, de grands noms féminins émergent comme Marta Suplicy, Marina Silva ou encore Rose de Freitas. Reste que selon une étude de l’Ence (A TROUVER), le Brésil ne se classerait qu´en 111ème position en terme de proportion féminine au Parlement, son voisin argentin étant quant à lui 11ème…

 

Quelles perspectives ?

Il est évident que l’élection d’une femme à la présidence de la République a ravivé les espoirs de voir celles-ci gagner de l’importance dans le monde politique. Dès le début de son mandat, Dilma Rousseff a insisté sur le fait qu’elle serait le porte-parole de la cause féminine et que des mesures de renfort seraient prises, notamment dans la lutte contre les violences conjugales. Cela avait déjà commencé sous Lula avec la Loi Maria da Penha d’Aout 2006 qui a alourdit les peines en la matière. Mais pour certaines, si l’élection de Dilma représente une avancée certaine, elle ne doit pas faire oublier la sous-représentation générale des femmes. Lilian Martins, secrétaire à la Santé de l’Etat de Piaui, explique dans une interview pour le journal 45 graus que « la présidente, si elle est un exemple, ne doit pas rester une exception ».

 

Puisque les quotas semblent inefficaces, que faire alors pour que les femmes gagnent réellement du terrain ? Pour Vanessa Grazziotin, la solution se trouverait dans le scrutin de liste paritaire et le financement public de la campagne. « L’idéal serait comme dans certains pays un scrutin de liste où pour deux hommes une femme serait élue ». La sénatrice communiste fait partie de la Commission de Réforme Politique qui travaille actuellement sur des mesures pour étudier des améliorations démocratiques, notamment vis à vis de la représentation des femmes et des partis minoritaires.

 

Rendez vous au prochain scrutin pour voir si l’élection d’une femme à la tête du pays aura changé les tendances et les mentalités.

 

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil)

 

 

 

Brésil : Retour sur la campagne électorale

Le 31 octobre dernier, le peuple brésilien a désigné Dilma Roussef (Parti Travailliste) comme future chef d’Etat à compter du 1er janvier 2011. À la veille du scrutin, les sondages donnaient Dilma Roussef gagnante au 1er tour, la campagne, qui devait être sans surprise, a néanmoins comporté sa part d’inattendu

La machine électorale brésilienne est gigantesque, les 136 millions d’électeurs devant voter le même jour pour le président, les députés fédéraux, les gouverneurs …. À cela s’ajoute le caractère obligatoire du vote: les citoyens ne se présentant pas devant les urnes risquent amende et complications administratives par la suite.

Lula, maître du jeu
Dilma, auparavant Ministre de la Casa Civil (équivalent du premier ministre), benéficiait depuis le début de la campagne de l’appui assumé du président sortant Lula Ignacio da Silva. La Constitution limitant le nombre de mandats consécutifs à la présidence à deux ;  Lula, bien que doté d’une popularité très élevée, ne pouvait se représenter. En effet, peu avant le début de la campagne, le président sortant jouissait, selon les sondages, de 85% de satisfaction.

Lors de sa présidence, il a pu compter sur une conjoncture économique très favorable. Entre 2002 et 2010, le salaire minimum est passé de 200 à 500 R$, le taux de chômage est tombé de 11,7% à 6,2% et le volume des crédits à la consommation a été multiplié par 5. En outre, le nombre de foyers bénéficiant de la Bolsa Familia – aide financière aux familles nécessiteuses – est passé de 3,6 millions à 12,7 millions.

Dilma en ballotage
Cependant, Dilma s´est avérée rapidement moins charismatique que Lula. De plus  face à elle, deux sérieux opposants sont venus compléter le trio de tête : José Serra, social démocrate ex-gouverneur de l’Etat de São Paulo et Marina  da Silva, candidate du  parti vert.  La grande surprise du premier tour a été le score de Marina da Silva recueillant plus de 20% des votes. Conséquence de ce résultat inattendu : une mise en ballotage de Dilma qui n´a pu récolter que 46,5 % des suffrages exprimés face au 32,7 % de José Serra.  Les deux tours étant espacés d´un mois, la campagne a pu reprendre de plus belle. Les consignes de vote de Marina da Silva pouvant être décisives, tous les regards se sont alors tournés vers elle et ses 20 millions de voix. Après un silence  de plusieurs semaines, elle a finalement refusé d´accorder un quelconque soutien, allant même jusqu´à émettre de vives critiques à l´égard des deux candidats en lice.

Le religion au premier plan
Elément perturbateur du second volet de la campagne: la religion, les églises jouant au Brésil un rôle central dans la vie politique, le thème de l´avortement s´est retrouvé au centre du débat, ébranlant les deux candidats. Dilma Roussef a été souspconnée d’avoir eu recours à cette pratique et de vouloir la légaliser, il s´est même dit qu´elle n’était pas passée au premier tour en raison d´un boycott des évangélistes. José Serra n’a pas non plus été toujours ferme sur sa volonté de maintenir l’interdiction de l’avortement. Les deux candidats se sont donc lancés dans un numéro de charme à l’égard de l´Eglise, pour rallier les électeurs encore hésitants.

Au cours du  mois, l´écart s´est creusé entre les deux candidats au profit de la dauphine de Lula, de plus en plus virulente. Peu avant le second tour, les sondages prévoyaient une nette avance pour Dilma Roussef, devançant de 12 à 15 points son adversaire social-démocrate. Sans grande surprise donc, le 31 octobre, jour du scrutin, Dilma Roussef a été élue par 55,7 millions de brésiliens (56 % des voix), soit 12 millions de plus que José Serra. Elle devient donc avec une large avance la première femme présidente du Brésil.

Une victoire à la pyrrhus pour la démocratie?
Mais ce qui a sans doute le plus marqué ces élections est le sentiment de défiance et de lassitude des citoyens à l’égard de la classe politique. Au second tour, le niveau d’abstention a dépassé les 21%, taux considérable eut égard au caractère obligatoire du vote. En cause : les nombreux scandales de corruption ayant marqué la vie politique brésilienne ces dernières années ainsi que les candidats eux-mêmes. Autre exemple  de ce phénomène, la victoire écrasante dans l’Etat de São Paulo du député Tiririca, clown de profession et analphabète, ayant comme slogan «  – Vous ne savez pas à quoi sert un député ? – Moi non plus, mais élisez-moi et on verra ! »

Clémentine VAYSSE pour Elections-Politique-Citoyen – Novembre 2010 

EDUCATION – De l’innovation pédagogique : les CEU

Avec 57 millions d’élèves et 2,5 millions de professeurs, le système éducatif brésilien est bien plus souvent évoqué pour ses lacunes que pour ses avancées. Focus sur un projet novateur mis en place à São Paulo, les Centres d’Education Unifiés

Bienvenu dans des écoles un peu spéciales, les Centros Educacionais Unificados (Centres d’Education Unifiés – CEU) où l’on est bien loin de la simple salle de classe. Ici, tous les âges se cotoîent, de la maternelle au lycée. Un théâtre, des nombreuses installations sportives (y compris une piscine), une grande bibliothèque, une salle informatique sont à la disposition des élèves. La devise de ces CEU fait rêver : “Donner une éducation intégrale”.

Genèse du projet et mise en oeuvre
L’initiative revient à Marta Suplicy lors de sa première année de mandat en 2001. Un projet du même type – Escola Parque – avait été mis en place à Salvador entre 1948 et 1952 par Diogenes Rebouças et Helio Duarte.
On compte à ce jour 45 CEU, acceuillant plus de 120.000 élèves. Ce sont des structures publiques créées par le Secrétariat Municipal à l’Education de la ville de São Paulo, la majorité étant située en périphérie de l’agglomération. Les CEU se veulent être des pôles de développement des enfants et des jeunes, de développement de la communauté et d’innovation pédagogique.

Grande nouveauté, le personnel éducatif est en perpétuelle formation et se réunit plusieurs heures par semaine pour accompagner au mieux les élèves. En outre, l’école accueille les enfants qui le souhaitent le dimanche ainsi qu’en dehors des horaires de classe. Pas de doute, les CEU sont de véritables lieux de vie, de rencontre. Ils sont divisés en différents bâtiments en fonction des âges et des activités. Les CEU ont, en plus de leur vocation sociale, éducative et sportive, la volonté d’oeuvrer pour la diversité culturelle. Cela passe notamment par des projets sur de nombreux thèmes pour stimuler la curiosité des enfants comme sur l’Histoire africaine ou la culture française.

Le CEU Azul de Cor de Mar
Ce centre se trouve à Itaquera, dans le sud de São Paulo et a été inauguré en octobre 2007 par Gilberto Kassab. Sa construction a coûté plus de 25 millions de reais et sa superficie est de 12.000 mètres carrés. Entre les élèves et les professeurs, ce sont 5.000 personnes qui fréquentent quotidiennement cette école un peu particulière. Comme tous les autres CEU, elle comporte un bloc didactique avec un Centre d’Education Infantile pour les 0-3 ans, une Ecole Municipale d’Ecole Infantile pour les 3-6 ans, une Ecole Municipale d’Education Fondamentale et un Centre d’Education pour Jeunes et Adultes. Mais il y a un important bloc sportif et culturel avec une grande piscine, des salles de sport, une bibliothèque, une salle informatique…
Les activités proposées sont si nombreuses qu’il est difficile de les compter ! Le centre a par exemple sa propre radio, tenue par des élèves. Les enfants ne viennent pas seulement pour les cours, mais y restent autant qu’ils le désirent. Il y a même un coiffeur qui vient couper gratuitement les cheveux des élèves ! L’équipe pédagogique fait preuve d’un réel dynamisme et tout est mis en place pour que les enfants soient le mieux possible, qu’ils ne voient pas l’école comme une punition.

Bien sûr, il est des personnes qui dénoncent le coût trop élevé de ce type de projet. Et si pour l’instant il est impossible d’évaluer sur le long terme l’impact des CEU, il est évident que cela ne peut qu’aider les élèves à se sentir plus impliqués à l’école, et ainsi mieux intégrés. L’éducation fait partie de ces domaines où il faut sortir de la logique coût-bénéfice –  mais aussi des clivages politiques – pour effectuer un travail de fond,   pour que l’école joue son rôle d’ascenseur social, qu’elle ne soit pas qu’un simple lieu de passage. Car comme l’a dit si justement Victor Hugo “Celui qui ouvre une porte d’école, ferme une prison”.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) mardi 30 novembre 2010

DOSSIER – Les nikkei, brésiliens d’origine japonaise (1/3)

Affiche pour l'immigration (années 30)

On estime à 1,5 millions le nombre de brésiliens descendants d’immigrés japonais, le Brésil étant le pays où l’on trouve le plus de japonais en dehors du Japon. Entre intégration et revendication identitaire, les nikkeis occupent une place particulière dans le patchwork de la société brésilienne. Lepetitjournal.com vous propose un dossier spécial sur la communauté japonaise au Brésil. Pour ce premier volet : un peu d’Histoire…

En 1908, le Kasato-Maru, accoste dans le port de Santos, transportant 781 japonais venant s’installer sur le sol brésilien. Cette expédition s’inscrit dans le cadre d’un accord diplomatique entre les deux pays, le Japon étant alors en pénurie alimentaire et le Brésil en manque de main d’œuvre. Les premiers japonais travaillent dans les plantations de café, tentant de s’adapter à des conditions de vie très différentes de celles du Japon. En trente ans,

Ryu Mizuno (centre) qui organisa le premier voyage

environ 200.000 japonais immigrent  et commencent à former des colonies autonomes. Dans les années 30, certains de ces japonais s’installent en Amazonie et parviennent à cultiver le poivre, ainsi que de nouveaux types de melons et de papayes. Par la suite, les nikkei commencent à s’implanter dans le commerce et l’industrie. Cette première génération, les « isseis », est marquée par une forte nostalgie de la terre natale et la volonté de perpétuer la tradition japonaise, ce qui entrave souvent leur intégration dans la société brésilienne.

Le tournant de la Seconde Guerre Mondiale
Après une pause pendant le début du conflit, l’immigration japonaise reprend mais rencontre des difficultés sous le gouvernement de Getulio Vargas. Lorsque le Brésil déclare la guerre au Japon, les nikkei sont persécutés, la langue et les manifestations culturelles japonaises sont interdites. L’immigration connait une nouvelle vague à partir de 1952. En parallèle, apparaît la seconde génération de nippo-brésiliens, les « nisseis », premiers japonais à naître sur le sol brésilien.  Cette période est également marquée par la décision pour beaucoup  d´entre eux de rester au Brésil. De nombreuses entreprises japonaises s’´y installent et participent au développement économique du pays. De 70 en 1962, on en compte plus de 250 dans les années 70, pour dépasser les 400 aujourd’hui.  Les nikkei de troisième génération sont appelés « sanseis » et constituent l’essentiel de la communauté japonaise actuelle. Ils ont une approche très particulière de la culture japonaise, et se revendiquent avant tout brésiliens. Quant à elles, les deux dernières générations, les yonseis et rokuseis, se sentent encore plus éloignées de la culture de leurs ancêtres. La majorité ne parle pas la langue et une grande partie des descendants de japonais sont de culte catholique, seul 25% ayant conservé le culte bouddhiste ou shinto.

Le retour à la Terre des Ancêtres

Pavillon japonais au Parc Ibirapuera (São Paulo)

En 1949, a lieu le premier voyage de nikkei au Japon en tant que touristes. Ces descendants de japonais ayant toujours vécu au Brésil découvrent la terre de leurs parents ou grands-parents. Dans les années 80, le Japon, en manque de travailleurs encourage le « retour au pays » des nippo-brésiliens. À la même époque sont aussi organisés les premiers échanges universitaires entre le Brésil et le Japon. Mais souvent les nikkei, bien qu’ayant grandi dans la culture japonaise, sont un peu perdus à leur arrivée sur le territoire japonais. L’immigration au Japon est considérée comme une chance pour les nikkei car les salaires y sont nettement plus élevés. Les dekasseguis comme on les nomme sont souvent ouvriers dans le secteur automobile ou électronique. Certains ne parlent pas la langue et se sentent en décalage avec ce pays qu’ils ont si souvent imaginé. Environ 300.000 japonais descendraient de nippo-brésiliens, constituant la plus grande communauté lusophone asiatique.
Mais avec la crise économique, une grande partie des dekasseguis, travailleurs brésiliens au Japon, ont dû rentrer au Brésil, perdant ainsi leur travail et subissant une perte de niveau de vie très importante. ‏Après une difficile adaptation au Japon, le retour des dekasseguis est souvent délicat car ils ne se sentent ni réellement brésiliens ni totalement japonais.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) lundi 11 octobre 2010.
A visiter :
Museu Histórico da Imigração Japonesa no Brasil
Rua São Joaquim, 381 – Liberdade
Ouvert du mardi au dimanche de 13h30 à 17h30
Entrée 5R$ (2,5 R$ pour les étudiants, 1R$ pour les enfants, gratuit pour les plus de 65 ans)

DOSSIER – Les nikkei, brésiliens d’origine japonaise (2/3)

Dans le cadre d’un dossier consacré à la communauté japonaise au Brésil, voici un second volet dédié à l’apport des nikkei dans la société brésilienne contemporaine. Si les nippo-brésiliens ont participé à la constitution du patchwork culturel qu’est le pays, l’influence est réciproque. En effet, la culture nippo-brésilienne aujourd’hui est dotée de particularités qui lui sont propres, se distinguant d’une simple exportation des us et coutumes japonais

La célébration du centenaire de l’immigration japonaise en 2008 a été l’occasion de s’intéresser de plus près à la culture des nikkeis, à son degré de similitude avec la culture japonaise contemporaine, à ses différences mais également à ce que les nippo-brésiliens ont apporté au pays. Dans une ville comme São Paulo où vivent plus de 370.000 nikkeis, il est des domaines où leur présence est ostensible, il en est d’autres où on la soupçonne bien moins.

Les améliorations en matière agricole et l’impact économique
A leur arrivée, les premiers japonais immigrés ont travaillé dans les exploitations de café mais très vite se sont tournés vers l’agriculture, les apports dans ce domaine étant très importants. Les immigrants japonais ont par exemple réussi, non sans peine au début, à cultiver des fruits et des légumes dans l’Amazonie, phénomène inédit en raison de l’hostilité du climat. Les Japonais ont amené au Brésil de nombreux fruits et légumes alors inconnus ici. En tout, ce serait plus d’une cinquantaine de produits alimentaires que l’on doit aux nikkeis parmi lesquels se trouvent le kaki, la pomme Fuji ou encore la fraise. Outre l’amélioration des techniques agricoles, les immigrants japonais sont à la base de l’introduction du soja et de ses différents usages. Ils ont également développé considérablement  l’aviculture brésilienne ainsi que la pêche.

L’immigration japonaise a aussi contribué au développement économique du pays, d’abord par le renfort en main d’œuvre puis par l’implantation sur le sol brésilien d’entreprises japonaises, surtout entre 1968 et 1973. Selon une enquête du JETRO – Organisation du Commerce Extérieur du Japon- réalisée en 1988, elles étaient à cette date plus de 500. Un accord de coopération économique entre le Brésil et le Japon a été mis en place au début des années 2000 pour faciliter les échanges de marchandises, succédant à des tentatives de projets nippo-brésiliens comme Centibar en 1974 (papier),  Albret en 1977 (aluminium) ou encore en 1982 Projet Carabes (minerais de fer)

Des activités revisitées à la « brésilienne »
Les immigrés japonais en s’installant au Brésil ont amené leurs pratiques culturelles et sportives. Ainsi, parmi les activités les plus courantes se trouvent l’origami ou le taïko – musique de percussion – et dans le domaine sportif le judo et le tennis de table. Selon la légende, ce sont également eux qui auraient  importé le baseball au Brésil  Ces activités traditionnelles  connaissent un regain d’intérêt parmi la dernière génération. Phénomène intéressant, il arrive que les pratiques culturelles des nikkeis soient celles des premiers immigrants, et non celles du Japon contemporain. Le karaoké a été amené par les immigrants japonais, faisant de nombreuses adeptes brésiliens.

Les nikkeis se sont également en quelque sorte réappropriés la culture brésilienne et crée des hybrides assez inattendus. On peut citer par exemple les écoles de samba nippo-brésiliennes, ou encore la sakerinha, caïpirinha à base de saké. De nombreuses cérémonies japonaises sont célébrées comme Tanabata Matsuri – Festival des étoiles- ou Hanamatsuri – fête des fleurs et anniversaire de Bouddha au mois d’avril, encore le Festival du Japon (juillet).

Au niveau gastronomique, l’immigration a apporté sa petite touche faisant découvrir aux Brésiliens les sushis qui sont désormais assez répandus, même dans les kilos ou autres restaurants populaires. Les temakis, sushis en « cône », sont quelque peu personnalisés à la brésilienne, puisque que parfois ils sont servis avec de la mayonnaise ou de la crème de fromage. Bien qu’étant un plat d’origine chinoise, le yakisoba – nouilles aux légumes et poulet –  est très apprécié des Brésiliens.

Et la politique dans tout ça ?
Le premier nikkei à entrer dans le monde politique a été Yukishige Tamura dans les années 50, en tant que député de l’Etat de São Paulo. Il a été élu pour représenter les intérêts des nippo-brésiliens suite au mécontentements de teinturiers japonais après l’adoption d’une mesure gouvernementale d’abaissement de leurs honoraires. Trois ans auparavant, il avait été le premier immigré japonais à exercer une fonction législative à la Chambre Municipale de São Paulo. La carrière politique de Yukushige Tamura ne s’arrêtera pas là puisqu’il siègera à l’Assemblée de l’Etat de São Paulo.

Par la suite, d’autres nikkeis se sont investis dans la vie politique du pays. En 1962, six nikkeis ont été élus lors des législatives. La même année,  Yoshifumi Uchiyama, Antonio Morimoto et Diogo Nomura ont été élus à São Paulo. En 1996, Curitiba, où vivent plus de 36.000 nikkeis, élit pour la première fois un maire nippo-brésilien, Cassio Taniguchi. Autre nikkei ayant marqué la vie politique brésilienne, Paulo Seiti Kobayashi  a été député à plusieurs reprises sous la présidence de Cardoso. Actuellement, trois nippo-brésiliens siègent à l’Assemblée Fédérale du Brésil.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) mercredi 10 novembre 2010

DOSSIER – Rencontre avec Ricardo Miyajima, photographe nippo-brésilien (3/3)

Pour ce dernier volet du dossier consacré à la communauté nippo-brésilienne à São Paulo, lepetitjournal.com vous propose un portrait : Ricardo Miyajima, jeune photographe nikkei

Ricardo Miyajima, 34 ans, est un sansei, c’est-à-dire qu’il fait partie de la troisième génération de descendants d’immigrés japonais. Après une formation en arts plastiques à São Paulo, il s’est tourné

vers la photographie et travaille actuellement pour Made in Japan – un journal en ligne traitant de la culture nippo-brésilienne. Le jeune homme parle japonais, mais avoue ne pas le maîtriser parfaitement. C’est en prenant des cours qu’il l’a finalem

Photo de Ricardo Miyajima

ent appris, la famille ne l‘employant pas. L’héritage japonais de ses parents, se retrouve, d’après lui, dans l’éducation qu’il a reçue. Ricardo pratique également des activités japonaises telles que le taïko, la cuisine japonaise ou encore la peinture traditionnelle. Si être nippo-brésilien influence son travail ? « C’est évident, selon lui, notamment au niveau de l’esthétique ». L’imaginaire japonais est omniprésent dans ses photographies et ses peintures, à travers les sujets choisis mais également le regard porté.

De son année vécue au Japon en 1993

Photo de Ricardo Miyajima

, il retient le se

ntiment d’une

« étrange familiarité ». Ses impressions sur le pays de ses ancêtres ont été assez paradoxales – «  Les personnes, les lieux et même les paysages me paraissaient naturels, comme si je revenais après une longue absence ». Il se souvient également d’avoir été surpris par le sens de l’organisation, de sécurité et aussi par la ponctualité des bus…

Cependant, le photographe n’imagine pas s’installer définitivement au Japon et y construire une famille. « La différence culturelle est énorme, mais celle des mentalités est bien plus grande encore ». Ricardo « préfère le relationnel brésilien ». Il déplore également le manque d’activités créatives, ce qui le gêne en tant qu’artiste. Il envisage toutefois de retourner là-bas de manière temporaire pour étudier. Ricardo se sent en effet très proche de la culture japonaise actuelle, elle fait partie de son identité. Pour lui, « elle n’est en aucun cas incompatible avec le fait d’être brésilien ».

Déjà connecté au Japon grâce à son activité, il pense que la prochaine génération de nippo-brésiliens sera encore un peu plus en relation avec la terre de leurs ancêtres. Cela est dû notamment au développement croissant des moyens de communication qui offrent désormais de nombreuses options pour découvrir de chez soi la culture japonaise, ce qui n’était pas le cas pour les générations précédentes.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo)

 

ENVIRONNEMENT – São Paulo, deux ans après la loi antipollution visuelle

Vous ne le remarquez peut-être plus et pourtant… Ce n’est pas rien. Les rues de la ville sont dépourvues depuis janvier 2007 de toutes formes de publicité. Louée par certains, contestée par d’autres, la loi Cidade Limpa luttant contre la pollution visuelle ne semble laisser personne de marbre

Si Andy Warhol affirmait que « toute publicité est une bonne publicité », elle est parfois devenue quelque peu envahissante. Les affiches publicitaires ont envahi toutes les métropoles et il y a encore trois ans à São Paulo, les excès de tout type se côtoyaient : publicités couvrant plusieurs étages sur les façades des immeubles, poteaux recouverts d’affichettes, distribution de flyers à chaque coin de rue… Si on peut zapper à la télévision, tourner la page d’un magazine ou encore changer de station radio pendant les créneaux publicitaires, on ne peut pas échapper aux affiches publicitaires dans la rue. De cette nuisance que constituent la « pub » et ses dérives est née la volonté politique de la réglementer.

Genèse d’un projet audacieux

L’idée de base n’était pas aussi radicale que l’interdiction pure et simple mais était plutôt d’encadrer la publicité dans les rues de la ville. Ainsi, le maire de la ville, Gilberto Kassab propose t’il au début de l’année 2006 une mesure concernant la publicité sur le mobilier urbain (kiosques à journaux, bus, taxis, abris bus…). Mais devant la complexité de déterminer les limites, émerge le projet d’une suppression générale de la publicité. D’abord minoritaire, le maire parvient à convaincre la chambre et la loi entre en application le 1er janvier 2007 malgré un recours pour inconstitutionnalité débouté. On imagine la colère des annonceurs publicitaires qui se voient ici privés d’une grande source de revenus. Presque 800 agents municipaux veillent à l’application stricte de la loi, les contrevenants risquant une amende de 10 000 R$.

São Paulo « libérée »

Une fois débarrassée de toutes ces publicités, São Paulo n’est plus la même et l’on redécouvre enfin son architecture et ses couleurs. Les effets sont très vite visibles, les habitants respirent et approuvent la mesure. Cela inspire même des artistes comme le photographe Tony de Marco qui fait plusieurs expositions de clichés montrant les panneaux publicitaires démontés. La presse internationale s’intéresse à cette loi inédite pour une ville d’une telle taille. D’autres villes commencent à étudier la question de la lutte contre la pollution visuelle comme Paris ou Rome, ce qui redonne de l’espoir aux grandes associations écologistes qui dénoncent les dérives publicitaires.

Toutefois, le caractère très restrictif de cette mesure ne va pas sans poser problème, surtout en période de campagne électorale. Ainsi, de légers aménagements ont été prévus mais les mécontentements se font entendre. Les publicitaires, eux, tentent de faire preuve de créativité pour pallier ces pertes et de nouveaux supports apparaissent. Peut-être ainsi avez-vous croisé des voitures bardées de publicité ou les fameux hommes-sandwichs ?

Quoi qu’il en soit, la ville a su se distinguer en montrant qu’elle était prête à faire des sacrifices pour le bien-être de tous et le problème de la pollution visuelle est désormais réglé. Mais comme quelques sceptiques ont dénoncé le caractère assez énigmatique de cette mesure dans une ville qui a bien d’autres défis à relever, il faut bien reconnaître qu’il reste celui, bien plus délicat, des autres pollutions.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) mardi 21 septembre 2010