LITTERATURE – Le Brésil de Stefan Zweig

Diverses sont les raisons qui ont poussé de nombreux européens à immigrer au Brésil pendant la Seconde Guerre Mondiale. L’écrivain autrichien Stefan Zweig a quitté le vieux continent en 1940, désespéré par la tournure que prenaient les événements. Du peu de temps qu’il a passé ici, est né un magnifique livre, hommage à son dernier voyage

Stefan Zweig n’a pas soixante ans quand il s’installe outre-Atlantique, mais est déjà un écrivain renommé. Lui qui a tant voyagé, ami des grands intellectuels, ne peut plus supporter « l’effroyable tension de l’Europe ». Conscient très tôt du danger du nazisme, il quitte l’Autriche – sa terre natale – en 1934. Il opte d’abord pour l’Angleterre, mais le danger étant trop grand, c’est vers les Etats-Unis qu’il s’oriente, puis vers le Brésil. Il connaît ce pays, qu’il a déjà visité en 1936 à l’occasion d’un Congrès à Buenos Aires. Il avoue arriver avec « la représentation moyenne et dédaigneuse des Européens et de l’Amérique du Nord ». L’écrivain va avoir une révélation pour ce nouveau pays.

Le Brésil, terre d’avenir
« Lorsque, dans notre temps bouleversé, nous voyons encore des zones d’espoir pour un nouvel avenir, il est de notre devoir d’attirer l’attention sur ce pays, sur ces possibilités » écrit Stefan Zweig pour justifier son nouvel ouvrage publié en 1941. Entre essai et carnet de voyage, Le Brésil, terre d’avenir renferme les impressions toutes fraîches de ce grand intellectuel. Nostalgique de l’Europe d’avant-guerre, il avait écrit auparavant Le Monde d’hier, tourné vers le passé. Parfois quelque peu naïfs, les propos de Zweig sur le Brésil n’en sont pas moins émouvants. Ayant effectué un important travail de recherche, il cerne parfaitement les grands traits de la culture et de l’Histoire et dresse un véritable éloge de cette terre d’accueil.

A l’époque, le Brésil n’est pourtant plus une démocratie. Depuis les élections de novembre 1937 et la nouvelle constitution, Getúlio Vargas a les plein-pouvoirs. Stefan Zweig passe outre l’Estado Novo, et préfère célébrer le pacifisme du Brésil, son absence de volonté de conquête et la paix sociale qui règne. « Il est touchant de voir les enfants aller bras dessus dessous, dans toutes les nuances de la peau humaine, chocolat, lait et café, et cette fraternité se maintient jusqu’aux plus hauts degrés, jusque dans les académies et les fonctions d’Etat » affirme-t-il, s’émerveillant devant cette Nation fondée sur le principe de mélange, à l’opposé de la conception dominante en Europe à cette époque.

« A la fois fasciné et bouleversé »
Telles sont ses impressions sur Rio de Janeiro, dont il vante sans fin la beauté. Mais cela peut décrire  son sentiment général vis-à-vis des nombreux voyages qu’il effectue à travers le pays. Bahia, Recife, Belem….  « A la fin du voyage, on sent qu’on n’est en réalité qu’au commencement », écrit-il face à cette terre d’une étendue époustouflante. Véritable petit guide de voyage, tout l’intéresse et il trouve les mots justes pour chaque ville. « Pour dépeindre Rio de Janeiro, il faudrait être peintre, mais pour décrire São Paulo, il faut être un statisticien ou un économiste ». Il répertorie les plus beaux lieux de la capitale carioca, tandis qu’il saisit le charme du centre économique, « la beauté de São Paulo n’est pas une chose actuelle, mais future, elle n’est pas optique, mais réside dans son énergie, son dynamisme ».
Les descriptions et les sujets abordés sont d’une perspicacité à peine croyable, on en oublierait que ce livre a été écrit il y soixante-dix ans, alors que le Brésil comptait moins de 50 millions d’habitants et Sampa moins d’un million et demi. Et si cela est aujourd’hui largement reconnu, affirmer le potentiel du Brésil est en 1941 une position totalement nouvelle.

C’est au Brésil qu’il écrit son œuvre la plus connue, Le Joueur d’échec. Le 15 mai 1941, Stefan Zweig effectue une dernière conférence. Il s’installe avec sa seconde épouse, Lotte, à Pétropolis, où il fête son 60ème anniversaire. Le 22 février 1942, en plein carnaval et suite à l’annonce de la défaite des Britanniques à Singapour, Stefan Zweig et sa compagne mettent fin à leurs jours. Usé, celui qui se définissait comme « autrichien, juif, écrivain, humaniste, pacifiste », ne croit plus en ce Monde. Mais « nulle part ailleurs je n’aurais préféré édifier une nouvelle existence » écrit-il dans son message d’adieu.
Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil) mars 2011

http://www.casastefanzweig.org/sec_casa.php?sub=onde casa Stefan Zweig à Petropolis
http://www.ebooksbrasil.org/eLibris/paisdofuturo.html Version en ligne en portugais

SOCIETE – Femmes en politique, bilan et perspectives

Alors que le Brésil a rejoint depuis peu le clan select des États dirigés par une femme, les chiffres montrent que celles-ci restent sous-représentées dans le monde politique brésilien. 79 ans après l’obtention du droit de vote pour les femmes, retour sur un long combat pour l’égalité et point sur la situation actuelle

Deux des trois favoris de la dernière présidentielles étaient des femmes. Mais si, avant la campagne, les analystes prévoyaient une hausse d’au moins 10% du nombre de femmes élues à la Chambre Fédérale. La réalité s´est révélée tout autre : 44 élues députés fédérales,soit même pas les 9%. Malgré les mesures de quotas, les chiffres stagnent.

Une progression constante
C’est en 1932, sous le Gétulio Vargas, que les femmes acquièrent au Brésil la citoyenneté et par la même le droit de vote. En 1928, l’Etat du Rio Grande do Sul, en précurseur, avait nommé comme maire de Laje une femme, Alzira Soriano. Le mouvement féministe est déjà à l’époque très actif, avec de grands noms comme Leolinda de Figueiredo Daltro ou Bertha Lutz, présidente à l’époque de la Federação Brasileira pelo Progresso Feminino. L’année suivante, Carlota Perreira de Queiros est la première femme élue, comme député fédéral. En 1979, les femmes entrent au Sénat avec Eurice Michiles. Puis, dans les années 80, Esther de Figueiredo Ferraz obtient le premier poste de Ministre (Educação e Cultura). Il faut encore attendre 1989 pour qu’une femme se présente aux élections présidentielles avec Maria Pio de Abreu pour le Parti National. Enfin, en 1995, Roseana Sarney est la première gouverneur d’Etat.

Plus de candidates, pas plus d’élues
En 1996, le Congrès National prend une mesure pour enrayer l´inégalité des sexes dans la vie politique. Le Brésil est alors le quatrième pays d’Amérique Latine à adopter le système de quotas pour les partis (après l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay). La loi impose dès lors un minimum de 20% de femmes parmi les candidats de chaque parti, taux qui passe à 25 % en 1998 puis à 30% en 2000. Et malgré les différentes interprétations des Tribunaux Électoraux des Etats fédérés, les divers clans politiques se plient à la règle. Mais force est de constater que si le nombre de candidates augmentent, le nombre d’élues ne varient que peu. À noter, de manière générale, plus de femmes ont été élues au Nord du Pays où le taux dépasse les 12%. Au sein des partis, ce sont le Parti Travailliste avec 11 femmes sur 254 élus et le Parti Communiste avec 11 femmes pour 34 sièges qui arrivent en tête de la représentation féminine.

Lúcia Avelar, professeure et directrice de l’Institut de Sciences Politiques à l’Université de Brasilia remarque également dans une étude datant de 2007 un fait révélateur : la grande majorité des femmes sur le scène politique sont associées au nom de leur mari ou d’un de leur proche. Elle ajoute que cela est liée à une tradition politique très forte de domination masculine qui a toujours existé dans le pays. Mais le sociologue Antônio Augusto nuance ce phénomène en expliquant que, selon lui, cette tendance est à la baisse et que ces femmes ont généralement leurs propres idées et un positionement plus progressiste. Localement, de grands noms féminins émergent comme Marta Suplicy, Marina Silva ou encore Rose de Freitas. Reste que selon une étude de l’Ence, le Brésil ne se classerait qu´en 111ème position en terme de proportion féminine au Parlement, son voisin argentin étant quant à lui 11ème…

Quelles perspectives ?
Il est évident que l’élection d’une femme à la présidence de la République a ravivé les espoirs de voir celles-ci gagner de l’importance dans le monde politique. Dès le début de son mandat, Dilma Rousseff a insisté sur le fait qu’elle serait le porte-parole de la cause féminine et que des mesures de renfort seraient prises, notamment dans la lutte contre les violences conjugales. Cela avait déjà commencé sous Lula avec la Loi Maria da Penha d’Aout 2006 qui a alourdit les peines en la matière. Mais pour certaines, si l’élection de Dilma représente une avancée certaine, elle ne doit pas faire oublier la sous-représentation générale des femmes. Lilian Martins, secrétaire à la Santé de l’Etat de Piaui, explique dans une interview pour le journal 45 graus que « la présidente, si elle est un exemple, ne doit pas rester une exception ».

Puisque les quotas semblent inefficaces, que faire alors pour que les femmes gagnent réellement du terrain ? Pour Vanessa Grazziotin, la solution se trouverait dans le scrutin de liste paritaire et le financement public de la campagne. « L’idéal serait comme dans certains pays un scrutin de liste où pour deux hommes une femme serait élue ». La sénatrice communiste fait partie de la Commission de Réforme Politique qui travaille actuellement sur des mesures pour étudier des améliorations démocratiques, notamment vis à vis de la représentation des femmes et des partis minoritaires.

Rendez vous au prochain scrutin pour voir si l’élection d’une femme à la tête du pays aura changé les tendances et les mentalités.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil)  Mars 2011

 

SOCIETE – Femmes en politique, bilan et perspectives

 

Alors que le Brésil a rejoint depuis peu le clan select des États dirigés par une femme, les chiffres montrent que celles-ci restent sous-représentées dans le monde politique brésilien. 79 ans après l’obtention du droit de vote pour les femmes, retour sur un long combat pour l’égalité et point sur la situation actuelle

 

Deux des trois favoris de la dernière présidentielles étaient des femmes. Mais si, avant la campagne, les analystes prévoyaient une hausse d’au moins 10% du nombre de femmes élues à la Chambre Fédérale. La réalité s´est révélée tout autre : 44 élues députés fédérales,soit même pas les 9%. Malgré les mesures de quotas, les chiffres stagnent.

Une progression constante

C’est en 1932, sous le Gétulio Vargas, que les femmes acquièrent au Brésil la citoyenneté et par la même le droit de vote. En 1928, l’Etat du Rio Grande do Sul, en précurseur, avait nommé comme maire de Laje une femme, Alzira Soriano. Le mouvement féministe est déjà à l’époque très actif, avec de grands noms comme Leolinda de Figueiredo Daltro ou Bertha Lutz, présidente à l’époque de la Federação Brasileira pelo Progresso Feminino. L’année suivante, Carlota Perreira de Queiros est la première femme élue, comme député fédéral. En 1979, les femmes entrent au Sénat avec Eurice Michiles. Puis, dans les années 80, Esther de Figueiredo Ferraz obtient le premier poste de Ministre (Educação e Cultura). Il faut encore attendre 1989 pour qu’une femme se présente aux élections présidentielles avec Maria Pio de Abreu pour le Parti National. Enfin, en 1995, Roseana Sarney est la première gouverneur d’Etat.

 

Plus de candidates, pas plus d’élues

En 1996, le Congrès National prend une mesure pour enrayer l´inégalité des sexes dans la vie politique. Le Brésil est alors le quatrième pays d’Amérique Latine à adopter le système de quotas pour les partis (après l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay). La loi impose dès lors un minimum de 20% de femmes parmi les candidats de chaque parti, taux qui passe à 25 % en 1998 puis à 30% en 2000. Et malgré les différentes interprétations des Tribunaux Électoraux des Etats fédérés, les divers clans politiques se plient à la règle. Mais force est de constater que si le nombre de candidates augmentent, le nombre d’élues ne varient que peu. À noter, de manière générale, plus de femmes ont été élues au Nord du Pays où le taux dépasse les 12%. Au sein des partis, ce sont le Parti Travailliste avec 11 femmes sur 254 élus et le Parti Communiste avec 11 femmes pour 34 sièges qui arrivent en tête de la représentation féminine.

 

Lúcia Avelar, professeure et directrice de l’Institut de Sciences Politiques à l’Université de Brasilia remarque également dans une étude datant de 2007 un fait révélateur : la grande majorité des femmes sur le scène politique sont associées au nom de leur mari ou d’un de leur proche. Elle ajoute que cela est liée à une tradition politique très forte de domination masculine qui a toujours existé dans le pays. Mais le sociologue Antônio Augusto nuance ce phénomène en expliquant que, selon lui, cette tendance est à la baisse et que ces femmes ont généralement leurs propres idées et un positionement plus progressiste. Localement, de grands noms féminins émergent comme Marta Suplicy, Marina Silva ou encore Rose de Freitas. Reste que selon une étude de l’Ence (A TROUVER), le Brésil ne se classerait qu´en 111ème position en terme de proportion féminine au Parlement, son voisin argentin étant quant à lui 11ème…

 

Quelles perspectives ?

Il est évident que l’élection d’une femme à la présidence de la République a ravivé les espoirs de voir celles-ci gagner de l’importance dans le monde politique. Dès le début de son mandat, Dilma Rousseff a insisté sur le fait qu’elle serait le porte-parole de la cause féminine et que des mesures de renfort seraient prises, notamment dans la lutte contre les violences conjugales. Cela avait déjà commencé sous Lula avec la Loi Maria da Penha d’Aout 2006 qui a alourdit les peines en la matière. Mais pour certaines, si l’élection de Dilma représente une avancée certaine, elle ne doit pas faire oublier la sous-représentation générale des femmes. Lilian Martins, secrétaire à la Santé de l’Etat de Piaui, explique dans une interview pour le journal 45 graus que « la présidente, si elle est un exemple, ne doit pas rester une exception ».

 

Puisque les quotas semblent inefficaces, que faire alors pour que les femmes gagnent réellement du terrain ? Pour Vanessa Grazziotin, la solution se trouverait dans le scrutin de liste paritaire et le financement public de la campagne. « L’idéal serait comme dans certains pays un scrutin de liste où pour deux hommes une femme serait élue ». La sénatrice communiste fait partie de la Commission de Réforme Politique qui travaille actuellement sur des mesures pour étudier des améliorations démocratiques, notamment vis à vis de la représentation des femmes et des partis minoritaires.

 

Rendez vous au prochain scrutin pour voir si l’élection d’une femme à la tête du pays aura changé les tendances et les mentalités.

 

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil)

 

 

 

ART – Carlos Oswald, pionnier de la gravure brésilienne

Auteur du dessin final du Christ Rédempteur, peintre et graveur, Carlos Oswald (1882-1971) est un des grands noms ayant marqué l’Histoire de l’Art au Brésil et les Beaux-Arts de Rio. Suite à l’exposition de ses oeuvres à la Caixa Cultural d’abord de Rio, puis de São Paulo, retour sur le parcours d’un homme ayant dédié sa vie à sa passion

Du talent dans les veines
Carlos Oswald est né en 1882 à Florence, et est le fils aîné du compositeur brésilien Henrique Oswald. De son père, il a des origines suisses-allemandes et italiennes, tandis que du côté de sa mère ses ancêtres sont français et toscans. De nombreux Brésiliens en voyage en Europe passent par chez la famille Oswald, égayant la curiosité du jeune homme à l’égard du pays de son père. Carlos étudie pendant un temps le violon, mais sa grande timidité l’handicape. Il pense alors pour son avenir à l’ingénierie ou l’architecture, mais c’est finalement vers les Beaux-Arts qu’il se tourne. Il commence alors à peindre, notamment des portraits, inspirés par les impressionnistes français.

C’est en 1904 – alors que son père est nommé Directeur de l’Ecole Nationale de Musique de Rio de Janeiro – que l’artiste italo-brésilien commence à envoyer des oeuvres au Brésil pour qu’elles y soient exposées. Il lui faudra attendre 1906 pour fouler le sol brésilien ; son émotion est alors grande. Il est logé à Tijuca et s’émerveille devant la beauté de Rio de Janeiro. Il prend alors comme sujets de ses oeuvres le Jardin Botanique, la baie ou encore la forêt tropicale. Et c’est la gravure qu’il choisit comme méthode, à l’époque inconnue outre-Atlantique. Sa première exposition individuelle à Rio a lieu en 1907. Les critiques lui sont largement favorable et c’est fort de ce nouveau succès qu’il rentre en Italie.

La reconnaissance
En 1910, le Gouvernement Brésilien l’invite à décorer la salle de musique du pavillon à l’Exposition Universelle de Turin. Carlos Oswald sillonne l’Europe et fréquente les plus grands maîtres. En 1913, il part pour un voyage temporaire au Brésil en compagnie de son frère Alfredo, mais la Première Guerre Mondiale fera durer ce séjour. Carlos s’intègre alors au milieu artistique carioca et fonde la première école de gravure du Brésil. C’est en 1918 que sa carrière décolle réellement. La même année, il se lie d’amitié avec Paul Claudel. Avec le temps, ses oeuvres se teintent de sujets religieux. Il enseigne également au Liceu de Artes e Ofícios et a comme élèves de nombreux artistes célèbres par la suite comme, Raimundo Cela (1890-1954), Lasar Segall (1891-1957), Oswaldo Goeldi (1895–1961), Lívio Abramo (1903–1992) ou encore Fayga Ostrower (1920-2001).

Consulté en 1930 par Heitor da Silva Costa lors de la construction du Christ Rédempteur, Carlos Oswald fait des études et des dessins de la statue et de ses détails. L’idée d’un Christ les bras tendus, identifiable de loin comme une croix, serait une idée de l’artiste. Carlos Oswald sera par la suite l’auteur de nombreuses oeuvres sacrées et décorera de nombreuses églises. Parmi les plus connues se trouvent les vitraux de Santa Teresinha do Túnel. Il participe en 1946 à la création de  la Sociedade Brasileira de Arte Cristã.  Il transmet également son savoir lors de cours de gravure à l’Institut Getulio Vargas. Carlos Oswald meurt à Pétropolis en 1971.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Rio de Janeiro)  lundi 7 février 2011

Informations :
Vous pouvez admirer les gravures de Carlos Oswald au Museu Nacional de Belas Artes
A lire – Carlos Oswald, 1882-1971 : Pintor da luz e dos reflexos, de Mario Isabel Oswald Monteiro,  Casa Jorge Editorial, 2000

Brésil : Retour sur la campagne électorale

Le 31 octobre dernier, le peuple brésilien a désigné Dilma Roussef (Parti Travailliste) comme future chef d’Etat à compter du 1er janvier 2011. À la veille du scrutin, les sondages donnaient Dilma Roussef gagnante au 1er tour, la campagne, qui devait être sans surprise, a néanmoins comporté sa part d’inattendu

La machine électorale brésilienne est gigantesque, les 136 millions d’électeurs devant voter le même jour pour le président, les députés fédéraux, les gouverneurs …. À cela s’ajoute le caractère obligatoire du vote: les citoyens ne se présentant pas devant les urnes risquent amende et complications administratives par la suite.

Lula, maître du jeu
Dilma, auparavant Ministre de la Casa Civil (équivalent du premier ministre), benéficiait depuis le début de la campagne de l’appui assumé du président sortant Lula Ignacio da Silva. La Constitution limitant le nombre de mandats consécutifs à la présidence à deux ;  Lula, bien que doté d’une popularité très élevée, ne pouvait se représenter. En effet, peu avant le début de la campagne, le président sortant jouissait, selon les sondages, de 85% de satisfaction.

Lors de sa présidence, il a pu compter sur une conjoncture économique très favorable. Entre 2002 et 2010, le salaire minimum est passé de 200 à 500 R$, le taux de chômage est tombé de 11,7% à 6,2% et le volume des crédits à la consommation a été multiplié par 5. En outre, le nombre de foyers bénéficiant de la Bolsa Familia – aide financière aux familles nécessiteuses – est passé de 3,6 millions à 12,7 millions.

Dilma en ballotage
Cependant, Dilma s´est avérée rapidement moins charismatique que Lula. De plus  face à elle, deux sérieux opposants sont venus compléter le trio de tête : José Serra, social démocrate ex-gouverneur de l’Etat de São Paulo et Marina  da Silva, candidate du  parti vert.  La grande surprise du premier tour a été le score de Marina da Silva recueillant plus de 20% des votes. Conséquence de ce résultat inattendu : une mise en ballotage de Dilma qui n´a pu récolter que 46,5 % des suffrages exprimés face au 32,7 % de José Serra.  Les deux tours étant espacés d´un mois, la campagne a pu reprendre de plus belle. Les consignes de vote de Marina da Silva pouvant être décisives, tous les regards se sont alors tournés vers elle et ses 20 millions de voix. Après un silence  de plusieurs semaines, elle a finalement refusé d´accorder un quelconque soutien, allant même jusqu´à émettre de vives critiques à l´égard des deux candidats en lice.

Le religion au premier plan
Elément perturbateur du second volet de la campagne: la religion, les églises jouant au Brésil un rôle central dans la vie politique, le thème de l´avortement s´est retrouvé au centre du débat, ébranlant les deux candidats. Dilma Roussef a été souspconnée d’avoir eu recours à cette pratique et de vouloir la légaliser, il s´est même dit qu´elle n’était pas passée au premier tour en raison d´un boycott des évangélistes. José Serra n’a pas non plus été toujours ferme sur sa volonté de maintenir l’interdiction de l’avortement. Les deux candidats se sont donc lancés dans un numéro de charme à l’égard de l´Eglise, pour rallier les électeurs encore hésitants.

Au cours du  mois, l´écart s´est creusé entre les deux candidats au profit de la dauphine de Lula, de plus en plus virulente. Peu avant le second tour, les sondages prévoyaient une nette avance pour Dilma Roussef, devançant de 12 à 15 points son adversaire social-démocrate. Sans grande surprise donc, le 31 octobre, jour du scrutin, Dilma Roussef a été élue par 55,7 millions de brésiliens (56 % des voix), soit 12 millions de plus que José Serra. Elle devient donc avec une large avance la première femme présidente du Brésil.

Une victoire à la pyrrhus pour la démocratie?
Mais ce qui a sans doute le plus marqué ces élections est le sentiment de défiance et de lassitude des citoyens à l’égard de la classe politique. Au second tour, le niveau d’abstention a dépassé les 21%, taux considérable eut égard au caractère obligatoire du vote. En cause : les nombreux scandales de corruption ayant marqué la vie politique brésilienne ces dernières années ainsi que les candidats eux-mêmes. Autre exemple  de ce phénomène, la victoire écrasante dans l’Etat de São Paulo du député Tiririca, clown de profession et analphabète, ayant comme slogan «  – Vous ne savez pas à quoi sert un député ? – Moi non plus, mais élisez-moi et on verra ! »

Clémentine VAYSSE pour Elections-Politique-Citoyen – Novembre 2010 

DOSSIER – Les nikkei, brésiliens d’origine japonaise (1/3)

Affiche pour l'immigration (années 30)

On estime à 1,5 millions le nombre de brésiliens descendants d’immigrés japonais, le Brésil étant le pays où l’on trouve le plus de japonais en dehors du Japon. Entre intégration et revendication identitaire, les nikkeis occupent une place particulière dans le patchwork de la société brésilienne. Lepetitjournal.com vous propose un dossier spécial sur la communauté japonaise au Brésil. Pour ce premier volet : un peu d’Histoire…

En 1908, le Kasato-Maru, accoste dans le port de Santos, transportant 781 japonais venant s’installer sur le sol brésilien. Cette expédition s’inscrit dans le cadre d’un accord diplomatique entre les deux pays, le Japon étant alors en pénurie alimentaire et le Brésil en manque de main d’œuvre. Les premiers japonais travaillent dans les plantations de café, tentant de s’adapter à des conditions de vie très différentes de celles du Japon. En trente ans,

Ryu Mizuno (centre) qui organisa le premier voyage

environ 200.000 japonais immigrent  et commencent à former des colonies autonomes. Dans les années 30, certains de ces japonais s’installent en Amazonie et parviennent à cultiver le poivre, ainsi que de nouveaux types de melons et de papayes. Par la suite, les nikkei commencent à s’implanter dans le commerce et l’industrie. Cette première génération, les « isseis », est marquée par une forte nostalgie de la terre natale et la volonté de perpétuer la tradition japonaise, ce qui entrave souvent leur intégration dans la société brésilienne.

Le tournant de la Seconde Guerre Mondiale
Après une pause pendant le début du conflit, l’immigration japonaise reprend mais rencontre des difficultés sous le gouvernement de Getulio Vargas. Lorsque le Brésil déclare la guerre au Japon, les nikkei sont persécutés, la langue et les manifestations culturelles japonaises sont interdites. L’immigration connait une nouvelle vague à partir de 1952. En parallèle, apparaît la seconde génération de nippo-brésiliens, les « nisseis », premiers japonais à naître sur le sol brésilien.  Cette période est également marquée par la décision pour beaucoup  d´entre eux de rester au Brésil. De nombreuses entreprises japonaises s’´y installent et participent au développement économique du pays. De 70 en 1962, on en compte plus de 250 dans les années 70, pour dépasser les 400 aujourd’hui.  Les nikkei de troisième génération sont appelés « sanseis » et constituent l’essentiel de la communauté japonaise actuelle. Ils ont une approche très particulière de la culture japonaise, et se revendiquent avant tout brésiliens. Quant à elles, les deux dernières générations, les yonseis et rokuseis, se sentent encore plus éloignées de la culture de leurs ancêtres. La majorité ne parle pas la langue et une grande partie des descendants de japonais sont de culte catholique, seul 25% ayant conservé le culte bouddhiste ou shinto.

Le retour à la Terre des Ancêtres

Pavillon japonais au Parc Ibirapuera (São Paulo)

En 1949, a lieu le premier voyage de nikkei au Japon en tant que touristes. Ces descendants de japonais ayant toujours vécu au Brésil découvrent la terre de leurs parents ou grands-parents. Dans les années 80, le Japon, en manque de travailleurs encourage le « retour au pays » des nippo-brésiliens. À la même époque sont aussi organisés les premiers échanges universitaires entre le Brésil et le Japon. Mais souvent les nikkei, bien qu’ayant grandi dans la culture japonaise, sont un peu perdus à leur arrivée sur le territoire japonais. L’immigration au Japon est considérée comme une chance pour les nikkei car les salaires y sont nettement plus élevés. Les dekasseguis comme on les nomme sont souvent ouvriers dans le secteur automobile ou électronique. Certains ne parlent pas la langue et se sentent en décalage avec ce pays qu’ils ont si souvent imaginé. Environ 300.000 japonais descendraient de nippo-brésiliens, constituant la plus grande communauté lusophone asiatique.
Mais avec la crise économique, une grande partie des dekasseguis, travailleurs brésiliens au Japon, ont dû rentrer au Brésil, perdant ainsi leur travail et subissant une perte de niveau de vie très importante. ‏Après une difficile adaptation au Japon, le retour des dekasseguis est souvent délicat car ils ne se sentent ni réellement brésiliens ni totalement japonais.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) lundi 11 octobre 2010.
A visiter :
Museu Histórico da Imigração Japonesa no Brasil
Rua São Joaquim, 381 – Liberdade
Ouvert du mardi au dimanche de 13h30 à 17h30
Entrée 5R$ (2,5 R$ pour les étudiants, 1R$ pour les enfants, gratuit pour les plus de 65 ans)