RENCONTRE – Tom Lisboa, quand l’art joue avec internet

Dernière semaine pour visiter la très belle exposition Mirando(a) de Tom Lisboa à la Caixa Cultural da Sé.  Rencontre avec ce jeune artiste de Curitiba, dont le terrain de jeux est l’espace urbain et la toile internet

Tom Lisboa crée des installations – utilisant différents médias, afin de modifier l’expérience que peut faire le spectateur d’un espace singulier –et joue sur les supports, principalement à l’aide de la photographie et d’internet. Pour Mirando(a), des photographies d’oiseaux dans des cadres ont été placées dans tout Curitiba lors d’un événément culturel. L’intégralité des images ont été prises sur internet, l’artiste ayant fait l’assemblage et la mise en situation. Pour l’exposition à la Caixa Cultural, ses installations ont été prises en photographie, créant une mise en abîme. Le résultat, bien que différent de la création initiale, est tout  aussi intéressant.

« J’utilise la ville comme si c’était une galerie »
Habitué des mises en situation urbaines, il a travaillé sur de nombreux supports et dans différentes villes. « Mon travail est toujours très bon marché, je me suis donné comme contrainte de ne pas dépasser le budget de 250 reais par intervention». Il utilise son site internet pour lancer des idées que reprennent par la suite d’autres personnes. Pour Polaroides (in)visíveis, Tom a invité d’autres artistes à participer au travail photographique. « En fait, les événements dans les villes sont souvent un prétexte pour pouvoir ensuite travailler en photographie » ajoute-t-il. Tel a été le cas pour Mirando(a), « c’est le même nom mais les deux œuvres (installation et exposition des photographies) sont perçues de manières différentes par le public ».

Internet sous toutes ses formes
« Je l’utilise de pleins de façons différentes. Ainsi, certaines de mes œuvres ne sont que sur le web, d’autres commencent sur internet et deviennent ensuite des expositions... » Cela lui permet également de travailler en collaboration avec de nombreux artistes. Pour « Ação urbana – LUGAR » par exemple, il a eu l’idée d’un parcours dans une ville illustrée par des photographes. L’oeuvre prend la forme d’une carte interactive. En partant de consignes de base simples, plus de 110 personnes ont travaillés avec Tom sur ce projet. Une des œuvres de cette série représente Paris, en partenariat avec deux photographes brésiliens qui se sont chargés des clichés. Sur les 31 villes déjà photographiées, seules 5 ou 6 l’ont été par Tom Lisboa lui-même. De nombreuses villes sont prévues pour les mois à venir.

L’artiste voyage dans tout le Brésil pour participer à des projets artistiques, il était notamment présent lors de la Virada Cultural au SESC Belezinho. Le fait de travailler de manière indépendante, en dehors de galeries, lui permet une grande liberté de création. « Quand je crée mes oeuvres, ce n’est pas pour les vendre ».

Tom Lisboa sera présent à São Paulo lors de la SP Arte, foire internationale d’art qui aura lieu du 12 au 15 mai. En attendant, ne ratez pas son exposition à la Caixa Cultural da Sé.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo)  

Mirando(a) jusqu’au 1er mai 2011
Caixa Cultural São Paulo
Praça da Sé, 111 – Centro
(11) 3321 4400 – De 9h à 21h, tous les jours sauf le lundi. Entrée gratuite

A consulter : Site officiel de Tom Lisboa http://www.sintomnizado.com.br/index.htm

TOURISME – Ilhabela, la magnifique

Parmi les destinations les plus prisées du littoral pauliste, rencontre idyllique entre océan, montagne et forêt tropicale, Ilhabela – située en face de São Sebastião – est une petite merveille, parfaite pour quelques jours de repos parmi les colibris. Sportifs ou adeptes de la bronzette, n’hésitez plus !

A quelques heures de transport de la capitale, Ilhabela est la seconde plus grande île maritime du Brésil et bénéficie d’un cadre exceptionnel. Plus des trois quarts de son territoire sont encore recouverts de Matâ Atlantica, protégée depuis 1977 par un Parc national. Très peu urbanisée, elle a gardé toute sa splendeur.

Côté plage
Avec 36 km de côte et 45 plages, le voyageur a l’embarras du choix. Des plus sauvages, accessibles uniquement par bateau, aux plages les plus fréquentées, elles ont toutes leur charme. Les plages côté océan, dont la plus connue est Castelhanos, sont à couper le souffle, mais s’y baigner est délicat car les courants sont très forts. Pour y accéder, il faut prendre un bateau ou traverser l’île en jeep. L’option maritime, avec quelques dauphins pour les plus chanceux, vaut la peine.

Au nord du port où arrive la Balsa (navette maritime), les plages do Perequê, Engenho d’Agua  et Santa Tereza, avec son marché de poissons, sont très agréables et tranquilles. Les plages du Sud, plus étroites, sont paradisiaques et parfaites pour les adeptes de plongée. Emportez votre masque et tuba : pas nécessaire d’être un professionnel pour admirer de beaux poissons. Au Sud de la Balsa, la Praia Pedras Miudas (Ilha das Cabras) est très mignonne, mais pas autant que sa voisine, la Praia do Oscar. Coup de cœur pour la Praia Julião, dont le restaurant de plage est d’un très bon rapport qualité/prix. Une constante : de l’eau transparente et un paysage magnifique.

Pour les aventuriers
Ilhabela jouit d’une faune et d’une flore exceptionnelles. De nombreuses trilhas permettent d’en profiter, mais il est fortement conseillé de faire appel à un guide. Le relief montagneux rend quelques promenades très sportives, comme celle qui mène au Pico do Baepi, à plus de 1000 mètres d’altitude, ou encore l’ascension du sommet le plus haut, le Pico do São Sebastião culminant à 1378 mètres. D’impressionnantes cachoeiras (cascades) attendent les plus courageux. Depuis la plage de Castelhanos, une trilha permet d’accéder facilement à la Cachoeira do Gato.

Le Parque Estadual – à qui l’on doit la préservation de la biodiversité de l’île – propose des circuits amenant à des piscines naturelles et à la cascade Agua Branca. La Mata Atlantica de l’île abrite plus de 800 espèces d’oiseaux, 180 d’amphibiens et 131 espèces de mammifères. Inutile de préciser qu’un bon anti-moustique et des chaussures de marche sont indispensables.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) vendredi 15 avril 2011

Informations pratiques :

Accès :  
En voiture : 210 km de São Paulo. 435 km de Rio de Janeiro Aller jusqu’à São Sebastião puis prendre la navette maritime (toutes les demi-heures).
En car : depuis la Rodovaria Tietê – Compagnie Litorânea. Le bus dépose devant la Balsa http://www.passaromarron.com.br.
Remarque : il est largement possible de se déplacer en taxi et en bus sur l’île mais la voiture facilite les déplacements

Hébergement :
L’île compte de nombreuses pousadas, celles du Sud sont souvent très chères. Optez plutôt pour Barra Velha (proche de la Balsa) ou Perequê. Evitez le camping, particulièrement au sud, les moustiques ne pardonnent pas.

Quelques bonnes adresses :
Restaurant PIER 18. Av. Princesa Isabel, Perequê 657 (12) 3896-6222 – Cadre agréable, service de qualité, prix raisonnables, poissons et fruits de mer délicieux.
Ecoway Passeios, promenades en jeep et en bateau. (12) 3896-7222 http://www.ecowaypasseios.com.br
Pousada Mirailha. Traversa Pedro Garcia, 99. Barra Velha (12) 3895-1359.  http://www.mirailha.com.br. Sur les hauteurs avec une vue magnifique, piscine. Bon marché et propre. A éviter sans voiture.  
Point de taxi Barra Velha (proche Balsa) : (12) 3895-8234. Sur toute l’île les taxis fonctionnent avec des prix de courses dépendant de la zone.

BILLET D’HUMEUR – São Paulo / Rio : sœurs ennemies ?

Les rivalités entre grandes villes d’un même pays se retrouvent dans le monde entier. A New York s’oppose Los Angeles, Paris à Marseille, Rome à Turin… A ma droite Rio, 446 ans, ses plages de sable fin, le Corcovado, « A garota de Ipanema ». A ma gauche, São Paulo, 457 ans, ses grandes avenues, ses hommes en costard-cravate, sa vie nocturne

Les Paulistes vont diront que Rio est une ville extrêmement dangereuse, que les Cariocas sont des arnaqueurs et que Rio c’est bien pour les vacances, mais pour y vivre, non merci. Les Cariocas à l’inverse prétendent que São Paulo est bien plus risquée, que la vie y est horrible, que les Paulistes sont désagréables et ont un accent irritant. Par contre, pour un meilleur poste, ils seraient prêts à quitter leur ville, certes mais à contre-cœur. Et lorsqu’un étranger arrive au Brésil, un des premiers dilemmes qu’il doit affronter est : vivre à São Paulo ou à Rio ?

Quand on arrive en ville
Les deux villes sont complètement différentes, et au bout d’une heure sur leur sol, les impressions sont opposées. Rio vous en met plein la vue dès le début, à peine sorti de l’avion on est amoureux, « love at first sight« … La mer, les morros, la végétation tropicale. Pour un Européen, la Cidade Maravilhosa fait un effet bœuf. Elle vous transporte instantanément dans un autre monde. La vie y paraît douce, les gens pas pressés. « Plage et cocotier » en quelque sorte…

São Paulo, terra da Garoa (petite pluie fine) – si ce n’était pas perdu d’avance avec ce surnom – est, au contraire, une ville qui est repoussante de prime abord. On remarque souvent d’abord l’anarchisme architectural, le bruit, les embouteillages, le ciel gris. Elle n’est ni charmante ni séductrice, elle doit s’apprivoiser. Mais très vite, on se rend compte que sa beauté réside ailleurs, dans son dynamisme. Il faut dépasser la première impression pour la savourer, elle ne veut pas de tous ceux qui sont venus au Brésil uniquement pour la plage et le soleil. São Paulo vit à 100 à l’heure, elle est carriériste et travailleuse.

Deux villes, deux Brésils
Quelques éclairages historiques permettent de mieux comprendre cette rivalité entre les deux villes, qui sont nées dans des contextes totalement différents. La première a été fondée par des navigateurs portugais, a été la capitale du pays pendant 200 ans et a même accueilli pendant un temps l’Empereur du Portugal. Elle est depuis longtemps une destination touristique prisée et accueille la jet-set. La seconde a été fondée quelques années auparavant par des jésuites en mission, et s’est dès le début imposée comme centre économique. Il faut toutefois attendre le XXème siècle et l’immigration massive pour qu’elle prenne véritablement de l’ampleur.

Rio, après un court passage à vide, semble avoir repris du poil de la bête et ne plus être simplement le « vieux beau » –  vivant sur ses acquis – qu’elle était il y a quelques années. La musique garde une large place, elle voit naître de nombreux artistes de la MPB  et de la Bossa Nova. Et surtout, Rio reste magnifique avec ses vieux quartiers et son soleil de plomb. São Paulo, malgré sa grisaille, jouit d’une activité économique sans égal, faisant d’elle un pôle en la matière pour toute l’Amérique Latine. À cela s’ajoute une vie culturelle épatante ; sur le site de l’Estadão, un internaute a défini la ville comme « l’ endroit où il y a plus d’expositions que le temps ne vous permet d’en voir ».

La victoire revient à…
Dans l’impossibilité de statuer objectivement, habitant à São Paulo, mais sous le charme de Rio, je ne suis visiblement pas la seule dans cette situation. J’ai choisi, volontairement, d’éviter les sujets qui fâchent à savoir : l’accent, le football, la musique, le carnaval … Je laisse Tom Jobim conclure, avec deux chansons dédiée aux deux villes :

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Et vous, Carioca ou Pauliste ? Faites nous partager votre expérience ! Pour l’avenir, la Coupe du Monde et les Jeux Olympiques devraient attiser encore un peu plus la rivalité.

INTERVIEW – Manu Eveno, guitariste de Tryo

Première visite au Brésil pour Tryo, groupe français que l’on ne présente plus. Jeudi dernier, ils ont donné un concert intimiste dans une petite salle de São Paulo, enchantant leurs nombreux fans français et brésiliens. Rencontre avec Manu Eveno dans une galerie d’art du Centro

De L’hymne de nos campagnes à Monsieur Bibendum en passant par Ce que l’on sème, leurs chansons aux airs de reggae ont bercé l’adolescence de beaucoup d’entre nous. « Face aux favelas des gens se prélassent / Je crois bien voir des gamins cirer leur godasses » chantaient-ils en 1998 dans La misère d’en face. Au fil des années, leurs chansons se sont enrichies de  rythmes venus d’ailleurs, créant un genre à part. Avec son fidèle chapeau, ses cheveux longs et son blouson en cuir, Manu Eveno a accepté gentiment de répondre à quelques questions.

Lepetitjournal.com – Est-ce votre première visite au Brésil ?
Manu Eveno – Pour moi c’est la première fois. On avait déjà fait une tournée l’année dernière en Amérique Latine. En fait, notre percussionniste est chilien et n’a pu revenir dans son pays natal  seulement il y a quelques années car il avait le statut de réfugié politique. Après 25 ans d’absence, il avait ce rêve d’y retourner. Et que l’on y joue. Cela a nourri cette chanson de Christophe Mali El dulce de leche. Quand on nous l’a proposé l’année dernière, c’était évident. Cette fois-ci, c’était différent car c’était directement avec les promoteurs locaux. Pour le Brésil ça a été organisé à la dernière minute, mais on espère revenir.

Avez-vous fait des tournées dans le monde ?
Non, on a fait quelques pays, mais souvent ce sont des ambassades qui nous invitent. Pour les pays francophones c’est évident. On est allés douze fois au Québec par exemple. En Afrique, on a fait l’Égypte et le Soudan.

Comment avez-vous trouvé l’accueil du public en Amérique Latine ?
C’est assez mélangé. En Uruguay, il y avait pas mal de Français mais aussi quelques Uruguayens. En Argentine c’est beaucoup plus argentin, c’est un très bel accueil. Et au Chili… C’est marrant parce qu’il y a un groupe de rock là-bas qui s’appelle Tryo, pareil avec un Y. On a toujours été bien accueillis, j’ai beaucoup aimé. Et puis ici c’est culturel, vu la place de la musique dans le pays. Un musicien est considéré comme quelqu’un du peuple, pas comme une star. A la fin du concert, il y a toujours pleins de gens qui viennent te parler et ça c’est génial. On ressent beaucoup plus les émotions des gens et c’est ça qui compte. Pour le coup, ma principale nourriture spirituelle c’est les émotions. C’est là que je me sens le plus vivant, le plus réel, le plus concret. J’aime penser, mais les émotions c’est un thermomètre, un moyen de vérifier qu’on a donné le meilleur de nous.

Que pensez-vous de ces nouveaux groupes français qui choisissent de chanter en anglais ?
On peut imaginer que cela fait partie de leur culture, que l’anglais leur permet de mieux exprimer leurs émotions. C’est une langue extrêmement imagée, pour dire une explosion tu dis « Bang »… Les mots sonnent toujours « musical ». C’est plus facile d’écrire en anglais et surtout d’exprimer les émotions. Il y a des poètes anglo-saxons, mais quand tu prends de la pop, tu dois faire passer en très peu de temps un maximum d’émotions. L’anglais permet cet état syncrétique dans la création. Je commence un peu à écrire en anglais. Et puis il y aura toujours des gens qui se sentent apatrides. Ma langue c’est le français, mais j’ai déjà chanté dans des dialectes africains par exemple. En fait, une langue – quelle qu’elle soit – est musicale et en particulier le portugais du Brésil. La musique c’est comme la planète, sauf qu’il n’y a aucune frontière. Ou s’il y en a, tu n’as pas besoin de passeport pour les traverser. Tu fais ce que tu veux, la musique c’est un des plus grands espaces de liberté et surtout c’est immédiat. Donc, non, ça ne me dérange pas que des groupes jouent en anglais. Bon, bien sûr il y a aussi la volonté de conquérir d’autres espaces.

C’est vous qui avez écrit la musique de Quand les hommes s’ennuient, qui a un rythme très brésilien. Connaissez-vous la musique brésilienne?
J’ai toujours aimé les grands standards brésiliens : Chico Buarque, Antonio Carlos Jobim, Vinicius de Moraes, Baden Powell, je les aime beaucoup. Au départ ce sont des potes chiliens qui étaient dans notre premier groupe, qui m’ont fait écouter plein de musique brésilienne… Comme Martinho da Vila Canta canta minha gente (en fredonnant).

Vous avez interprété en concert Bidonville de Claude Nougaro. Comment l’avez-vous choisie ?
Je la chante depuis longtemps, j’ai toujours aimé Nougaro et aussi la version originale. C’est une amie guitariste, Virna Nova, qui me l’avait chantée en brésilien. Elle m’avait montré les accords, elle avait rencontré à Rio les fils de Baden Powel. Et puis en tournée, on fait toujours une reprise parce que l’on aime ça. Une fois on a chanté avec Bernard Lavilliers qui vient souvent au Brésil.

Propos recueillis par Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) mardi 29 mars 2011

WEEK-END – São Paulo fête les graffitis ce dimanche

São Paulo, grise ? Pas tant que ça, grâce à ses nombreux artistes de rue qui égaient la capitale. Ce dimanche 27 mars, la ville célèbre cet art demeuré longtemps dans l’ombre. La galerie Matilha Cultural propose à cette occasion une exposition en hommage au pionnier brésilien du stencil, Alex Vallauri (1949-1987)

Du Beco do Batman*, rue recouverte de tags à Vila Madelena, au Tunnel Paulista qui mène à l’Avenida Rebouças, en passant par la 23 de Maio, impossible de ne pas croiser des graffitis en se promenant à São Paulo. Le Brésil bouillonne de créativité en matière d’art de rue et ce n’est pas par hasard que la Première Biennale Internationale de Graffiti Fine Art s’y est déroulée en septembre dernier.

Le grand précurseur
Le graffiti s’implante très tôt dans les grandes villes brésiliennes, mais c’est avec Alex Vallauri qu’il connaît une véritable reconnaissance. Né en Ethiopie en 1949 de nationalité italienne, il immigre en 1965 et fait des études d’art graphique en Angleterre et aux Etats-Unis. De retour au Brésil, les murs de São Paulo deviennent son support. Adepte du kitsch, il utilise comme genre le stencil, graffiti en pochoir. Cette technique avait émergé dans les pays où la répression de la police était très forte, quelques minutes étant suffisantes pour créer une œuvre. Alex Vallauri donne lieu à tout un mouvement de « graffeurs » brésiliens qui perpétueront son art après sa mort en 1987.

Envie d’en savoir plus ?
Réunissant des oeuvres de pionniers comme Ozi ou Celso Gitahy, et des artistes de la nouvelle génération comme Daniel Melim, Rodrigo « Chã » ou encore le collectif Alto Contraste, « Elemento Vazado », à la Galerie Matilha Cultural vaut le détour. Tout près, une exposition à l’Ação Educativa – à  Vila Buarque – réunit également les travaux d’une vingtaine de « taggeurs ». Dimanche 27 est prévue une démonstration au Parc Agua Branca.

La VIIIème édition du Graffiti Fine Art, au Museu Brasileiro da Escultura, présentait un projet tout à fait intéressant, puisqu’elle mettait en avant le travail de plusieurs stars et jeunes talents du street art : Magrela, Sinha, Chambs et Pifo entre autres. Une particularité : remplir les imposants murs du local d’oeuvres collectives. Cette idée a donné naissance à des graffitis enrichis par la patte de chaque artiste, dont la variété de traits est nette : une vraie réussite ! Le catalogue de la Biennale du Graffiti Fine Art a été lancé à cette occasion.

Si vous préférez en découvrir à l’air libre, rien de tel que de se promener dans les rues paulistes : chaque bouche-d’égout, compteur de gaz, arrêt de bus, mur vide hier peut-être aujourd’hui devenu une surprise à découvrir. Une dernière possibilité est de partir à la recherche de graffitis du monde entier, confortablement installé derrière son écran, en se rendant sur le site Street Art View.

Clémentine VAYSSE et Amélie PERRAUD-BOULARD (www.lepetitjournal.com  – São Paulo) vendredi 25 mars 2011

* Rua Gonçalo Alfonso

Infos pratiques :

Matilha Cultural
Rua Rego Freitas, 542 – República. (11) 3256-2636
http://www.matilhacultural.com.br
Tous les jours jusqu’au samedi 16 Avril, de 12h à 20h

Ação Educativa
Rua General Jardim, 660 – Vila Buarque.
Proche des stations de métro República et Santa Cecilia.
Tel : 3151-2333 / http://www.acaoeducativa.org
Du 28 mars au 7 mai. Ouverture et cocktail le 25 mars à 19h
Du lundi au vendredi de 10h à 20h. Samedi de 10h à 14h. Entrée gratuite

Démonstration au Parc Agua Branca le dimanche 27 mars de 10h à 17h – http://coletivoaguabranca.blogspot.com/

Museu Brasileiro da Escultura
Av. Europa, 218 – Jardim Europa
http://www.mube.art.br

BILLET D’HUMEUR – Adieu Belas Artes

Cela fait aujourd’hui une semaine que le plus connu des cinémas paulistes a fermé ses portes, et aucune bonne surprise de dernière minute n’est venue le sauver. Un grand lieu de la culture disparaît, pour être remplacé par un magasin. Dernier coup de projecteur…

Je ne suis pas née à São Paulo, je suis ce que l’on nomme « pauliste d’adoption », comme beaucoup de gens ici d’ailleurs. Et le Belas Artes ne faisait partie de mon quotidien que depuis quelques mois. Idéalement situé au coeur de São Paulo, inutile de consulter les séances avant d’y aller, la programmation suffisait à nous guider. Le verdict est tombé, après de nombreux espoirs de sauvetage. Impossible pour moi ce soir là de ne pas aller à la dernière.

Jeudi 17 mars 2011, 20h. Il y a foule au n°2423 de la Rua da Consolação. S’il n’y avait pas de pancartes ni de slogans, on pourrait croire que c’est une soirée comme les autres. Une longue file patiente calmement devant la bilheteria, mais pas de films récents au programme. De grands classiques pour finir en beauté, la Dolce Vita de Fellini, le Guépard de Visconti. Dans la rue, les discussions n’en finissent pas, chacun ayant son avis sur la position à prendre quant à cette fermeture. Puis des fidèles des salles obscurs prennent la parole, sous les flashs des nombreux journalistes présents. « Cinema, sim. Loja, não ». Fondé en 1943, sous le nom de Cine Ritz, puis Cine Trianon pour prendre son nom définitif en 1967, il avait survécu à la dictature et à un incendie en 1982. C’est la (dé)raison économique qui aura eu raison du Belas Artes. Suite à une augmentation du loyer par le propriétaire, exigeant 150.000 reais mensuels – contre 60.000 auparavant – et le retrait de son partenaire HSBC, l’aventure s’arrête là.

Deise Perin, ex-gérant, a annoncé que le cinéma rouvrirait prochainement dans un autre lieu. « Nous avons perdu la bataille, mais pas la guerre » nous annonce-t-il en personne avant la dernière séance. Ses défenseurs avaient tout tenté :  une pétition sur internet regroupant plus de 16.000 signatures, un recours au Conseil Municipal avait même été déposé pour classer le lieu au patrimoine de São Paulo. Avant la dernière projection, une campagne contre le piratage des films passe. Plus de popcorn, plus de grand écran, plus de sièges en velours rouge, plus de bande-annonces, plus de moments partagés avec ses amis… Voilà ce que l’on perd. Et même si les cinémas des shoppings ont théoriquement tout cela, ils manquent terriblement de charme. Et de caractère, la programmation étant souvent limitée à des œuvres très commerciales.

J’avais choisis – je dois l’avouer par hasard car celui que je voulais voir était complet –  un film… qui s’avère être un chef-d’oeuvre muet de 1925 : L’aigle noir avec Rudolf Valentino. Un petit bonheur cinématographique.

Pour terminer cette despedida, je vous invite à lire ce texte de Philippe Delerm, issu de La première gorgée de bière « Ce n’est pas vraiment une sortie, le cinéma. On est à peine avec les autres. Ce qui compte, c’est cette espèce de flottement ouaté que l’on éprouve en entrant dans la salle. Le film n’est pas commencé ; une lumière d’aquarium tamise les conversations feutrées. Tout est bombé, velouté, assourdi. La moquette sous les pieds, on dévale avec une fausse aisance vers un rang de fauteuils vide. On ne peut pas dire qu’on s’assoie, ni même qu’on se carre dans son siège. Il faut apprivoiser ce volume rebondi, mi-compact, mi-moelleux. On se love à petits coups voluptueux. […] Au cinéma, on ne se découvre pas. On sort pour se cacher, pour se blottir, pour s’enfoncer. On est au fond de la piscine, et dans le bleu tout peut venir de cette fausse scène sans profondeur, abolie par l’écran. »

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) Mars 2011

Pour signer la pétition : http://www.abaixoassinado.org/abaixoassinados/7873

 

BILLET D’HUMEUR – Adieu Belas Artes

Cela fait aujourd’hui une semaine que le plus connu des cinémas paulistes a fermé ses portes, et aucune bonne surprise de dernière minute n’est venue le sauver. Un grand lieu de la culture disparaît, pour être remplacé par un magasin. Dernier coup de projecteur…

 

Je ne suis pas née à São Paulo, je suis ce que l’on nomme « pauliste d’adoption », comme beaucoup de gens ici d’ailleurs. Et le Belas Artes ne faisait partie de mon quotidien que depuis quelques mois. Idéalement situé au coeur de São Paulo, inutile de consulter les séances avant d’y aller, la programmation suffisait à nous guider. Le verdict est tombé, après de nombreux espoirs de sauvetage. Impossible pour moi ce soir là de ne pas aller à la dernière.

 

Jeudi 17 mars 2011, 20h. Il y a foule au n°2423 de la Rua da Consolação. S’il n’y avait pas de pancartes ni de slogans, on pourrait croire que c’est une soirée comme les autres. Une longue file patiente calmement devant la bilheteria, mais pas de films récents au programme. De grands classiques pour finir en beauté, la Dolce Vita de Fellini, le Guépard de Visconti. Dans la rue, les discussions n’en finissent pas, chacun ayant son avis sur la position à prendre quant à cette fermeture. Puis des fidèles des salles obscurs prennent la parole, sous les flashs des nombreux journalistes présents. « Cinema, sim. Loja, não ». Fondé en 1943, sous le nom de Cine Ritz, puis Cine Trianon pour prendre son nom définitif en 1967, il avait survécu à la dictature et à un incendie en 1982. C’est la (dé)raison économique qui aura eu raison du Belas Artes. Suite à une augmentation du loyer par le propriétaire, exigeant 150.000 reais mensuels – contre 60.000 auparavant – et le retrait de son partenaire HSBC, l’aventure s’arrête là.

 

Deise Perin, ex-gérant, a annoncé que le cinéma rouvrirait prochainement dans un autre lieu. « Nous avons perdu la bataille, mais pas la guerre » nous annonce-t-il en personne avant la dernière séance. Ses défenseurs avaient tout tenté : une pétition sur internet regroupant plus de 16.000 signatures, un recours au Conseil Municipal avait même été déposé pour classer le lieu au patrimoine de São Paulo. Avant la dernière projection, une campagne contre le piratage des films passe. Plus de popcorn, plus de grand écran, plus de sièges en velours rouge, plus de bande-annonces, plus de moments partagés avec ses amis… Voilà ce que l’on perd. Et même si les cinémas des shoppings ont théoriquement tout cela, ils manquent terriblement de charme. Et de caractère, la programmation étant souvent limitée à des œuvres très commerciales.

 

J’avais choisis – je dois l’avouer par hasard car celui que je voulais voir était complet – un film… qui s’avère être un chef-d’oeuvre muet de 1925 : L’aigle noir avec Rudolf Valentino. Un petit bonheur cinématographique.

 

Pour terminer cette despedida, je vous invite à lire ce texte de Philippe Delerm, issu de La première gorgée de bière « Ce n’est pas vraiment une sortie, le cinéma. On est à peine avec les autres. Ce qui compte, c’est cette espèce de flottement ouaté que l’on éprouve en entrant dans la salle. Le film n’est pas commencé ; une lumière d’aquarium tamise les conversations feutrées. Tout est bombé, velouté, assourdi. La moquette sous les pieds, on dévale avec une fausse aisance vers un rang de fauteuils vide. On ne peut pas dire qu’on s’assoie, ni même qu’on se carre dans son siège. Il faut apprivoiser ce volume rebondi, mi-compact, mi-moelleux. On se love à petits coups voluptueux. […] Au cinéma, on ne se découvre pas. On sort pour se cacher, pour se blottir, pour s’enfoncer. On est au fond de la piscine, et dans le bleu tout peut venir de cette fausse scène sans profondeur, abolie par l’écran. »

 

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo)

 

Pour signer la pétition : http://www.abaixoassinado.org/abaixoassinados/7873

 

A FAIRE – Les plus belles vues de São Paulo

Envie de voir la ville différemment ? Peur des hélicoptères ? Voici quelques idées de lieux qui vous offriront à coup sûr des vues à couper le souffle, et ce sans dépenser un centime (ou presque)

Avec ses grattes-ciel à perte de vue, São Paulo a sans doute l’un des panoramas urbains les plus étendus à l’heure actuelle. Haut perchés, on peut facilement repérer ses différents quartiers, les  grands monuments comme le MASP, l’Edificio Italia, le Copan, la cathédrale da Sé… ainsi que les innombrables hélicoptères qui survolent la ville.

La tête dans les nuages
Quel meilleur point de vue sur Sampa que le sommet d’un de ses buildings ? Incontournable, la vue de la terrasse de l’Edificio Italia – à 165 mètres de haut –  est probablement la plus impressionnante. Elle semble même surplomber le Mirante do Vale, plus haut aranha-ceu du Brésil avec ses 170 mètres. Dans le même style, le Banespão (Edifício Altino Arantes) et l’Edificio Martinelli sont également à visiter, de même que le Copan. Actuellement fermé pour rénovation, le SESC Paulista dispose lui aussi d’une terrasse accessible au public. Sur la Paulista, n’oubliez pas non plus de passer voir la vue panoramique sur le Centro à partir de l’esplanade du MASP.

Pour ceux qui voudraient siroter une caïpirinha dans les nuages, un arrêt au Bar The View    dans Jardins s’impose ! Le Shopping Cidade Jardim surplombe quant à lui Itaim Bibi et ses tours récentes.

Les pieds sur terre
Pour ceux qui ont le vertige ou préfèrent tout simplement les espaces verts aux tours de verre, il est possible de contempler la ville des parcs qui l’entourent. Toujours dans São Paulo, à Alto de Pinheiros, la Praça do Por do Sol est le lieu idéal pour admirer le coucher de soleil sur la ville. La pollution aidant, le ciel passe par les couleurs les plus incroyables le temps de quelques minutes, le tout sur les tours de béton.

Plus à l’extérieur, au Nord Est, le Pico do Jaraguá  – à 1135 mètres d’altitude et au coeur d’une réserve naturelle, vaut tout autant le détour. Le Parque Jaraguá, avec une surface de 5000 hectares, conserve de manière inédite en zone urbaine la végétation de la Mata Atlantica. Le Parque Estadual da Cantareira,  à 10 km du centre ville est également idéal pour une sortie en famille le week-end. Du haut du Mirante da Pedra Grande, lorsque le temps s’y prête on peut apercevoir la Serra do Mar.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) Mercredi 2 février 2011

Informations pratiques :

Banespão (Edificio Altino Arantes)
Du lundi au vendredi de 10h às 17h. Entrée gratuite. Tel  3249-7180

Edificio Italia
Accès gratuit tous les jours de 15h à 16h. Tel : 11 2189-2929 –  http://www.terracoitalia.com.br/

Copan
Pour visiter la cobertura du Copan, il faut appeler l’administration de l’immeuble pour prendre rendez-vous au (11) 3257 6169 ou (11) 3259 5917. Du lundi au vendredi de 10:00 à 10:30 et de 15:00 à 15:30. Accès gratuit.  http://www.copansp.com.br/

Bar the View
Alameda Santos, 981. 30ème étage
Tel : 3266-3692 – http://theviewbar.com.br/br/

Praça do Por do Sol
Praça Cel. Custódio Fernandes
Diógernes Ribeiro de Lima,  Alto de Pinheiros

Parque Estadual do Jaragua
http://www.picodojaragua.com.br

Parque Estadual Serra da Cantareira
Rua do Horto, 799 – Horto Florestal – Zona Norte
Tel.: (11) 2203-3266
Entrée : R$ 2

RENCONTRE – Gérard Israël : de la défense de la culture des Droits de l’Homme

Spécialiste des Droits de l’Homme et de l’Histoire des idées religieuses, le professeur Gérard Israël était en visite cette semaine au Brésil pour présenter la publication d’un de ses ouvrages traduit en portugais. Fervent défenseur de ce qu’il nomme « la culture des Droits de l’Homme », il se qualifie d’ « optimiste farouche »

Diplômé de la Sorbonne, ancien membre du Parlement et à la tête de l’Institut International des Droits de l’Homme, Gérard Israël a publié récemment La question chrétienne, une pensée juive du christianisme*. Le philosophe est également un personnage central dans les relations entre juifs et chrétiens.

« Ne pas oublier le message de René Cassin »
La venue de Gérard Isräel est liée à l’initiative du Consulat Français à São Paulo qui a financé la traduction en portugais d’une biographie de René Cassin écrite par le philosophe. Prix Nobel de la Paix en 1968 et principal rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, René Cassin a dédié sa vie à la défense de cette cause. Le collègue de travail et ami de Gérard Israël, Guilherme Assis de Almeida, professeur de Droit à la USP, a également collaboré à la sortie de ce livre. Celui-ci sera distribué dans les écoles, pour faire connaître ces valeurs universelles. « Les gens ne sont pas conscients de l’importance des Droits de l’Homme » explique Gérard Israël qui ajoute qu’une position « vindicative » est nécessaire.

Redonner naissance à cette problèmatique
Soixante ans après sa rédaction,  la DDHC ne doit pas être oubliée selon le philosophe, dont la mission est – selon lui – de « restaurer la dignité humaine ». Si la culture des Droits de l’Homme est difficile à définir, souvent dénoncée comme européenne, elle reste un « combat quotidien et de chacun » explicite t-il. Elle place l’individu comme sujet de Droit International, comme entité inattaquable. Et sans négliger les critiques historiques, notamment de la part de l’URSS et des Etats du Tiers Monde, il convient de revaloriser toutes ces valeurs. Contrairement à certains qui pensent que tous les Droits de l’Homme sont indivisibles et donc de même importance – Gérard Israël distingue trois droits fondamentaux à défendre à tout prix : le droit à la vie, le droit à l’intégrité de la personne et le droit à la justice (un procès équitable par un tribunal indépendant). Dès que l’on bafoue un de ces droits, on sort de l’Humanité. En jeu également se trouve la justice internationale, avec pour juridiction suprême la Cour Pénale Internationale. Le Droit est alors appliqué au nom de la Communauté Internationale, avec l’espoir d’être une force dissuasive.

Selon Gérard Israël, « la culture constitue indéniablement une barrière aux violations des Droits de l’Homme », l’éducation étant donc le vecteur d’action. C’est pourquoi il est heureux de pouvoir venir présenter en Amérique Latine son travail, saluant au passage l’initiative audacieuse de la représentation diplomatique française à São Paulo. Le philosophe espère également que d’autres de ses ouvrages seront traduits et diffusés outre-Atlantique.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – Brésil) décembre 2010

*Publié aux Editions Payot
René Cassin e os Direitos Humanos, Gérard Israël – Editora da Universidade de São Paulo
Titre Original : René Cassin (1887-1976). La guerre hors la loi avec De Gaulle – les droits de l’Homme

FETE DE LA FRANCOPHONIE – São Paulo célèbre la langue française

Du 15 au 31 mars 2011, São Paulo accueille de nombreuses animations autour de la langue de Molière. Que vous soyez plutôt cinéma, concert ou théâtre, par ici le programme !

De manière inédite, les Consulats Généraux de France, de Belgique, du Canada, de Suisse ainsi que le Bureau du Gouvernement du Québec organisent cette année une grande fête de la Francophonie à São Paulo.

Le saviez-vous ?
Aujourd’hui, il y aurait plus de 220 millions de francophones dans le monde, répartis sur 56 pays. La Francophonie a été créée dans le but de se réunir autour d’une même langue, le français, mais aussi de valeurs communes, comme la liberté, la diversité culturelle, la paix, la démocratie, les droits de l’Homme, l’éducation ou encore le développement, valeurs mises en exergue par cette langue commune. Le français est la neuvième langue la plus parlée dans le monde, la deuxième plus apprise avec plus de 220 millions de personnes en cours d’apprentissage.

L’Organisation Internationale de la Francophonie a fait ses premiers pas au début des années 70 avec la création d’une Agence Culturelle et Technique, mais il faut attendre 2005 et une restructuration pour la voir s’imposer sous son nom actuel.  L’OIF compte actuellement 75 Etats membres et 19 Etats observateurs, ce qui représente un tiers des membres de l’Organisation des Nations-Unis. En hommage au Traité signé à cette date-là à Niamey au Niger, le 20 mars a été retenu depuis 1988 comme Journée Internationale de la Francophonie. Occasion, pour les francophones du monde entier, d’affirmer leur solidarité et leur désir de vivre ensemble, dans leurs différences et leur diversité.

Promouvoir la richesse de la langue française
Durant quinze jours, le français sera à l’honneur à São Paulo. Dans le domaine musical, les invités sont le Québécois Yann Perreau, ainsi que les Français Berry et le groupe Tryo, qui donneront à cette occasion des concerts dans la capitale.

Pour les cinéphiles, de nombreuses projections de films francophones sont prévues. A ne pas rater, la rétrospective consacrée à Claude Chabrol et aux auteurs de la Nouvelle Vague à la Galerie Olido dans le Centro et le cycle de Classiques du Cinéma Français à la Cinémathèque. Moins traditionnel et ouvrant à d’autres horizons, le Centro Cultural da Juventude Ruth Cardoso propose un cycle de Cinéma d’Afrique Francophone. Niveau théâtre, sera proposée une pièce intitulée   » Catharsis  » de l’auteur congolais Gustave Akakpoo, ainsi qu’un spectacle d’illusionnisme « O Francês é Magico  » de Benoit Rosemont.

Pour l’académique et universitaire, un Bureau des Amériques de l’Agence Universitaire de la Francophonie sera inauguré. A cela s’ajouteront d’intéressantes conférences, Pascal Boniface* et l’Historien Michel Winock** faisant le déplacement. Les conférences concerneront

L’équipe du Petitjournal.com de São Paulo vous souhaite une bonne fête de la Francophonie !

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) mardi 15 mars 2011

Retrouvez l’intégralité du programme des événements sur le site :  http://www.aliancafrancesa.com.br/francophonie2011/, ainsi que dans notre agenda

Pour en savoir plus sur l’Organisation de la Francophonie : http://www.francophonie.org

* Un regard sur les espaces linguistiques dans le cadre de la mondialisation
**   Changer le Monde ou penser le Monde ?  /  La situation des intellectuels dans le contexte contemporain

EDUCATION – De l’innovation pédagogique : les CEU

Avec 57 millions d’élèves et 2,5 millions de professeurs, le système éducatif brésilien est bien plus souvent évoqué pour ses lacunes que pour ses avancées. Focus sur un projet novateur mis en place à São Paulo, les Centres d’Education Unifiés

Bienvenu dans des écoles un peu spéciales, les Centros Educacionais Unificados (Centres d’Education Unifiés – CEU) où l’on est bien loin de la simple salle de classe. Ici, tous les âges se cotoîent, de la maternelle au lycée. Un théâtre, des nombreuses installations sportives (y compris une piscine), une grande bibliothèque, une salle informatique sont à la disposition des élèves. La devise de ces CEU fait rêver : “Donner une éducation intégrale”.

Genèse du projet et mise en oeuvre
L’initiative revient à Marta Suplicy lors de sa première année de mandat en 2001. Un projet du même type – Escola Parque – avait été mis en place à Salvador entre 1948 et 1952 par Diogenes Rebouças et Helio Duarte.
On compte à ce jour 45 CEU, acceuillant plus de 120.000 élèves. Ce sont des structures publiques créées par le Secrétariat Municipal à l’Education de la ville de São Paulo, la majorité étant située en périphérie de l’agglomération. Les CEU se veulent être des pôles de développement des enfants et des jeunes, de développement de la communauté et d’innovation pédagogique.

Grande nouveauté, le personnel éducatif est en perpétuelle formation et se réunit plusieurs heures par semaine pour accompagner au mieux les élèves. En outre, l’école accueille les enfants qui le souhaitent le dimanche ainsi qu’en dehors des horaires de classe. Pas de doute, les CEU sont de véritables lieux de vie, de rencontre. Ils sont divisés en différents bâtiments en fonction des âges et des activités. Les CEU ont, en plus de leur vocation sociale, éducative et sportive, la volonté d’oeuvrer pour la diversité culturelle. Cela passe notamment par des projets sur de nombreux thèmes pour stimuler la curiosité des enfants comme sur l’Histoire africaine ou la culture française.

Le CEU Azul de Cor de Mar
Ce centre se trouve à Itaquera, dans le sud de São Paulo et a été inauguré en octobre 2007 par Gilberto Kassab. Sa construction a coûté plus de 25 millions de reais et sa superficie est de 12.000 mètres carrés. Entre les élèves et les professeurs, ce sont 5.000 personnes qui fréquentent quotidiennement cette école un peu particulière. Comme tous les autres CEU, elle comporte un bloc didactique avec un Centre d’Education Infantile pour les 0-3 ans, une Ecole Municipale d’Ecole Infantile pour les 3-6 ans, une Ecole Municipale d’Education Fondamentale et un Centre d’Education pour Jeunes et Adultes. Mais il y a un important bloc sportif et culturel avec une grande piscine, des salles de sport, une bibliothèque, une salle informatique…
Les activités proposées sont si nombreuses qu’il est difficile de les compter ! Le centre a par exemple sa propre radio, tenue par des élèves. Les enfants ne viennent pas seulement pour les cours, mais y restent autant qu’ils le désirent. Il y a même un coiffeur qui vient couper gratuitement les cheveux des élèves ! L’équipe pédagogique fait preuve d’un réel dynamisme et tout est mis en place pour que les enfants soient le mieux possible, qu’ils ne voient pas l’école comme une punition.

Bien sûr, il est des personnes qui dénoncent le coût trop élevé de ce type de projet. Et si pour l’instant il est impossible d’évaluer sur le long terme l’impact des CEU, il est évident que cela ne peut qu’aider les élèves à se sentir plus impliqués à l’école, et ainsi mieux intégrés. L’éducation fait partie de ces domaines où il faut sortir de la logique coût-bénéfice –  mais aussi des clivages politiques – pour effectuer un travail de fond,   pour que l’école joue son rôle d’ascenseur social, qu’elle ne soit pas qu’un simple lieu de passage. Car comme l’a dit si justement Victor Hugo “Celui qui ouvre une porte d’école, ferme une prison”.

Clémentine VAYSSE (www.lepetitjournal.com – São Paulo) mardi 30 novembre 2010